L’Enculé

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Couverture de L’Enculé, 2011

L'Enculé est un roman de Marc-Édouard Nabe publié en octobre 2011. C'est le premier roman consacré à l'affaire Dominique Strauss-Kahn et le seul à qui celui-ci n’a pas fait de procès en diffamation.

Résumé

Marc-Édouard Nabe fait de Dominique Strauss-Kahn le personnage principal et le narrateur de l'affaire du Sofitel de New-York. Le livre s'ouvre sur sur sa version vécue de l’agression sexuelle de Nafissatou Diallo le 14 mai 2011. Prenant les éléments connus par les médias, l'écrivain imagine la vie de DSK en prison, au tribunal puis dans sa résidence surveillée de Tribeca, en compagnie de sa femme, Anne Sinclair, la visite de leurs amis ainsi que leur escapade dans un autre État des États-Unis. Le tout est narré de l’intérieur même de la tête de DSK (ce qui a été occulté par les détracteurs de Nabe, en particulier Émilie Frèche et Marc Weitzmann, niant que le livre est un roman, préférant le faire passer pour un pamphlet contre Dominique Strauss-Kahn).
Malgré la spéculation obligée de l’exercice (Nabe ne connaissant pas personnellement Strauss-Kahn), L’Enculé a pu apparaître à beaucoup comme une compréhension valable du personnage. De la visite à New-York d’un amant de Tristane Banon au rodéo auquel assiste le héros avec Jean-Pierre Elkabbach, sans oublier la passion de DSK pour les singes ou son dégoût pour l’anti-antisémitisme mémoriel, tout est imaginaire mais crédible. Nabe a écrit au jour le jour pendant l’affaire même son roman en intégrant au fur et à mesure toutes les nouvelles informations glanées jusqu’au dénouement uchronique.

