J’enfonce le clou

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Couverture de J’enfonce le clou, 2004

J’enfonce le clou est un recueil d’articles de Marc-Édouard Nabe, publié aux éditions du Rocher en 2004. La couverture est un dessin original de Willem.

Résumé

Le livre est composé de 27 articles écrits entre mars 2003 et août 2004, dont certains avaient été publiés dans Cancer ! et dans La Vérité. Privé de support pour commenter l’actualité dès 2004, Nabe décide de poursuivre cette activité littéraire mais tout seul, chez lui, comme s’il écrivait pour un journal qui n’existe plus. Ainsi, les « articles » courent de date en date en suivant les événements de l’époque : la guerre en Irak, les tortures d’Abou Ghraïb, l'affaire Dieudonné, les attentats de Madrid, le film de Mel Gibson La Passion du Christ, etc. Se tenant très informé de tous ces sujets, J’enfonce le clou, en dehors de sa véhémence et de sa drôlerie, apporte des éclairages sur les grands thèmes de cette première partie du millénaire, notamment le terrorisme, Israël, l’antisémitisme, les phénomènes de société (mariage homosexuel, le foulard) et les faits divers (l’affaire Dutroux, Fourniret, Marie Trintignant...). La forme de ces textes est également à signaler : textes courts (« Toute l’histoire d’Israël sur une seule page »), poésie (« Élégie pour Yassine »), lettre ouverte (« Fin de Ramadan »), rapprochements métaphysiques (« Le 11-Septembre de Mallarmé », « La télé-réalité dépasse l’auto-fiction »).

J’enfonce le clou a été considéré comme le troisième volet d’une trilogie dite « politique » avec Une lueur d’espoir (2001) et Printemps de feu (2003) qui démontre que Nabe, toujours passionné par les actualités de son temps n’en a pas raté beaucoup.

Le dernier article de J’enfonce le clou est « Les Collabeurs » qui deviendra très vite un must à lire dans les banlieues où le feront circuler les internautes. Ce texte, ainsi que « Caca nerveux » et « Monsieur et madame Pédé », seront diffusé également en vidéo par la lecture illustrée qu’en a faite Laurent James. Présent sur YouTube pendant une quinzaine d’années, les trois textes de Nabe, tirés de J’enfonce le clou, seront finalement, l’un après l’autre, censurés par YouTube.

