Jean-François Stévenin

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Jean-François Stévenin

Jean-François Stévenin est un acteur et réalisateur né le 23 avril 1944 à Lons-le-Saunier.

Liens avec Marc-Édouard Nabe

C’est par l’intermédiaire de Jackie Berroyer que Marc-Édouard Nabe découvre Jean-François Stévenin, en décrivant dans son journal intime, sur trois pages, le film Double Messieurs (sur un scénario co-écrit par Berroyer lui-même) :

« Dimanche 12 avril 1987. — Enfin, je trouve un moment le soir pour aller voir Double Messieurs le film de Stévenin. Mais c’est très bon ! Berroyer avait raison : son copain est un véritable cinéaste ! Stévenin a réussi un beau voyage sur fond d’illégalité (encore !), une errance étrange sans références pseudo-intello, ni clins d’œil de cinéphilitique : il sait émouvoir une caméra, sans doute parce qu’il est acteur lui-même. C’est un atout terrible quand on ne veut plus en être seulement un. [...][1] »
Alexandre sur les genoux de Stévenin, Robinson à l’arrière plan, 1991

Nabe ne le rencontre qu’au début des années 1990 : Jean-François Stévenin envisage d’adapter au cinéma Nord, le roman de Louis-Ferdinand Céline publié en 1960. Aussitôt, Nabe présente Stévenin à Lucette, veuve de l’écrivain. L’amitié entre eux deux ainsi que l’impossibilité d’adapter le livre, sont racontées par Nabe dans Lucette, publié en février 1995, et de manière plus anecdotique dans Alain Zannini[2]. En mai 1995, Jean-Luc Hees qui, lorsqu’il sera patron de France Inter puis de Radio France dans les années 2000, boycottera Nabe, reçoit sur France Inter Stévenin pour Lucette, à la condition de ne jamais citer son auteur. De là, peut-être, l’habitude prise par l’acteur, héros du roman, de se prendre pour l’auteur du livre. En 1996, Christine Descateaux, dans le magazine Télé 7 jours, affirme que Stévenin est l’auteur d’un « très beau livre, “Lucette”, chez Gallimard, passé trop inaperçu. À lire d'urgence ! »[3].

En 2013, Jean-François Stévenin rend visite à Nabe dans sa galerie, située sur le Cours Mirabeau, à Aix-en-Provence, en compagnie du producteur Antonin Dedet, dans l’intention d’adapter Lucette au cinéma, mais Nabe est réticent à l’idée d’en céder les droits gracieusement (alors qu’il est l’auteur et désormais l’éditeur du livre), Stévenin envisagera alors de réécrire lui-même l’histoire de sa fréquentation avec Lucette[4]. En janvier 2018, dans un entretien à France Culture dans l’émission À voix nue, Stévenin confirme son projet d’écrire à sa façon son aventure dans un livre qui serait publié aux éditions du Cherche-Midi[5].

Stevenin, avec Lucette et Nabe, à Dieppe, 1993

Citations

Stevenin sur Nabe

  • « Finalement, un jour, Berroyer me présente Nabe, le beau Marc-Édouard ; on en vient à parler de Céline, je radotais sur Nord en lui disant que je voulais en faire un spectacle à 20h30 [...] et le Marc-Édouard qui me parlait d’un grand film onirique à la Kurosawa comme Lucette les aime, m’a dit : “T’aurais dû la voir depuis longtemps”. Je n’avais pas envie de voir Lucette avec des gens qui « m’amènent » [...] Il a fallu que Marc-Édouard, autoritaire comme Napoléon et sec comme un conseil d’administration, me dise : “Arrêtons de discuter, si tu n’y vas pas avec moi, tu n’iras jamais”. Il a donné un coup de téléphone à Lucette qui nous a invités, Berroyer et moi, à dîner trois mois plus tard. » (L’Autre Journal n°3, avril 1993, p. 31)

