Inch’Allah

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Couverture de Inch’Allah, 1996

Inch’Allah est le troisième tome du journal intime de Marc-Édouard Nabe, publié par les éditions du Rocher en septembre 1996.

Résumé

Inch'Allah raconte le quotidien de Nabe du 14 juin 1986 au 2 mai 1988. D’abord son arrivée avec Hélène à Calvi où ils retrouvent Jean-Edern Hallier en train de travailler au roman qui devait marquer son retour sur la scène littéraire, L’Évangile du fou. À cette occasion, Nabe fait la connaissance du jazzfan et relecteur René Caumer. De retour à Paris, Nabe reçoit un coup de téléphone du cambrioleur en cavale, le célèbre Albert Spaggiari, admirateur du Régal des vermines. Une première rencontre est organisée par Spaggiari (il y en aura d’autres...). Plusieurs séjours dans les Ardennes dans la famille d’Hélène permettent au couple de reprendre leur souffle et à Nabe de travailler à ses différents livres, notamment à ce qui sera son premier roman chez Denoël Le Bonheur. L’actualité en cet automne 1986 est riche d’attentats, notamment ceux d’Action Directe, ce qui donne l’occasion à Nabe d’écrire, déjà, des pages sur le terrorisme, et pas seulement proche-oriental. Bientôt le procès Barbie (avocat Vergès) s’ouvrira et Nabe le suivra et le commentera de loin mais très précisément dans ce tome. On lira également l’extraordinaire moment qu’Hélène et Nabe passent en octobre dans la chambre d’hôtel de Miles Davis à Nancy pendant le festival de jazz (Nabe y avait été engagé pour rédiger chaque jour des comptes-rendus souvent explosifs des concerts de la veille) et où le grand trompettiste de jazz a « croisé le crayon » en quelque sorte avec l’écrivain, puisque tous les deux ont dessiné pendant trois heures ensemble tout en discutant affectueusement.

1987 sera marquée par le retour à la télévision de l’auteur du Régal pour une nouvelle émission chez Michel Polac. Puis le lecteur suivra Nabe dans l’écriture et les corrections du Bonheur, encouragé par Hallier et ses amis Élisabeth Barillé, Isabelle Cnockaert, Frédéric Dutourd, à Deauville, mais aussi remis au travail par le sévère René Caumer dont Nabe fait son premier assistant pour parfaire la réalisation de son œuvre. Les séances auront lieu l’été, après le festival de jazz de Calvi que Caumer inaugura cette année-là et où Nabe s’était produit comme guitariste dans l’orchestre de son père avec François Rilhac et où également de spectaculaires disputes entre Nabe et sa mère (corse) avaient rendu encore plus dense le séjour. En novembre, Lucette Destouches-Céline reçoit Nabe et Hélène à Meudon dans sa maison pour la première fois, ce qui sera le début d’une longue complicité amicale et littéraire.

La publication début janvier 1988, du Bonheur, marque la seconde invitation de Nabe par Bernard Pivot à Apostrophes. Encore une fois, on revit le moment de l’intérieur, où l’écrivain, face à un Régis Debray et d’autres invités peu enthousiastes, défend son livre. Enfin, on comprendra pourquoi ce tome de journal s’appelle Inch’Allah lorsqu’on aura lu qu’il se termine par l’histoire d’amour avortée de Nabe avec une jeune et belle peintre libanaise Nada à laquelle il finira par renoncer par amour pour Hélène.