Incipit

PRÉFACE
Le temps des discours est fini, la parole est à la dynamite
Ravachol

Tous les jours, je me dis que je vais arrêter d’écrire et de publier, mais si j’arrête, tout le monde s’en foutra autant que si je continue !... Ce n’est pas « À quoi bon ? » qu’il faut se demander, mais « Que faire d’autre ? » À part foutre des bombes, je ne vois pas...
Comment se fait-il qu’un artiste se sente aujourd’hui plus proche d’un poseur de bombes que de n’importe quel intellectuel ? Ça, c’est une vraie question, et dont on ne peut pas trouver la réponse uniquement dans mon parcours et dans ma nature. C’est toute l’époque qui est concernée. Moi, je n’étais pas comme ça au début. J’ai mis un moment à rendre compte que dans « écrivain », il y a « écrits vains ».
L’évolution naturelle pour un artiste, c’est le terrorisme. Chaque écrivain doit trouver sa forme pour terroriser... Quoi ? La Culture, bien sûr ! D’abord et avant tout... Je n’arrête pas de le dire dans ce livre. Participer à la culture aujourd’hui est, au milieu, une inconsciente connerie ; au pire, un crime antiartistique. Un immense désarroi pousse « penseurs » et « romanciers » à faire de la surenchère culturelle pour noyer les vrais poissons. Ils n’ont souvent pas le simple courage d’admettre qu’ils travaillent tous pour la mort. Toute leur « carrière », ils ont accumulé des livres dont la culture a besoin pour combler son vide, et ils se persuadent malgré tout qu’ils participent à une sorte de combat général pour la gloire du grand art, une résistance par la « qualité » à la marchandisation spectaculaire !
On a parle de la « mort de l’art », mais c’est encore une invention de la culture pour démobiliser les vrais artistes. La culture, c’est la mort. Ça n’a peut-être jamais été autant la mort. La culture, c’est la société qui s’organise pour vider les œuvres d’art de leur substance. Elle attend que les artistes qui lui ont craché à la gueule toute leur vie soient morts pour se nourrir de cette mort, et en vivre... Faire partie de la culture est déjà un déshonneur. De son vivant, du moins. Après, ça n’a plus d’importance... Le combat n’est plus là. René Daumal prédisait agressivement à André Breton qu’il serait un jour dans les manuels scolaires, mais lui aussi s’y retrouve.
La culture voulait la peau de l’art, mais grâce au 11 septembre, elle vient d’échouer dans sa tentative d’assassinat. Les cultureux ont tout vidé, tout saccagé, c’est autre chose que le pillage du musé archéologique de Bagdad ! En voilà encore une, de tarte à la crème... Seuls les amateurs de culture pleurnichent parce que trois tablettes d’écriture cunéiforme ont été brisées, une demi-douzaine d’amphores volées et une tête de lion assyrien fracassée par des voyous, alors qu’en même temps des centaines de civils se faisaient canarder par les F16 de Bush !
Ce pillage, je le crois symbolique d’une certaine prise de conscience anticulturelle : c’est la vie même qui déborde le jour de la chute du tyran et qui va jusqu’à vouloir effacer les signes extérieurs de sa richesse culturelle. La culture, c’est pour les autres. Le musée de Bagdad était fait pour les Occidentaux après tout, pas pour les Irakiens qui vivent tous les jours à la mésopotamienne et beaucoup plus fort qu’aucun « mésopotamologue » ne le pourra jamais.
Si l’Orient est le berceau de la civilisation, comme ils disent, alors l’Occident en est le tombeau. Au fond, je trouve plutôt sain qu’au moment de la chute de leur dictateur, et non pas de la libération du pays, et encore moins de sa démocratisation, un peuple se jette sur ses reliques et les massacre. Quel sursaut de vie blessée que cet acharnement iconoclaste ! L’Occident a pillé l’Afrique plus que les « Ali Baba » n’ont pillé leur propre musée. À entendre les soudains raffinés en archéologie, ce serait le plus grand dommage de la guerre en Irak... Et les morts ? D’accord, il manque un bout du nez d’un Nimrod vieux de cinq mille ans, mais aussi les deux bras du petit Ali (qui n’en a que douze) arrachés par une bombe à fragmentation. On dirait que le seul crime des Américains, c’est de ne pas avoir su protéger le musée de Bagdad !
Je parle beaucoup de l’Irak parce que c’est l’actualité. Et l’actualité, c’est la matière première des vrais artistes. On s’intéresse toujours à la « poésie de l’inactuel » mais jamais à celle de l’actuel... Et pourtant elle existe, il y a certains jours où on se dit même qu’il n’y a plus qu’elle qui existe. Les écrivains pensent que c’est se déshonorer que de s’intéresser à l’actualité. Comme si j’étais le premier à faire ça !
Même Don DeLillo (bien noté par les bien-pensants) le dit : « La culture rend les artistes impuissants et les romans actuels n’ont plus aucun impact sur les consciences collectives, ils ne parviennent plus à façonner un monde, tandis que le terrorisme est la seule chose qui puisse faire changer une société. Y a-t-il une véritable connexion entre les écrivains et les terroristes ? Je n’en ferai pas une théorie... Mais cette liaison me semble intéressante et doit être explorée. » Je m’en charge, donc !

[...]

