Une lueur d’espoir

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Couverture de Une lueur d’espoir, 2001

Une lueur d'espoir est un pamphlet de Marc-Édouard Nabe publié aux éditions du Rocher en novembre 2001.

Résumé

Le livre est une analyse à chaud des attentats terroristes du 11 septembre 2001, survenus aux États-Unis. Nabe a suspendu les corrections de son roman Alain Zannini écrit à Patmos d’où il revenait, pour rédiger en quinze jours, puis publier et promouvoir ce pamphlet clairement anti-occidental. Il donne ainsi de la résonance à la voix de millions, sinon milliards, d’individus qui se sont réjouis de la punition essuyée par les États-Unis ce jour-là. Seul sur cette ligne évidemment (il sera rejoint, dans une certaine mesure, et dans un cadre beaucoup plus confortable, par Jean Baudrillard et Philippe Murray), Nabe, sinon justifie, en tout cas explique d’une façon convaincante les raisons des attentats perpétrés par al-Qaeda sur le sol américain, le jour même de la naissance de sa mère (11 septembre) qui sert d’ouverture au livre. La figure de Ben Laden, avec tout ce qu’on pouvait en savoir en octobre 2001, avant la riposte US en Afghanistan, mais aussi les réactions médiatiques aux attentats, ainsi qu’un décrochage sur l’état de la société française (de l’émergence de la télé-réalité avec Loft Story à l’islamophobie triomphale de Michel Houellebecq) entraînent le livre dans une drôlerie qui en a fait entre autres son succès.

À remarquer qu’avec un nombre d’informations assez réduit pour l’époque, à quelques détails près, Nabe ne se sera pas trompé. Malgré cela, la mouvance dite « dissidente » des conspirationnistes quelques années plus tard la reprochera ce livre comme une tache dans son œuvre, estimant que Nabe s’était fait avoir en croyant que Ben Laden était le commanditaire et le responsable du 11-Septembre. Son insistance à revendiquer ce livre, tant que le plan littéraire que politique, a été jugée — à tort — comme une marque d’orgueil de la part de quelqu’un qui ne voudrait pas se dédire alors que les événements survenus depuis n’ont fait que corroborer la justesse de ce pamphlet.