Incipit

Samedi 14 juin 1986. — Orangé et rayonnant, Jean-Edern Hallier persifle un troupeau d’ouvriers dans le hall d’Orly. En effet, il a réussi à s’infiltrer inexplicablement dans l’organisme C.G.T. Tourisme et Travail qui transporte les congés payés couperosés à la retraite, avec leurs quarante années de boulons sur la gueule. « Et, dans la queue, ils continuent à se laisser doubler sans rien dire ! » hurle le cyclope celte en leur passant devant à l’enregistrement des bagages.
Dans l’avion, Jean-Edern, à côté d’Hélène, n’est pas plus à l’aise que moi. J’ai horreur de ce toboggan horizontal. Je n’arrive pas à croire qu’une heure et demie de serrement de fesses suffit à nous transporter d’un bout à l’autre du pays. Edern, lui, devrait s’en foutre : il a écrit son roman. Les feuilles qu’il tripote sont en triple exemplaire chez Albin Michel. Il peut mourir ! Si l’oiseau de ferraille s’écrasait, ce serait cocasse. On se demanderait ce que je foutais là et nos deux destins d’écrivains seraient à jamais associés. Très emmerdant... C’est un peu tard pour regretter d’avoir accepté de partir. En fait, il ne se passe rien : j’ai seulement très mal à l’oreille lorsque l’avion redescend : une oreille bourdonnante à éclater : je n’entends plus que de très loin les propos badins d’Edern à l’hôtesse, ses commentaires sur son Manuscrit de ma mère morte, sa rencontre avec C. E. Garda, « ce P.-D. G. du charabia », et ses blagues à Henri Michaux...
Calvi ! Calvi tout gris. C’est la première fois qu’Edern voit la Corse si moche. Dès que j’arrive quelque part c’est l’orage. Pourtant, quel charme ! C’est un petit port rose qui fortifie sa fraîcheur aux ombres de sa citadelle.

[...]

Accueil critique

Avis positifs

Pour Frédéric Beigbeder, qui en fait une critique favorable dans le mensuel Elle, « il faut parfois le courage de s'ennuyer pendant deux pages pour tomber ensuite sur un aphorisme fulgurant, un portrait excessif, un paragraphe tendre, une tranche de jazz, l'éloge du lieutenant Blueberry, une partouze virtuelle avec Miles Davis, du vomi sur les chaussures de Jean-Paul Belmondo »[1].

Yann Moix, dans L'Événement du jeudi, juge que l'écriture du journal « dans un monde ou l'écrit s'évapore, a quelque chose de magnifique et de courageux »[2].

Jacques Chancel, dans son bloc-notes publié dans Les écrits de l'image, écrit que « ce gros pavé d'un jeune exalté rendu furieux par l'indifférence dans laquelle on le tient, a de quoi rendre plus lucides sur leur non-talent les jaloux de la caste qui lui piquent quand même des banderilles. Car il y a du style autour de ces bagatelles pour un massacre »[3].

Dans Valeurs, Sébastien Lapaque qualifie Inch'Allah d'« objet littéraire fascinant »[4].

Dans La Croix, Jean-Maurice de Montremy accueille favorablement Inch'Allah, soulignant des « passages fantaisistes, émus, tonitruants où l’écrivain se renouvelle de manière incessante »[5].

Avis négatifs

Renaud Matignon, dans Le Figaro Littéraire, raille l'écrivain, son œuvre et son journal, écrivant notamment : « Mille pages de désert, c’est beaucoup »[6].

Distinction

Le livre a obtenu en novembre 1996 le prix Paris-Première[7], créé un an plus tôt[8], par l'écrivain Jean-Edern Hallier. Marc-Édouard Nabe était en concurrence avec son voisin de l'époque, Michel Houellebecq, pour son livre Le sens du combat. Jérôme Béglé, Yann Moix et Frédéric Taddeï comptent parmi les voix en faveur de Nabe. Parmi les contres, Michka Assayas.

Fin novembre 1996, chez Ledoyen, Nabe lors d’une grande soirée Paris-Première, reçoit des mains de Jean-Edern Hallier le chèque de son prix (100 000 francs). À peine descendu de scène, Nabe se fait gifler par Frédéric Dutourd, le fils de Jean Dutourd n’ayant pas apprécié ce que l’écrivain, dans ce tome de son journal, avait écrit sur son père, et surtout sur ce que lui, Frédéric Dutourd, disait de son père[9]. Sans broncher, Nabe, la joue en feu, va embrasser sans un mot la femme de son éditeur, Sylvie Bertrand.

Échos

  • En novembre 2001 paraît le livre de Noël Balen sur Miles Davis, L’Ange noir (Éditions Mille et une nuits-Arte Éditions) qui reproduit sur deux pages un extrait de la journée du 22 octobre 1986, qui raconte la rencontre de Nabe et d’Hélène avec le trompettiste de jazz[10].
  • En février 2007, lors de la sortie d'un livre de Christophe Hondelatte sur Albert Spaggiari, Sébastien Lapaque rappelle, dans Le Figaro, qu'il a été un personnage d'Inch'Allah. Le journaliste encourage Marc-Édouard Nabe à écrire le roman du cerveau du « casse du siècle » : « Spaggiari, le bandit facho : c'est un personnage pour Nabe. Il devrait écrire son roman, il n'y a même que lui qui peut le faire. [...] Au travail, Marc-Édouard ! »[11].
  • En juillet 2009, Jérôme Dupuis publie un long article dans L'Express, racontant en détail la relation entre Marc-Édouard Nabe et Albert Spaggiari[12].

