Michel Houellebecq

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Michel Houellebecq

Michel Houellebecq est un écrivain, cinéaste, comédien et chanteur français né le 26 février 1956 à Saint-Pierre (La Réunion).

Liens avec Marc-Édouard Nabe

Installé au 103 rue de la Convention depuis septembre 1989, Marc-Édouard Nabe voit au début des années 1990 arriver dans sa cour d’immeuble Michel Houellebecq, encore inconnu. Houellebecq intègre la littérature de Nabe en 1997 dans un article publié dans L’Éternité, « Mitterrand, l’imputrescible » (repris en 1998 dans Non). En 1998, dans Je suis mort, Houellebecq est transposé en « Klouelbec » :

« Cette cour célèbre du 103 rue de la Conception ! Pas célèbre à cause de moi, non. C’est Klouelbec qui la glorifie, Klouelbec, le fameux poète ! Prix du Faune ! L’auteur du Torturé, des Sonnets à ma détresse, l’invention de l’alexandrin amputé d’un pied par strophe... Klouelbec, mon voisin. Juste la fenêtre en face. On s’épiait la nuit, à celui qui éteindrait sa lumière le premier. Silhouettes d’un théâtre d‘ombres asiatique... Salut, Klouelbec ! L’aura-t-on assez dit que tu étais suicidaire ! Tes poésies le démontraient à qui mieux mieux : désespéré, destroy, distant. Prêt au grand saut, rongé de partout par le mal-être, Klouelbec est toujours là. Il me regarde derrière son rideau, sa fumée de cigarette tremble un peu.[1] »

Dans Une lueur d’espoir, Nabe analyse les effets du 11-Septembre sur le début du XXIe siècle et rapproche Michel Houellebecq, et ses propos anti-arabes et anti-Islam, à l’émission de télé-réalité, Loft Story (diffusée à partir d’avril 2001 sur M6), en imaginant une scène entre Houellebecq et Loana Petrucciani (gagnante de la première saison du jeu), dans la piscine du Loft, en référence à la vraie relation sexuelle filmée entre Loana et Jean-Édouard Lima :

« Le Loft, c’était le bunker des derniers combattants de l’anonymat. Cette émission a confirmé que la starification n’a plus aucune importance. Les lofteurs du Néant l’ont ringardisée. Inutile de se fatiguer à devenir Amélie Poulain, être Kimi suffit ! Ceux qui réussiront à ne pas être célèbres cinq minutes auront gagné. C’est ce que j’aurais voulu dire à Michel Houellebecq. Il faut être plus snob que le succès. C’est commun d’être connu. Trop “vingtième” ! Et reconnu pour son talent, quelle vulgarité ! La seule chose qui aurait pu sauver Michel, c’est qu’il se tape Loana ! À eux deux, ils résument parfaitement cette époque révolue grâce à Ben Laden... Car le voilà, le dernier couple avant l’Apocalypse !
Loana et Houellebecq ! Dans la piscine du Loft ! Le veau marin blond s’approche de l’écrivain à scandale roux. Elle nage vers lui. Michel est encore sur la plate-forme. Il époussette les particules élémentaires qu’il a sur son col de veste. Loana l’aguiche. Il finit par se déshabiller, en tremblant. Rouge sang, il ôte son caleçon vichy. Maintenant, il est nu, et se jette à l’eau. Manquant se noyer, Houellebecq parvient à rejoindre Loana. Bientôt, les deux stars s’enlacent. Loana embrasse le best-seller dans le cou. Michel bande. La lofteuse lui serre la taille avec ses grandes jambes. L’écrivain fait des bulles. Il prend les seins refaits de la lofteuse préférée des Français à pleines mains, puis mord dedans à pleines dents. Loana éclate de ce rire douloureux et presque aigu que des millions d’oreilles adorent. Alors, Houellebecq éjacule dans la piscine en hurlant :
— Mort aux Arabes ![2] »

En 2006, Nabe raconte leur cohabitation dans le quartier de 1991 à 1999 et leurs destins opposés dans Le Vingt-septième Livre (sorti en 2006 en préface de la réédition de Au régal des vermines, puis en livre en 2009). En octobre 2010, les deux anciens voisins se retrouvent sur deux listes de prix littéraires. Le prix Goncourt inscrit Houellebecq, pour La Carte et le Territoire, tandis que Nabe apparaît sur la liste du prix Renaudot pour L’Homme qui arrêta d’écrire grâce à l’action de Patrick Besson, J.M.G. Le Clézio et Franz-Olivier Giesbert. Dans une interview pour Fluctuat, enregistrée le 4 octobre 2010, Marc-Édouard Nabe analyse la tactique de Houellebecq :