Incipit

1

Je suis un enculé. C’est drôle : c’est souvent ceux qui enculent les autres qu’on traité d’enculés. Moi, je mérite bien ce nom, à bien des titres. Je vais raconter ici comment un enculeur s’est fait enculer. Et ce ne sera pas du roman, tout sera vrai, enfin vrai selon moi. Après avoir enculé le monde entier, je me suis fait enculer aux yeux de ce même monde, entier.
Je ne vais pas raconter ma vie, je vais raconter ma mort.
J’ai été tué, ou je me suis tué si vous préférez, le 14 mai 2011, à l’hôtel Sofitel de New-York... C’était un samedi matin, je m’en souviens très bien. J’avais fait un rêve bizarre : je faisais partie d’un groupe d’alpinistes, j’étais même en tête de la cordée qui escaladait une énorme montagne scintillante de neige. Nous étions une bonne demi-douzaine à grimper, pas après pas, plantant d’un geste réfléchi nos piolets dans la façade bleutée de la masse blanche qui pointait vers l’azur frais...
Dans mon demi-réveil, ce qui m’a inquiété tout de suite, c’est que je ne bandais pas. C’est rare pour un homme comme moi, même à 62 ans, de ne pas bander le matin en se réveillant. Oh, ce n’était pas la première fois, bien sûr, mais je sais que c’est toujours de mauvaise augure lorsque cette érection porte-bonheur du matin me fait défaut. Le serveur m’a apporté mon petit déjeuner. Je lui ai fait pousser le chariot jusqu’à mon lit. Moi, pour me faire sortir d’un lit ! Il a déguerpi, ce larbin, en tirant presque la gueule parce que je n’avais pas monnaie pour son pourboire. Qu’est-ce qu’il croyait, ce con, que j’avais tout un tas de pièces rangées dans le nombril ? Car je dors nu, moi monsieur ! Pas en pyjama comme François Hollande ! Café allongé. Eggs and bacon... Délicieux... Tartines chaudes, marmelade de groseilles et trois croissants, plus du jus, beaucoup de jus d’orange.
J’ai donné quelques coups de fil. Et puis je me suis décidé à sortir vers 11 heures du fameux lit. Extraire ma carcasse de gros Français velu pour la replacer cahin-caha dans une baignoire. J’aime les bains, ça fait tout oublier, c’est un avant-goût de la mort, on est comme dans son cercueil, un cercueil rempli de liquide fœtal. Un retour aux sources final en quelque sorte... Je me projetais dans l’avenir proche, c’est ce qu’il y a de plus dur. Facile de faire des plans sur une comète trop éloignée du système solaire, on est presque sûr de ne pas pouvoir intervenir. Penser à ce qu’on va faire dans les heures, les jours qui viennent est plus courageux. Je savais qu’après ce samedi m’attendrait très vite en France le Grand Moment, celui où j’allais enfin annoncer ma candidature à l’élection présidentielle de 2012. Enfin, « grand moment » pour les autres. Moi ça me fatiguait avant même d’y aller, toute cette mascarade... Ils m’avaient fait chier à me questionner sur ça, tous. J’en avais marre de faire de la rétention, surtout pour un secret de polichinelle. Polichinelle, c’est moi, avec mon gros bide, mon dos voûté, mes lourdes paupières et mon air malin de sourieur en coin. Bon, ils allaient l’avoir, leur annonce officielle, juste un petit saut avant chez la Boche Merkel (pas baisable pour un mark, la pauvre), et puis j’allais plonger. Je savais que c’était mon dernier week-end de liberté, tout seul à New-York, trois jours de calme avant la tempête. Cet après-midi, je reprenais l’avion, « Tu vas bien trouver une dernière connerie à faire, on te fait confiance ! » comme me disait souvent mon père, Gilbert.
J’allais me soulever du bain pour prendre ma douche debout quand j’ai entendu un garçon entrer dans la chambre et hurler poliment pour savoir si j’étais là. Je n’ai rien répondu, je ne sais pas pourquoi, c’était improvisé comme réaction. J’en ai tellement marre qu’on me pose des questions depuis des années ! Je ne les supporte plus, c’est comme un viol. Pour moi, entre « Serez-vous candidat aux primaires socialistes ? » ou « Y a-t-il quelqu’un dans cette chambre », je ne plus de différence. J’ai entendu le garçon du room service repartir dans un bruit de roues qui grinçaient très légèrement, il venait de remporter mon chariot de petit dej’. Quelques minutes plus tard, pareil. Mais c’était une voix de femme cette fois qui s’assurait, à tort, que la chambre était vide... Belle voix d’ailleurs, un peu traînarde. Je suis resté bien muet et immobile, dans mon eau vaseuse. Ne pas bouger, ne pas respirer. Qu’elle croie que je me suis évanouie, envolé, volatilisé. Mon rêve ! J’ai entendu qu’elle commençait à faire le ménage. Tout à coup, j’ai réalisé qu’une femme, dont j’ignorais tout et qui ne soupçonnait pas ma présence (une femme de ménage, en plus !), était d’un côté de la porte de ma salle de bains, persuadée d’être seule, et que moi, j’étais de l’autre côté, nu. J’avoue que ça m’a fait bander, et pas qu’un peu. Je suis sorti délicatement de l’eau, me suis collé à la porte et j’ai écouté encore. Elle chantait doucement, pour elle-même, elle était heureuse, de bonne humeur en tout cas... Sa voix s’éloignait, se perdait selon ses déplacements dans la grande chambre, c’était comme le chant de perdition très attirant d’une sirène invisible. Et puis elle a fini par s’approcher de la porte... Ce qui m’excitait très fort, c’est de ne savoir du tout à quoi elle ressemblait. Derrière cette porte sacrée, de toute évidence un vagin, des seins, un cul, un trou du cul, une bouche inconnus m’attendaient, m’appelaient. Plus sexy qu’une pute qu’on choisit ou qu’une bourgeoise qu’on connaît bien ! C’était aléatoire comme un jeu de hasard, sauf que le hasard avait un patron, et que ce patron, c’était moi.

Réception critique

Avis positifs

Pour Patrick Besson, dans Le Point, L'Enculé « est à ce jour la synthèse la plus pertinente et la plus joviale de tout ce qu'on a pu lire, voir et entendre sur l'affaire DSK au cours de l'été dernier »[1].

Dans Causeur, Daoud Boughezala parle du « style enlevé du livre, plein de trouvailles et de boules puantes qui font de Nabe le sale gosse de Hara-Kiri qu’il n’a – en vérité – jamais cessé d’être »[2].