Édition

Inch’Allah s’est vendu à 3 000 exemplaires, pour un tirage de 4 500 exemplaires[13]. Les droits de Inch’Allah ont été entièrement récupérés en 2008 par Marc-Édouard Nabe, qui peut anti-rééditer l’ouvrage. En attendant, le livre est disponible sur la plateforme de vente de l’auteur, faisant partie du stock de huit tonnes de retour récupéré par voie judiciaire par l’auteur en 2008.

  • Marc-Édouard Nabe, Inch'Allah, éditions du Rocher, 1996, 962 p. ISBN : 2268022978.

Lien externe

Notes et références

  1. Frédéric Beigbeder, « Inch'Allah - Journal intime 3 », Elle, 3 novembre 1996, p. 50.
  2. Yann Moix, « Ce que je ferais à la page 2067 », L'Événement du jeudi, 27 février 1997, pp. 72-73.
  3. Jacques Chancel, « Le Bloc-notes de Jacques Chancel », Les écrits de l'image, numéro 13, hiver 1996, pp. 38-39.
  4. Sébastien Lapaque, « Marc-Édouard Nabe au jour le jour », Valeurs (Revue de critique et de littérature, 23 novembre 1996.
  5. Jean-Maurice de Montremy, « Inch'Allah », La Croix, 26 janvier 1997.
  6. Renaud Matignon, « Nabe : les Titans du minuscule », Le Figaro Littéraire, 7 novembre 1996
  7. « Quand Jean-Edern Hallier défendait Nabe », LExpress.fr, 12 janvier 2007, lire : https://www.lexpress.fr/culture/quand-jean-edern-hallier-defendait-nabe_462234.html
  8. Jean-Claude Lamy, « Jean-Edern Hallier, l'idiot insaisissable », Paris : Albin Michel, 2017.
  9. « La scène s'est déroulée l'autre soir chez Ledoyen à la fin de la remise du prix Jean-Edern's Club - Paris Première à Marc-Edouard Nabe. En descendant de l'estrade, ce dernier a reçu une gifle magistrale, signée Frédéric Dutourd, le fils de Jean, qui en prime, s'est exclamé : “Ce sont les risques du métier quand on bave sur les vivants !” Un soufflet qui le démangeait depuis qu'il avait lu, Inch'Allah, le troisième tome du journal intime du lauréat, un passage où ses relations avec son académicien de père sont comparées à celles qui ont existé entre Fernandel et son fils Franck : “Tout cela accompagné de confidences enregistrées à mon insu au Flore, où je l'avais invité à boire un verre, puis transcrites sans le moindre scrupule”, dit Frédéric Dutourd. “Ça, c'est la vie littéraire” s'est exclamé Jean-Edern Hallier, fou de joie après l'altercation. Dans la grande tradition, l'offenseur a précisé à Jean-Edern qu'il était prêt à en découdre sur le pré avec l'offensé. "Mon adversaire n'a pas réagi", soupire Frédéric. De son côté, Jean Dutourd ajoute : “Mon fils, dont je suis fier, n'a pas plus de chance que moi. Dans ma jeunesse, j'ai été champion d'escrime et, à mon grand regret, personne ne m'a jamais provoqué en duel.” » in « Marc-Edouard Nabe giflé par Frédéric Dutourd », Le Figaro, 29 novembre 1996
  10. Noël Balen, L’Ange noir, Arte éditions, 2001, pp. 115-116.
  11. Sébastien Lapaque, « Gentleman casseur », Le Figaro, 15 février 2007, p. 30.
  12. Jérôme Dupuis, « Camarades de cavale », L'Express, 30 juillet 2009, pp. 60-62, lire : https://www.lexpress.fr/culture/livre/albert-spaggiari-marc-edouard-nabe-camarades-de-cavale_823659.html
  13. Alexandre Fillon, « Nabe le maudit ? », Livres Hebdo, 25 février 2000.