« Because Goncourt, on lui a dit “fait gaffe, là il faut que tu enlèves ton côté agressif”, donc il est gentil avec tout le monde. Il trouve que tout le monde est formidable. Il fait des compliments à tous les journalistes, tout le monde est adorable avec lui. Il n’a qu’une vision énamouré de l’humanité. Ça va lui reprendre, parce que moi j’ai confiance dans les mauvais côtés du petit-bourgeois si vous voulez. Ça ressort toujours, à un moment donné, la colère et la fulmination. [...] Il est ambitieux pour lui, parce qu’il est encore beaucoup plus égoïste et beaucoup plus égocentrique et beaucoup plus mégalo que moi. Il ne faut pas se tromper d’immeuble dans la cour ! Là, il a une ambition, elle est très simple, c’est le Goncourt. C’est tout. Il a essayé, et c’est ça qui est assez honnête d’une certain façon, de formater un livre dans l’espoir d’avoir le Goncourt. Et ça tombe bien, parce que ça lui permet aussi d’avancer dans son travail sur sa propre littérature, c’est-à-dire d’enlever plein de choses qui auraient pu déplaire à ces messieurs du Goncourt. Personne n’est dupe de ça. »

En novembre 2010, le prix Goncourt est finalement remis à Houellebecq, et le prix Renaudot est décerné à Virginie Despentes, initialement retirée de la seconde liste avant d’être réintégrée dans la liste définitive pour éviter de donner le prix à Nabe. Toujours pour Fluctuat, Nabe réagit à ces obtentions :

« Ça ne surprend personne. Où est l’originalité d’avoir le Goncourt quand on est édité chez Flammarion et qu’on ne parle que de ça depuis presque huit mois ? Ce n’est pas une énorme surprise, ni un énorme exploit. Ni de sa part à lui, de toute façon il n’y est pour rien, ni de la part de la structure éditoriale qui lui a fait gagner ce prix. Je ne vois pas où est l’originalité. Ce n’est pas non plus une très grande victoire pour lui. Il est content, parce que lui, il a besoin de la reconnaissance. Ce n’est pas comme moi. Si, par exemple, j’avais eu ce Renaudot, je ne l’aurais pas pris comme une reconnaissance. Reconnaissance de quoi ? Je vous répète, c’est juste deux ou trois personnes qui de toute façon me sont acquises et qui m’ont soutenu. Ce n’est pas une reconnaissance de ce milieu, dont je ne veux pas ! Absolument pas ! »

Quelques jours après la remise du prix Goncourt à Houellebecq, une étude signée Pierre Bernard, intitulée « Et si le Goncourt n’était qu’un « sous non-Renaudot » ? », relève les emprunts et les similarités entre La carte et le Territoire et l’œuvre de Marc-Édouard Nabe, et particulièrement son roman anti-édité L’Homme qui arrêta d’écrire publié en janvier 2010.

En 2015, dans Patience 2, Nabe consacre un chapitre à Michel Houellebecq, où il analyse sur trois pages la sortie de son roman Soumission et, plus largement, son destin littéraire[3] :

« De toute façon, sa fiction était fausse, ce n’est pas ce roman qu’il fallait faire, mais un autre, beaucoup plus marrant... Pas la prise de pouvoir démocratique en France par des Arabes de l’intérieur, mais l’invasion sauvage par l’État islamique de tout l’Hexagone ! Une vraie Occupation à l’allemande, avec port du voile obligatoire pour les femmes, circoncision à vif pour tous les hommes (avec queues entières de zélés collabos empressés devant les hôpitaux), transformation de l’Opéra de Paris en Grande Mosquée et de tous les édifices publics en général, coupage de tête des apostats et des blasphémateurs, police morale, médias aux ordres, interdiction de toute musique, de tout dessin, etc. etc. Charia pour tous ! Tout dans l’esprit des Chinois à Paris de Jean Yanne, à se tordre, et hypercrédible pour les paranos qui craignent que Daech ne déboule sur les Champs-Élysées ! Il suffisait de décliner ici ce qui se passe en Irak et en Syrie. Là, on aurait pu parler d’un roman prophétique et réussi, comme l’ont bafouillé les soumis de saint Michel. Alors que, dès sa parution, Soumission était déjà démodé à côté de la réalité. Un roman “visionnaire” contredit par les faits le jour même de sa sortie, et qui fit de Houellebecq clairement un faux prophète, ça la fout mal... »

