François L’Yvonnet

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François L’Yvonnet, 2013

François L’Yvonnet est un professeur de philosophie français né le 18 août 1949.

Liens avec Marc-Édouard Nabe

En janvier 1985, Marc-Édouard Nabe fait la connaissance de François L’Yvonnet par l’intermédiaire de son ami d’enfance, Albert Algoud :

« Albert arrive ensuite avec une bouteille de champagne. Il est accompagné de son ami François L’Yvonnet dont le beau visage sombre inspire à Luce un grand chorus vulgaire. L’ex-royaliste ne se démonte pas trop. Albert présente son copain comme un “fils de Xavier Vallat” ! Plus loin, Cavanna parle désagréablement de Sollers à Choron qui s’en moque, et Berroyer distribue le nouveau Hara-Kiri, dans lequel il oppose le pro-alcoolisme du professeur à l’hygiénisme virulent de... Céline ! Quel bouquet !...
Les deux monarchos sont venus pour m’inviter au restaurant. Je suis un peu fatigué par ma journée de dédicaces et le grand panache que je croyais pouvoir extraire de la satisfaction d’être publié est absent de mon âme. Ça me rend un peu distrait. J’écoute cependant avec intérêt les remarques et les souvenirs des compères. François L’Yvonnet me pose des questions sur Rebatet, sur Céline (dont il n’aime pas le style des pamphlets)... Il voit Rebatet comme mon “mauvais ange”. Dans un chapitre de mon livre, je l’agite comme un hochet du mal. C’est une figure indéfendable et fantasmatique. Un totem autour duquel je tourne, à l’envers, un peu comme Bernanos autour de la figure de Drumont dans La Grande Peur des bien-pensants. L’Yvonnet est le fils du médecin OAS emprisonné plusieurs fois dans les années 60, maintenant semi-clodo atrabilaire à sa charge. Mi-Godiveau mi-Sam Woodyard !...
Nous rigolerons surtout chez moi pour un dernier whisky. Le précieux L’Yvonnet nous racontera la décrépitude de l’A.F. et les derniers soubresauts de son militantisme. Je lui montre un pamphlet contre Léon Daudet, qu’il ne connaissait pas. Albert se délecte de lui lire le portrait de Maurras par Suarès. Gorges déployées.
Je retiens une bonne phrase de L’Yvonnet : “Le fascisme est introuvable : il n’est que dans les excès esthétique...”[1] »

L’Yvonnet faisait partie du « Cilice » (regroupement à l’initiative de Nabe d’amateurs d’écrivains catholiques de la fin du XIXe siècle) à la fin des années 1980. Grâce à Nabe, L’Yvonnet rencontre François Angelier, avec qui il formera un tandem d’analystes chrétiens jusqu’à aujourd’hui. Il découvre également Louis Massignon et Simone Weil. En 1990, L’Yvonnet dirige un recueil de témoignages sur Louis Massignon, qui comprend un texte de Nabe intitulé « Et Massignon s’offrit à la chaise », en 1994, un autre sur Weil, qui comprend un autre texte de Nabe, intitulé « Miss Non » (les deux repris en 1998 dans Oui).

L’Yvonnet est, avec François Angelier, l’interlocuteur de Nabe pour le grand entretien sur sa mystique, effectuée en 1992 pour L’Infini et s’intitulant « L’après-dernier » et qui finalement n’a pas été retenu par Philippe Sollers, mais a été repris dans les Coups d’épée dans l’eau (1999). L’Yvonnet était avec plusieurs membres du Cilice pressenti pour participer à une revue qu’aurait dirigée Nabe (éditée par le Rocher) et intitulée Le Clou.

En 2000, L’Yvonnet se fâche avec Nabe après la publication de Kamikaze, mais pas à cause de ce qui le concerne dans le livre, mais à cause de ce que Nabe raconte sur son meilleur ami, Albert Algoud. C’est au moment de la rupture avec Nabe que L’Yvonnet revient à ses premiers amours intellectuelles : Michel Serres, André Conte-Sponville, Jean Baudrillard... Depuis, L’Yvonnet est devenu aussi un des animateurs des éditions de l’Herne. Lorsqu’en 2007, Albin Michel réédite le recueil sur Simone Weil en poche, L’Yvonnet en profite pour supprimer un seul texte : celui de Nabe.