Nabe sur Stevenin

  • « Stévenin mit son exemplaire dans la poche de son blouson, oubliant que des Nord, il devait y en avoir douze à Meudon. Il était si troublé qu’il faillit même partir sans casque. C’est sur la route, à cent trente à l’heure dans la nuit noire comme une draperie peinte par Velasquez, que “Stèv” reprit son souffle. Lucette lui avait demandé de lui lire Céline comme si elle avait exprimé le désir de voir les photos des chiens prises l’année dernière...
Canal+, T.F.1, la Tour aux figures de Dubuffet, le toboggan d’Issy-les-Moulineaux, le tournant de Chaville, le Soleil d’Afrique, le petit muret... Combien de fois l’avait-il fait ce trajet ? Et toujours si tremblant d’amour ?
Un silence presque inquiétant nimbait le château bleu. Stévenin béquilla sa BMW. Il entra à pas doux. Derrière la porte, Roxane l’attendait. Exceptionnellement, elle n’aboya pas. Ni Fun. C’était bien la première fois. Aucune musique ne s’échappait du studio... Pas la moindre bourrée de Telemann, pas la plus petite karnatique au santour, et pas un seul gazouillis d’oiseaux des îles, non plus, ne mêlait sa mélodie naturelle à la rumeur d’une mer.
C’est dans cet étonnant silence que Stévenin entra dans le salon de la danseuse... S’était-elle rendormie ? Non, bien allongée sur son divan, elle lui souriait au milieu des fumées d’encens. Impressionné comme au premier jour, Stévenin la regardait sans rien dire. C’est comme ça qu’il aurait aimé la filmer, de biais dans la pénombre. La femme qu’on désire, on la désire moins de face les yeux dans les yeux en pleine lumière que de trois quarts en train d’ouvrir le frigo. Ça aurait pu être ça son film : lui qu’on voit pas et qui lit Nord à “Lili” qu’on ne voit qu’à travers les feuilles des plantes et la fumée des bougies. Voir la couverture qui frissonne, le mouvement des mains plus que les mains. Elles étaient tellement déformées au repos ! Et lorsqu’elles bougeaient, c’était toute la grâce de Lucie qui vivait et revivait par arabesque entre les tiges... Pas en “évitée” non plus, pour ne pas qu’on dise “il nous montre une chaise vide parce qu’elle, elle est immontrable.” Non, en flou, en décadrée, en sensation dynamique. Tout sauf en momie de cent douze ans qu’on est allée déterrer dix minutes pour avoir un scoop. Une fée, ça vieillit pas.
Elle qui sentait tout, remarqua, cette nuit-là, que Stévenin avait une caméra dans l’œil. Il ne la regardait pas comme d’habitude. Silencieux, il s’assit près d’elle et sortit Nord. L’untersuchungsrichter barbu qui note tout, Lucette le voyait parfaitement. Et Le Vigan qui s’accuse “Ich bin der mörderer !” et que personne ne croit. Les trois cercueils LS, L, R... Les bibel, à leurs pioches ! Un tambour ? Un chant ? C’est Hjalmar et le Pasteur aux abeilles, ils reviennent. Tout le monde radine comme à la fin d’un spectacle pour saluer... Le pasteur psalmodie au milieu des oiseaux qui volettent au-dessus des fosses. Stévenin avait fort bien réussi l’enterrement. Lucette s’y serait re-crue. Il avait chopé le bon ton pour lire les pages si difficiles. La visite au Revizor et la séquestration de l’Isis et de la Kretzer pyromane furent plus problématiques. “Stèv” accrocha plusieurs fois.
Lucette écoutait, toujours attentive, avec un nouveau sourire de déesse hindoue figée dans la pierre. » (Lucette, 1995, pp. 326-328)
  • « Jean-François avait promis à Lucette de transposer au cinéma le livre de son mari qui a le seul mot nord dans son titre. Après les deux premiers très réussis, réaliser son troisième film était son fantasme et sa hantise. Grosse feignasse brouillonne comme il l’était, Jean-François temporisait dans des scrupules de coquette et de complexes d’écolier. Le tout avec pas mal d’alcool...
— Tu comprends, le bel Édouard, me disait J.F., en s’avalant une gorgée de J & B... l’alcoolisme, c’est une question de temps. Tu veux être deux heures plus tard, tu bois tout de suite la moitié de la bouteille.
Jean-François passait me prendre, vroum, on allait parler jusqu’à pas d’heure, mais le lendemain, il avait tout oublié, il fallait que je le “repique”, à Meudon, chez Lucette, qu’elle m’aide à la remotiver, lui donner des détails, des idées, puis il rentrait s’effondrer (“J’y arriverai jamais !”), mais au moment où il le tenait (“Ça y est, je vois mon film !”), Johnny passait à Tarbes, alors Jean-François enfourchait son Behemoth de fer et fonçait voir le rocker mondialement connu (en France). Pour Jean-François, Johnny était une drogue aux effets, sans arrêt recherchés, d’infantilisation confortable de soi-même et de fuite devant l’irréalité. Avec Lucette, il avait les deux contrepoisons en une seule femme : une très grande maturité (malgré ses facettes enfantines) et le refus poétique et déterminé du réel. » (Alain Zannini, 2002, p. 344)

Intégration littéraire

Notes et références

  1. Marc-Édouard Nabe, Inch’Allah, Éditions du Rocher, 1996, pp. 2089-2090.
  2. Marc-Édouard Nabe, « Où l’on voit nos héros creuser un trou », Alain Zannini, Éditions du Rocher, 2002, pp. 343-349.
  3. Christine Descateaux, « Le clan des Stévenin », Télé 7 Jours, 12 mai 1996, p. 31.
  4. « Bagatelles pour un Klarsfeld », Nabe’s News n°11, 30 janvier 2018, lire : http://www.nabesnews.com/bagatelle-pour-un-klarsfeld/
  5. À voie nue, France Culture, 26 janvier 2018 ; écouter : https://youtube.com/watch?v=qRimjFTjdOk