Incipit

1

Aujourd’hui, ma mère est née. Comme tous les 11 septembre, je l’appelle pour lui souhaiter un joyeux anniversaire...
— Allume la télé ! dit-elle.
Patrick Poivre d’Arvor souffle les bougies d’un drôle de gâteau. Une des deux tours du World Trade Center de New York s’effondre dans un panache de fumée noire. Il est quatre heures de l’après-midi à Paris, et la télévision elle-même n’en revient pas de montrer ce qu’elle voit : un avion de ligne américain vient de foncer tête la première sur l’une des Twin Towers. Un autre surgit dans le ciel très bleu et s’encastre à son tour dans la deuxième. Un moment plus tard, un troisième avion s’écrase volontairement sur le Pentagone de Washington, et un quatrième en forêt de Pennsylvanie. Quatre attentats-suicidées en une demi-heure, ce mardi ensoleillé de septembre, en plein été indien... Bon anniversaire, maman !
Je savais bien que cette date du 11 septembre était catastrophique ! Depuis que j’ai été conçu (à New York), je me doutais bien que ma mère, cette Vierge, provoquerait à sa naissance une nouvelle apocalypse... Espèce d’immaculée ! Je me plaignais qu’ici, en OCcident, il ne se passe plus rien. J’allais même renoncer. À quoi ? À tout. Quel intérêt de vivoter dans une époque qui n’en finit pas de crever ?... Le 10, je me disais : à quoi bon espérer encore que le monde demande grâce ?
Je ne serai désormais plus seul à me soutenir du 11 septembre. Ça me soulage presque ! J’ai trop trafiqué dans les symboles ces derniers temps. J’en ai plein les mains, de mes chers chiffres sacrés... 11.09.2001... La date est si magnifique qu’on aurait dû prévoir ce que ce jour réserverait au monde... Huit chiffres : trois un (dont deux encadrant le groupe), trois zéro, et un neuf au centre ! On retrouve le 11 en additionnant le jour et le mois (un + un + neuf). Et le onze septembre, il restait cent onze jours avan la fin de l’année ! 11 : deux 1 érigés comme des tours jumelles !!
— Personne ne sait vraiment ce qui s’est passé. Elle est tombée la grande Babylone, et elle est devenue la demeure des démons, la retraite de tout esprit immonde, et le repaire de tout oiseau impur et haïssable. Il est impossible pour le moment de dire combien il y a de victimes. Parce qu’elle a fait boire à tous les nations le vin de la fureur de sa prostitution, et les rois de la terre se sont corrompus avec elle, et les marchands de la terre se sont enrichis par l’excès de son luxe. On n’avait pas eu la première explosion en direct, mais on a la deuxième. La tour orpheline vacille sur ses bases, vous la voyez sur ces images que nous diffusion au ralenti comme toutes les télévisions du monde. Car ses péchés sont montés jusqu’au Ciel et Dieu s’est ressouvenu de ses iniquités. Traitez-là comme elle vous a traités, rendez-Oui au double toutes ses œuvres. La seule chose que nous pouvons affirmer, c’est qu’il s’agit d’un acte terroriste. Ces avions qui ont percuté de plein fouet les deux tours ne sont pas arrivés là par hasard. Dans le même calice où elle vont a donné à boire, faites la boire deux fois autant ; multipliez ses tourments et ses douleurs, à proportion de ce qu’elle est plongée dans les délices. Tony Blair se dit effondré par ce qu’il vient d’apprendre. C’est pourquoi ses plaies, la mort, le deuil et la famine viendront fondre sur elle en un seul jour et elle sera brûlée par le feu parce que Dieu qui la condamnera est puissant. Jacques Chirac condamne le terrorisme. Alors les rois de la terre qui se sont corrompus avec elle, et qui ont vécu dans les délices, pleureront sur elle et frapperont leur poitrine en voyant la fumée de son embrasement. Lionel Jospin exprime sa tristesse horrifiée.
Sur l’autre chaîne, c’est Daniel Bilalian, mais toujours l’Apocalypse :
— Et maintenant, ce que nous voyons relève de la science-fiction !... La deuxième tour s’écroule sur elle-même, faisant craindre un très très lourd bilan... Hélas ! Hélas ! Babylone grande ville, ville si puissante, ta condamnation est venue en un moment. Les marchands de la terre pleureront et gémiront sur elle, parce que personne n’achètera plus leurs marchandises. Le cœur de New York sous la fumée, sous la poussière ! C’est inimaginable et impensable... Il faut dire aux Français qui nous regardent que nus ne sommes malheureusement pas dans le cadre d’un film ou d’une image virtuelle... Ciel, témoignez-en votre joie, et vous aussi saints apôtres et prophètes, parce que Dieu vous a vengés d’elle. Cette image est à peine croyable et c’est pourtant la vérité. C’est apocalyptique, ce qui se passe. Il n’y a pas d’autres mots...
Si, il y a d’autres mots. Les médias qui parlent d’“apocalypse” ne savent pas à quel point le cliché biblique est réel. Chaque avion atteignant sa cible ouvre un sceau et brise une coupe colère. Pour ceux qui voient les choses d’une façon johannique, ce 11 septembre est avant tout la destruction de Babylone.
New York ! J’y suis presque né, et les six mois passés là-bas dans le ventre de ma mère m’ont laissé ds souvenirs parfaits. Cette ville (Babylone, Rome, New York) est pour saint Jean la mère des abominations de la terre. L’évangéliste de l’Amour n’est pas un terroriste. Pourtant, il connaît le prix du crime, et celui du châtiment. En ces temps où plus personne ne parvient à penser la réalité, saint Jean aurait vu ce qu’il fallait voir. D’abord beaucoup de beauté... Et de l’atroce. Plus ce qui arrive est horrible, plus c’est beau. C’est ça qui est atroce, d’ailleurs.

[...]

Accueil critique

Une lueur d'espoir est le premier succès de librairie de Marc-Édouard Nabe, avec plus de 20 000 exemplaires vendus. Le 17 novembre, il est invité par Thierry Ardisson, dans son émission Tout le monde en parle sur France 2. Pierre Moscovici, également invité, s'en prend à l'écrivain, en jugeant ses références littéraires « un tantinet nauséabondes ».