Petite poussée médiatique en 2012 pour L’Yvonnet grâce à la sortie de son livre contre les comiques et les humoristes, Homo Comicus ou l’intégrisme de la rigolade (aux éditions Mille et une nuits) pour lequel il a été reçu plusieurs fois à la télévision (Thierry Ardisson, etc.), pamphlet rédigé dans la directe ligne nabienne de Rideau (1989) et de « Fini de Rire » (L’Imbécile de Paris, 1991) repris dans Non (1998). L’Yvonnet interviendra aussi dans l’émission de son ami Angelier, Mauvais genre, par exemple sur Lucien Rebatet en 2015.

En 2017, L’Yvonnet apparaît dans Patience 3, au début du récit de voyage de Nabe et Pajak en Israël, en décembre 1991. C’est à lui que Nabe lui confie son tesbih.

À noter : le speculum que Nabe exhibe et avec lequel il joue dans deux Éclats (« Ne votez pas Mélenchon : sa directrice de la communication est une voleuse de parapluie ! » et « Mieux que le schmilblick, le speculum ! ») provient de la trousse de médecin du père de François L’Yvonnet que celui-ci avait offert à l’écrivain à la fin des années 1980.

Citations

L’Yvonnet sur Nabe

  • « François L’Yvonnet. — Du Bonheur à Visage de Turc en pleurs, puis de Visage de Turc en pleurs à L’Âge du Christ, se mettent en place une histoire et une géographie spirituelles. Dans Le Bonheur, qui est un roman “initiatique”, au sens esthétique du terme, et non religieux, s’ébauche un voyage, à cloche-pied, qui n’a pas d’autre issue que le retour sur soi et à la littéraire. Dans Visage et dans L’Âge, par contre, il y a un décentrement, qui est celui de la foi. Se dessine alors un autre parcours de l’espace géographique, qui aboutit au lieu premier, ou au non-lieu premier (n’oublions pas que le Saint Sépulcre est vide), dans lequel s’inscrit la réversibilité essentielle, du temps et de l’espace, de l’instant et de l’éternité, du moi et du prochain... Trois étapes, donc : Marseille, Istanbul, Jérusalem... Le Bonheur est encore un voyage, introspectif, on pourrait l’appeler, en toute ironie, votre moment proustien... Et puis avec Visage de Turc et L’Âge du Christ, la tentation du voyage se dissout dans le pèlerinage, le non-voyage absolu. Le pèlerin, c’est justement celui qui hait les voyages. C’est son seul héroïsme ! Je pense ici à Hallâj, qui soutenait que le pèlerinage à La Mecque pouvait n’être que tout intérieur, un voyage autour de son âme... » (« L’après-dernier », prévu pour L’Infini n°39, automne 1992, repris dans Coups d’épée dans l’eau, 1999, pp. 197-198)

Nabe sur L’Yvonnet

  • « Mon mysticisme s’était aggravé depuis mon retour de Terre sainte ! J’avais traversé une période de fétichisme catholique qui m’effrayait moi-même. Et pas seulement moi, car j’avais entraîné des âmes perdues dans des contrées bien reculées... Nous étions très “heureux” ! Quand je dis “nous”, c’étaient surtout moi, François et Paulin... Les deux derniers accrochés au Clou... On est même allés en chœur sur la tombe de Massignon à Pordic-près-Binic !... Ici reposait en résurrection totale la dépouille christiano-islamisée de ce grand découvreur de trésors international et cosmopolite ! Quand mes deux lions ne rugissaient pas que je les avais sauvés (l’un du complexe d’être chrétien, l’autre du non-complexe d’être philosophe), ils bêlaient comme de petits moutons aux pieds du fils de Louis Massignon, le vieux Daniel, qui leur donnait des documents, des documents et des documents sur son père... » (au sujet d’un pèlerinage Massignon de Nabe-L’Yvonnet-Angelier en 1992 dans Alain Zannini, 2002, pp. 293-294)

Intégration littéraire

Notes et références

  1. Marc-Édouard Nabe, Nabe’s Dream, Éditions du Rocher, 1991, p. 801.