Grégoire Leménager, dans BibliObs, apprécie le livre tout en précisant que « cette très grosse farce bourrée jusqu’à la gueule risque fort de ne pas plaire aux amateurs de politiquement correct. »[3].

Sur le même site, Pierre Ancery récuse le terme de pamphlet : « c'est un roman, un vrai, dans lequel Nabe s'amuse terriblement – et nous avec – de ses pauvres personnages, ces puissants à la fois grotesques et tragiques, ces êtres ordinaires victimes de leurs pulsions les plus animales »[4].

Avis négatifs

Sur Europe 1, Marc-Édouard Nabe est invité dans l'émission Des clics et des claques, face à David Abiker et à Guy Birenbaum, très négatifs sur le livre[5]. Dans l'émission Ça balance à Paris, diffusée sur Paris Première, Éric Naulleau accueille favorablement l'ouvrage, contrairement à ses chroniqueurs, en particulier Arnaud Viviant, qui attaque Nabe sur son antisémitisme présumé. Ce dernier, entré en surprise sur le plateau, l’attaque à son tour, lisant notamment la description qu’il faisait de Viviant dans son précédant livre, L’Homme qui arrêta d’écrire.

Dans la presse, Marc Weitzmann dénonce violemment le livre dans un long article publié dans Le Monde[6]. Il traite L'Enculé de « pamphlet obscène et antisémite » et reproche à Léo Scheer, éditeur des Morceaux choisis de l'écrivain, de le défendre sur son blog[7]. Cette critique fait l'objet d'un droit de réponse de Léo Scheer, publié le 27 novembre, qui récuse l'accusation d'antisémitisme portée par Weizmann à l'encontre de Nabe et qui défend le projet littéraire de L'Enculé[8].

Dans Les Inrockuptibles, Élisabeth Philippe qualifie le livre d'« imbécile et nauséabond »[9].

Passages médiatiques

Europe 1 - 20 octobre 2011

Paris Première - 3 décembre 2011

Échos

  • L’Enculé figure sur la liste du prix Lulu la Nantaise, initié par l’association « C’est curieux chez les marins ce besoin de faire des phrases », aux côtés de Limonov d’Emmanuel Carrère, de Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine Le Vigan, d’Indignez-vous ! de Stéphane Hessel et d’Épostolaire de rien (anonyme)[10]. Le prix est finalement remis à Épistolaire de rien[11].
  • Au moment de la sortie de son livre Chronique d'une exécution, Ivan Levaï évoque L'Enculé dans Sud Ouest, en qualifiant le titre « ignoble »[12].
  • En mars 2013, dans l'hebdomadaire Le Point, Emilie Lanez publie un article racontant l'histoire du livre de Marcela Iacub, Belle et Bête, consacré à sa relation avec Dominique Strauss-Kahn[13]. La journaliste cite un proche expliquant qu'elle a publié son roman après que Nabe a publié le sien, encouragée à le faire parce que celui de Nabe n’avait eu aucune conséquence judiciaire[14]. Raté, puisqu’elle a été condamné à 50 000 euros[15].
  • En janvier 2014, au moment de la sortie de la Ballade de Rikers Island, de Régis Jauffret, L’Enculé est mentionné par Marianne Payot dans L’Express [16], par Philippe Lançon, dans Libération [17] et par David Caviglioli dans le Nouvel Observateur[18].
  • Le 18 janvier 2014, le quotidien suisse Le Temps publie une critique de Karnaval de Juan Francisco Ferré, par la journaliste Isabelle Rüf qui mentionne Marc-Édouard Nabe parmi les écrivains que l’affaire Strauss-Kahn a inspirés[19].
  • En mai 2014, Daniel Schneidermann estime qu'avec L'Enculé, Nabe « n'a réussi à tirer que des balles à blanc »[20].

Étude

En novembre 2011, un mois après sa sortie, L’Enculé a l’objet d'une étude signée Patrick De Lacroix-Herpin, intitulée Vive L’Enculé !.

Édition

L’Enculé a été initialement tiré à 2 000 exemplaires, mis en vente à partir du 7 octobre 2011, avant d’être épuisé en novembre pour connaître un second tirage de 4 000 exemplaires, disponible depuis le 17 novembre 2011.