Dans Elle, Yann Moix fait une critique enthousiaste en reprenant les titres des 22 livres de l'écrivain parus jusqu'alors[1].

À contrario, Patrick Besson, dans Le Figaro Magazine, dit de Marc-Édouard Nabe qu'il « menace dans le vide, vitupère en biais, accuse dans le vague, suspecte n'importe qui et dénonce tout le monde » [2].

Dans Paris Match, sous la plume de Gilles Martin-Chauffier, le livre est apprécié pour ses qualités littéraires, sans toutefois convaincre sur le fond[3].

Quatre mois après la publication, Marianne se fend d'un article sur le livre, en ne rappelant que le passage dans l'émission Apostrophes (1985) et la réputation de l'écrivain[4].

Échos

  • Dans l’édition du Figaro littéraire du 1er novembre 2001, Sébastien Lapaque annonce la sortie d’Une lueur d’espoir : « lecture que l’on attend pas moins incendiaire et offensante que celle que Léon Bloy fit de l’incendie du Bazar de la Charité en mai 1897. »[5].
  • Le 10 mars 2002, dans le quotidien québécois Le Soleil, Didier Fessou mentionne Une lueur d’espoir : « Un pamphlet qui taille de formidables croupières à la rectitude politique. Ce n'est pas un livre, c'est une éjaculation. Grandiose et jouissive ! Qui revendique le droit de dire n'importe quoi et son contraire. Choquant, outrancier, caricatural, magnifiquement écrit et, souvent, scandaleusement juste : “Le monde se divise en deux. Ceux qui sont Américains et ceux qui sont tous Américains.“ Ça s'appelle Une lueur d'espoir, c'est publié par une maison sérieuse, les Éditions du Rocher, et c'est un paroissien du nom de Marc-Édouard Nabe qui signe. Ce type, c'est une sorte de derviche hurleur ! »[6]
  • En août 2003, à l'occasion de la parution de trois livres sur le 11-Septembre, Guillaume Cherel, dans Le Point, évoque Une lueur d'espoir, « qui se voulait prophétique et provocateur »[7].
  • En septembre 2012, dans Marianne, Aude Lancelin compare Éloge littéraire d'Anders Breivik de Richard Millet à Une lueur d'espoir[8].

Édition

Les droits d’Une lueur d’espoir ont été entièrement récupérés en 2008 par Marc-Édouard Nabe, qui peut anti-rééditer l’ouvrage. En attendant, le livre est disponible sur la plateforme de vente de l’auteur, faisant partie du stock de huit tonnes de retour récupéré par voie judiciaire par l’auteur en 2008.

  • Marc-Édouard Nabe, Une lueur d'espoir, éditions du Rocher, 2001, 152 p. ISBN : 226804212X .

Lien externe

Notes et références

  1. Yann Moix, « De vous à Moix », Elle, novembre 2001.
  2. Patrick Besson, « Nabe, l'indic tout court », Le Figaro Littéraire, 8 décembre 2001.
  3. Gilles Martin-Chauffier, « Nabe écrit bien mais n'importe quoi... », Paris-Match, 22 novembre 2001.
  4. C.-D. M., « Moi, je, tout...pourvu que ça choque », Marianne, 25 mars 2002.
  5. Sébastien Lapaque, « Çà et là », Le Figaro littéraire », 1er novembre 2011, p. 2.
  6. Didier Fessou, « Pour en finir avec le 11 septembre », Le Soleil, 10 mars 2002.
  7. Guillaume Chérel, « Frédéric Beigbeder, Luc Lang, Didier Goupil : Les scribes de l'Apocalypse », Le Point, 29 août 2003, P. 78.
  8. « Marc-Edouard Nabe avait tenté - et raté - le même type d'opération en 2001, évoquant louangeusement dans Une lueur d'espoir la figure de Ben Laden. Aujourd'hui, c'est Richard Millet qui, sur fond d'islamophobie banalisée, tente de gagner ses ultimes galons d'ennemi public numéro un grâce au white trash décompensé Breivik. » : Aude Lancelin, « Richard Millet, tragédien et martyr », Marianne, n°803, 2 septembre 2012, p. 72.