Citations

Houellebecq sur Nabe

Frédéric Taddeï : Il y a un écrivain dont vous êtes l’exact contemporain, et dont vous avez été le voisin, puisque vous avez vécu au même endroit pendant quelques années, au 103 rue de la Convention, c’est Marc-Édouard Nabe. Vous êtes des écrivains très très différents et en même temps assez complémentaires. Dans ce qu’il avait appelé Le Vingt-septième Livre, qui était une préface à la réédition de son premier livre, Au régal des vermines, c’était un long texte sur vous et lui. Il avait l’air d’essayer de vouloir comprendre et votre réussite et son ratage à lui. Il disait « il y a celui qui a l’air tellement mort qu’on lui a fait un triomphe de son vivant », c’est vous, « et celui qui est tellement vivant qu’on a fait comme s’il était mort ». Et puis, il disait « en fait, ce sont les gens qui sont morts », il parle des lecteurs, « qui ont envie de quelqu’un qui leur répercute leur morbidité ». Et lui, Nabe, essayerait de sauver ce qu’il y a encore d’humain dans ce monde, alors que vous, Michel Houellebecq, vous montreriez la déshumanisation du monde. Vous fournissez des excuses aux défaitistes, disait-il. Est-ce que vous trouvez qu’il a raison ou qu’il se trompe ?
Michel Houellebecq : Hum, bof... Pff... Il dit n’importe quoi. Enfin, ça, c’est un peu son style. Moi, il m’a jamais paru spécialement vivant, je veux dire...
F. T. : Pas tant qu’il le dit ?
M. H. : Boh non. Je trouve qu’il vieillit employé de banque, Nabe.
F. T. : Est-ce qu’il y a des écrivains qui vous semblent vivants ou, dès l’instant où on écrit, au fond, on se glace ?
M. H. : Quand je le voyais passer, avec sa petite serviette... C’est ça, le monstre antisémite ? Enfin, j’étais super déçu, quoi...
F. T. : Sachant qu’il a toujours dit qu’il n’était pas antisémite.
M. H. : Ah oui, oh oui... Enfin, c’est la réputation. Moi, j’ai jamais lu.
F. T. : On vous a fait une réputation d’être anti-arabes ou anti-musulmans.
M. H. : Anti-musulmans, c’était pas faux. J’ai dit du mal de l’islam. Anti-arabe... Mais, qu’est-ce qu’il disait ? « Vivant » ? Les gens qui ont essayé... Ça me fatigue, ça me rappelle les Anges de la téléréalité, son truc. C’est gonflant.
(Regarde les hommes changer, Europe 1, 21 avril 2013)

Nabe sur Houellebecq

  • « Nous sommes exactement l’inverse l’un de l’autre. Il y a celui qui a tellement l’air mort qu’on lui fait un triomphe de son vivant ; et celui qui est tellement vivant qu’on fait comme s’il était mort. Il fallait bien qu’il y en ait un de nous deux qui réussisse vraiment ! Et moi qui te plaignais... Tu partais tous les matins au combat, dans ta parka “trois-quarts”, avec ta sacoche de dépanneur d’ordinateurs, bien collée en bandoulière, l’air toujours grisâtre, courbé, la démarche féminine. Un petit coucou, comme ça pour t’encourager à aller travailler, que tu me retournais de ta main molle. Tu rentrais le soir un peu plus livide, presque vacillant, de travers, toussant... Tu revenais ruminer des nuits entières ta vengeance, ta merveilleuse vengeance contre ce milieu littéraire ignoble... Tu as eu beaucoup de courage, de persévérance et d’abnégation. Tout seul, dans ton antre, tu as accepté de souffrir, de mariner dans la frustration sexuelle, sociale, artistique. Pendant qu’on se pavanait tous à Saint-Germain avec des filles sexy, toi tu restais à la Convention à te branler en écoutant du Michel Delpech... Ça devait être un véritable laboratoire de frustration, ton appart là-haut ! Je n’aurais pas été étonné de découvrir dans ta cuisine des alambics et des cornues partout fumantes, avec pipettes et tubes embués... D’ailleurs, c’est comme ça que les Inrocks t’ont photographié à leur une pour tes Particules : un scientifique en blouse blanche, précipitant des solutions pas claires !... Des liquides de doute, d’angoisse, de tristesse... » (Le Vingt-septième Livre, 2009 (2006), pp. 14-16)

Intégration littéraire

Notes et références

  1. Marc-Édouard Nabe, Je suis mort, Gallimard, coll. L’Infini, 1998, p. 14.
  2. Marc-Édouard Nabe, Une lueur d’espoir, Éditions du Rocher, 2001, pp. 111-113.
  3. Marc-Édouard Nabe, « 22. Houellebecq », Patience 2, anti-édité, 2015, p. 102