Table des matières

Préface, p. 11
1. Tous à Bagdad !, p. 17
2. Crève, Occident !, p. 27
3. Nadine et ses chiens, p. 37
4. Le 11 septembre de Mallarmé, p. 43
5. Fin de Ramadan, p. 49
6. Intelligence du terrorisme, p. 55
7. Noël sans Saddam, p. 63
8. Le foulard à deux têtes, p. 75
9. Saint Dieudonné, p. 81
10. Une leçon d’Espagnols, p. 93
11. Élégie pour Yassine, p. 107
12. Le mur du mal, p. 113
13. L’armée du Messie, p. 127
14. Le Christ pornographique, p. 141
15. La trouille de la Turquie, p. 169
16. Glissements progressifs de la démocratie, p. 183
17. L’ogre flou, p. 201
18. Toute l’histoire d’Israël sur une seule page, p. 221
19. Les kangourous de Rafah, p. 223
20. Sage comme un otage, p. 235
21. L’actualité monte au septième ciel, p. 247
22. Monsieur et madame Pédé, p. 253
23. La télé-réalité dépasse l’autofiction, p. 263
24. Paix foireuse, p. 285
25. Les cent mille vierges de Fourniret, p. 297
26. Caca nerveux, p. 311
27. Les collabeurs, p. 329

Accueil critique

Avis négatifs

Dans l'ensemble, c'est un avis négatif qui accueille la sortie du livre. Dans le Journal de la Culture, Raphaël Juldé le juge « inégal », regrettant la place prise par la guerre en Irak de 2003, tout en saluant les articles sur Marc Dutroux ou La Passion du Christ[1].

Le Figaro littéraire estime que « les convictions les plus tranchées, et souvent les plus outrancières, ne suffisent pas à faire un style ou une pensée » et que « Nabe ne communique plus qu'ennui et fatigue »[2].

David Ropars, dans Le Magazine littéraire, critique le fond du livre, parlant notamment de « théories fumeuses poussées parfois jusqu'à la bêtise »[3].

Avis positifs

« “J’enfonce le Clou”. Un florilège d’articles extrêmement bien écrits dans lesquels il se permet de dire la Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité !!! Qualité extraordinairement rare de nos jours, la peur des représailles effrayant toutes ces petites natures. » (Salim Laïbi, 2004 in Les Porcs tome 1, 2017, pp. 207-208)

« Celui qui s’enthousiasma le plus sur J’enfonce le clou fut Yann Moix ! Yann trouvait que c’était un de mes meilleurs livres, sinon le meilleur. Dans un café – le Sèvres Raspail –, devant moi, il me lut des passages à haute voix en pleurant de rire, littéralement. Surtout quand je redéfinissais à ma façon, dans un chapitre sur Michel Fourniret, les liens incestueux entre personnalités qui avaient fait des livres de leurs histoires. Je voyais bien que les sujets politiques, en particulier moyen-orientaux, passaient au dessus de sa tête de veau. Moix n’avait jamais été très fort dans ces domaines. En plus, sa joie de me lire n’était communicative que jusqu’à un certain point. Car s’il aimait mon livre, je ne pouvais pas en dire autant du sien. » (Les Porcs tome 1, 2017, p. 217)

Passages médiatiques

Thierry Ardisson ayant refusé de réinviter Nabe pour J’enfonce le clou, c’est Jacques Chancel à la radio sur France Inter dans Figure de Proue qui recevra l’écrivain le 28 novembre 2004, mais aussi Frédéric Taddeï dans un Paris Dernière diffusé en décembre 2004 sur Paris Première.

La réalisation, le montage et le contexte de cette séquence sont racontés dans Les Porcs (« J’engueule Taddeï », pp. 213-217).

Édition

  • Marc-Édouard Nabe, J'enfonce le clou, éditions du Rocher, 2004, 343 p. ISBN : 2268052559.

Les droits de J’enfonce le clou ont été entièrement récupérés en 2008 par Marc-Édouard Nabe, qui peut anti-rééditer l’ouvrage. En attendant, le livre est disponible sur la plateforme de vente de l’auteur, faisant partie du stock de huit tonnes de retour récupéré par voie judiciaire par l’auteur en 2008.

Lien externe

Notes et références

  1. Raphaël Juldé, « Marc-Édouard Nabe n'est pas mort », Le Journal de la Culture, novembre 2004, pp. 92-94.
  2. P.-F. P., « Marc-Édouard Nabe », Le Figaro Littéraire, 11 novembre 2004, p. 2.
  3. David Ropars, « L'actualité, ça peut faire une livre miNabe. », Le magazine littéraire, 15 novembre 2004.