  • Marc-Édouard Nabe, L'Enculé, anti-édition, 2011, 250 p. ISBN : 9782953487916

Lien externe

Notes et références

  1. Patrick Besson, « La fortune de Nabe », Le Point, 27 octobre 2011, p. 15, lire : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/patrick-besson/la-fortune-de-nabe-27-10-2011-1389820_71.php%7Cpages=15}}
  2. Daoud Boughezala, « Ainsi parlait DSK », Causeur, 16 octobre 2011, lire : https://www.causeur.fr/ainsi-parlait-dsk-12383%7Cpages=}}
  3. Grégoire Leménager, « Nabe aussi publie son DSK », BibliObs, 10 octobre 2011, lire : https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20111010.OBS2121/nabe-aussi-publie-son-dsk.html
  4. Pierre Ancery, « Nabe : “DSK, c'est moi !” », BibliObs, 9 novembre 2011, lire : https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20111107.OBS4022/nabe-dsk-c-est-moi.html
  5. Des clics et des claques, Europe 1, 20 octobre 2011.
  6. Marc Weitzmann, « L'affaire DSK, l'obscénité de Nabe, et l'étrange bienveillance de la critique », lire : https://www.lemonde.fr/livres/article/2011/11/17/les-bienveillants_1604907_3260.html
  7. Blog des Editions Léo Scheer, lire : http://leoscheer.com/blog/?2011/10/07/1723-l-encule-de-marc-edouard-nabe
  8. Leo Scheer, « Correspondance - Une lettre de Léo Scheer », Le Monde, 27 novembre 2011, p. 22
  9. Élisabeth Philippe, « L'affaire DSK vue par Marcela Iacub, entre fantasmes et manipulations », Les Inrocks, 12 janvier 2012, lire : https://www.lesinrocks.com/2012/01/12/livres/laffaire-dsk-vue-par-marcela-iacub-entre-fantasmes-et-manipulations-114212/
  10. « Prix Lulu la Nantaise », Presse Océan, 31 octobre 2011.
  11. « La prix Liliane la Nantaise décerné à “Épistolaire de rien” », Presse Océan, 2 novembre 2011
  12. Véronique Fourcade, « L'affaire DSK côté famille », Sud Ouest, 4 novembre 2011, lire : http://www.sudouest.fr/2011/11/04/l-affaire-dsk-cote-famille-544569-4697.php
  13. Emilie Lanez, « Iacub-DSK, les coulisses d'un livre scandale », Le Point, 14 mars 2013, pp. 66-68, lire : http://www.lepoint.fr/societe/iacub-dsk-les-coulisses-d-un-livre-scandale-14-03-2013-1690882_23.php
  14. « “Et quand elle vit que le livre de Marc-Edouard Nabe “L'enculé”, consacré à DSK, ne provoqua aucun remous judiciaire, elle se dit que tous les feux étaient au vert”, analyse là encore un ami. Fictionniser un amant véridique et s'en prendre à DSK paraît en cet hiver 2013 peu risqué... », Ibid.
  15. « AFFAIRE DSK - La justice autorise l'ouvrage de Marcela Iacub », Le Point, 26 février 2013, lire : https://www.lepoint.fr/societe/dsk-la-justice-autorise-l-ouvrage-de-marcela-iacub-26-02-2013-1633239_23.php
  16. Marianne Payot, « Jauffret, ennemi du mâle », L'Express, 15 janvier 2014.
  17. Philippe Lançon, « Les revenants de la suite 2806 », Libération, 16 janvier 2014, lire : http://next.liberation.fr/livres/2014/01/15/les-revenants-de-la-suite-2806_973045
  18. David Caviglioli, « DSK en peignoir », Le Nouvel Observateur, 16 janvier 2014, p. 100, lire : https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20140115.OBS2485/regis-jauffret-dsk-en-realite-augmentee.html
  19. Isabelle Rüf, « Une danse des morts burlesque autour de l’affaire D(S)K », Le Temps, 18 janvier 2014.
  20. Daniel Schnerdermann, « DSK : le navet, la dégoûtée et les critiques », Arrêt sur images, 20 mai 2014, lire : https://beta.arretsurimages.net/articles/dsk-le-navet-la-degoutee-et-les-critiques