Loin des fleurs

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Couverture de Loin des fleurs, 1998

Loin des fleurs est le premier recueil de poèmes de Marc-Édouard Nabe publié par Le Dilettante, en octobre 1998. La couverture de l'ouvrage est l'œuvre du dessinateur Fred.

Résumé

Nabe avait écrit une bonne partie de ces poèmes bien avant la sortie d’Au régal des vermines en 1985, notamment celui qui clot le volume, un long hymne d’amour et de désir pour une femme, « Je suis fou de toi », qui alterne les vers rimés et pas dans une variété de métriques qui lui donne son ampleur. Après une invocation « traditionnelle » aux muses, le volume se déroule en un ensemble de poèmes très différents, la plupart sont écrits sur une tonalité grinçante mais en observant, au mieux, les règles de la prosodie. Nabe a une préférence pour les vers impairs à neuf ou onze pieds mais il lui arrive de produire des octosyllables ou des alexandrins, particulièrement dans les sonnets « Charles », « Viktoria », « Le marché de la poésie », « Sonnet syrien »... D’autres jouent avec l’idée même de poème, par exemple « Dixain abandonné avant la première rime » qui fait un vers et demi. On trouve également dans Loin des fleurs quelques poèmes en prose dont « La note » qui tourne autour du jeu de piano de Thelonious Monk (et qui rappelle un Zigzag, « Joyce sur les bords ») ou « La neige ». Certains sont franchement érotiques comme « L’anus », « Cent vues du mont de vénus » ou impies comme les « Prières blasphématoires », souvent reprochées par des lecteurs sectaires qui le lisent au premier degré. Dans le même esprit que ses Petits Riens, une série court pendant toute la durée du recueil, il s’agit de la retranscription par onomatopées de solos des grands batteurs que Nabe admire (Art Blakey, Tony Williams, Max Roach). Entre autres choses encore, il y a même un poème entièrement constitué de vers étant chacun une anagramme du nom Marc-Édouard Nabe : « Mon beau dard racé ou Marc débandera ».

Incipit

INVOCATION

J’invoquerai alors les Muses
Comme il se doit
Petites poupées de vapeur
Venez donc me hacher le steak abstrait
Ô filles de Zeus
À mes pieds
Dans une grosse explosion de poussière d’or rose
Faites choir un lourd sac d’inspirations
J’invoque
J’invoque comme un fou
J’astique
C’est le festin des atmosphères
L’ascenseur des grâces
Je veux toutes les muses
Pour ma première plaquette
Toutes en stars d’astres qui éclatent
J’implore
Le sac le sac d’idées
Faites-le moi tomber de haut
Ô Muses
Éternelles dindes allégoriques
Voici bonbons dragées guirlandes
Toute la saupoudrance éberluante
De muscs et sucs chics pour
Mes trucs et tics de Grec-Turc urf
Je suis le séraphin-gniard qui tremble comme un flan mauve
Je m’égosille à implorer
J’aimerais tant me rouler dans le Poëme avec vous neuf salopes
Dix-huit seins pour moi tout seul
Dix-huit seins splendides dans la vision
Qui pulsent sous les robes de gaze
Ô gueuses aux lauriers
Ô pin-up célestes
Il faut toujours que j’enfile un peu avant de lyrer
Muses Muses
Je deviens énorme
Oh que c’est beau la poésie
Laissez-moi vous éventrer par vos délicieuses muqueuses
Attention, ça va rimer
(— Et même se ponctuer !...)
Approchez, Muses louches
Soyez pas si farouches.
J’ai de quoi vous régaler
D’un répertoire un peu osé.
Belles Muses, je manque de pieds —
Ça boîte, je le reconnais...
Ma lyre déconne,
Je ne rime plus !
Adieu douces connes,
Approchez vos culs !
Ah ! Douceur d’enculer une muse
Ou deux ! — Je m’excuse...
Du peu ! Han ! J’ahanne,
Pervers rimeur en panne.
À l’usine, Muses et Mélusines !
Suceuses de pines...
Et vieux chagrin !
Quelle chute de reins !
Muse farcie, Muse léchée...
Filet de Muse, ou Muse tronchée —
Quel régal d’être inspiré !
Transmettre effort si transpiré.
Délicates pétales en bamboula :
Vagin de Muse où le miel abonde.
Fente imberbe de puretés profondes !
Je ne compterai jamais sur mes doigts.
Pour tomber juste, moi le hors-la-loi !...
On rigole !
Vous êtes folles ?
Voyez-pas, Ô mes Muses !
Allons donc, on s’amuse !...

Le dessin de Loin des fleurs est une œuvre à part entière de Fred (l’idole de jeunesse de Nabe). On remarquera, en clin d’œil à l’enfant Alain Zannini, l’utilisation du procédé frédien bien connu de faire traverser son dessin d’une case à l’autre. En effet, quand on met le livre à plat, on voit dans les nuages, stimulé par un ange à grosse caisse, un autre, tireur de canon, qui propulse sur un ange poète en plein lyrisme un pot de fleurs pour le faire taire. Ici, « l’histoire » se lit donc dans le sens d’une bande dessinée, de gauche à droite, sauf que, si on tient le volume fermé en main et qu’on ne regarde que l’image de la « Une », on ne peut pas comprendre l’action.

Table

Invocation, p. 9
Le temps de l’éternité, p. 12
Une bouffée, p. 13
Nous étions dans tes organes..., p. 14
L’orang-outang, p. 15
Charles, p. 17
Je suis un tourbillon, p. 18
Dixain abandonné avant la première rime, p. 19
Le bain turc, p. 20
Ode aux éperons, p. 22
Le mal des fleurs, p. 24
La note, p. 25
Clown sans larme, p. 26
Viktoria, p. 27
L’escargot, p. 28
Fruit défendu, p. 29
Le marché de la poésie, p. 30
L’anus, p. 31
La neige, p. 32
Mythologie, p. 33
Poe aime, p. 34
Ça rime, p. 35
Jeune homme antédiluvien, p. 36
Prières blasphématoires, p. 37
Art Blakey, p. 38
L’île des regrets, p. 39
La centauresse, p. 40
Max Roach, p. 41
L’invitation au naufrage, p. 42
Tony Williams, p. 46
Au jardin du Luxembourg, p. 47
Pégase, p. 48
Pantagruelle, p. 49
Un cerf bande, p. 50
J’ai perdu la foi, p. 52
Cent vues du mont de Vénus, p. 53
Toast à Mallarmé, p. 54
Sonnet syrien, p. 55
J’ai plein d’oiseaux, p. 56
La harpiste aux doigts jaunes, p. 57
Panthéon monosyllabique, p. 59
Papillon en lambeaux, p. 61
La vengeance de Jésus, p. 62
Bande sonore d’une aube kakie, p. 64
Mon beau dard racé ou Marc débandera, p. 65
Masochisme scatologique, p. 66
L’âme en écharpe, p. 67
Je suis fou de toi, p. 68

Accueil critique

La sortie du recueil a été discrète. Néanmoins, Jacques Chancel a mentionné favorablement l'ouvrage dans son émission Figure de proue, diffusée sur France Inter en janvier 1999, se disant « très touché » par certains poèmes et soulignant « le côté tendresse, le côté beau, le côté poésie » du recueil[1]. Le journaliste fait lire à l’antenne à Nabe le poème « Le Temps de l’Éternité ».

François Busnel, en recevant Marc-Édouard Nabe sur BFM, parle de « poèmes abracadabrants, répugnants, infantiles, de mauvais goût, scato, porno, atroces mais tellement drôles que tout le monde y trouvera de toute manière son compte »[2].

Pour Sébastien Lapaque, dans Le Figaro, les poèmes de Marc-Édouard Nabe « réunis dans Loin des fleurs mériteraient d'être enseignés aux enfants des écoles : « Un escargot hors-la-loi / Fuit dare-dare-dare la justice. / Il rampe à travers les bois / poursuivi par la police. »[3]

À plusieurs reprises, Nabe a fait circuler Loin des fleurs entre les mains des visiteurs et visiteuses de sa galerie rue Sauton. Se prêtant de bonne grâce à ce jeu, comme on le voit dans plusieurs Éclats, les lecteurs lisent les poèmes qu’ils préfèrent en toute liberté.

Édition

  • Marc-Édouard Nabe, Loin des fleurs, Le Dilettante, 1998, 78 p. ISBN : 2842630181
    • Rééd. 2009, 78 p. ISBN : 9782842630188

Lien externe

Notes et références

  1. Jacques Chancel, Figure de proue, France Inter, 31 janvier 1999
  2. François Busnel, BFM, 21 octobre 1998
  3. Sébastien Lapaque, « Un astre libre », Le Figaro, 7 janvier 1999.