Contes et règlements de comptes du Vetâla

Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Contes et règlements de comptes du Vetâla est une étude signée APBMS et initialement publiée le 19 juillet 2026 sur Twitter par le compte @apbmsud. Elle répond aux lettres ouvertes de Matthieu Gouet pour défendre Marc-Édouard Nabe.

2010 : « Il n’a aucun ami, c’est un moine trappiste ! »
2011 : « Moi à l’université, je n’avais pas de copine, je me concentrais sur mes études. »
2012 : « C’est qu’un connard qui ne fait que recopier ce que d’autres ont fait avant lui... »
2013 : « Si tu vas à Polytechnique, tu pourras même avoir une copine ! »
22 novembre 2021 : « This priest asshole who quotes this idiot of Nabe as a great writer. »
4 mars 2022 : « I had a crazy dream! One contributor of Nabe’s News got his article removed and his identity revealed (real life), and I dreamed how it happened. It felt like Dante’s Inferno. »
25 mars 2023 : « Not all courtesy is to be saved for the Nabes of the world you know. »
2024 : — Ton Marc Nabe (sic), il est pas antisémite ?
— Non !
— Il est pas complotiste ?
— Non !
— Et Paul Morand ? Tu vas aussi dire que sa biographie est fausse ?
— Non !
— Je ne veux plus entendre leurs noms !


Matthieu Gouet coule à pic, et il ne mérite plus qu’on lui envoie une bouée de sauvetage. C’est ce que j’avais gentiment essayé de faire il y a plus d’un mois en partageant la nouvelle Feuille Nabienne sous sa première lettre ouverte. Malheureusement, Matthieu Gouet s’est enferré et s’est révélé incapable de procéder à son auto-critique (Marc-Édouard Nabe lui montrait pourtant la voie). Si les frères Vesper sont des vampires (métaphore de La Feuille Nabienne n°75), Matthieu Gouet n’est qu’un vulgaire vêtala, un démon possesseur de corps (en l’occurrence celui des frères Powys) dans la mythologie indienne (cf. L’Océan des rivières de contes de Somadeva et Les Contes du Vampire du même auteur, traduit par Louis Renou, un grand pionnier de l’indianisme dans la lignée de Sylvain Lévi). Son choix de traduction du frère le moins nabien (Llewellyn) — au sens où Nabe en a le moins parlé — révèle bien une volonté d’être aussi loin de Nabe que possible (du moins à première vue) afin de proclamer son indépendance et de souligner son originalité. On va voir qu’il n’en est rien, mais commençons par analyser ses deux lettres ouvertes paragraphe par paragraphe. Ou plutôt non, développons plutôt la métaphore vampirique.

Qu’est-ce qu’un traducteur ? Souvent, un traducteur ne vaut pas moins qu’un scribe académique qui par le biais de sa thèse (illisible jargonnage stérile) ne cherche qu’à s’attribuer par la critique l’œuvre en question. À force de recopier ce que d’autres ont fait avant lui, il finit par se considérer comme l’égal et même le supérieur des écrivains sur lesquels il travaille. Dans le cas de Gouet, cette prétention se double sûrement d’une comparaison à Marcel Proust ; il a dû se dire que Powys serait son Ruskin avant son grand œuvre. Eh bien, c’est raté ! C’est d’ailleurs ce contre quoi Stephen James Joyce s’élevait quand il critiquait la PhD industry (expression de Valerie, la veuve de T. S. Eliot qui avait aussi vaillamment défendu l’héritage littéraire de son mari) et la volonté des universitaires de mettre les grands auteurs sous leur copyright. Une fois n’est pas coutume, je donnerai les traductions des citations (extraites d’un article du New Yorker cité plus bas).

“I am a Joyce, not a Joycean, and there is more than a nuance to that fact.” (« Je suis un Joyce et non un joycien, et il y a plus d’une nuance à ce fait. »)

On pourrait dire que le problème du nabien, c’est de finir par se prendre pour un Nabe !

“If my grandfather was here, he would have died laughing,” he likes to say. At a 1986 gathering of Joyceans in Copenhagen, he explained that “Dubliners” and “A Portrait of the Artist as a Young Man” can be “picked up, read, and enjoyed by virtually anybody without scholarly guides, theories, and intricate explanations, as can ‘Ulysses,’ if you forget about all the hue and cry.” (« Si mon grand-père était là, il serait mort de rire », aime-t-il à dire. À un congrès de joyciens à Copenhague en 1986, il expliquait que Dublinois et Dedalus peuvent « être choisis librement, lus, et appréciés par presque n’importe qui sans guides universitaires, sans théories, sans explications fumeuses, comme peut l’être Ulysse, pour peu qu’on oublie tout le tralala. »)

Ou comme dirait Céline à propos de Villon : « C’est des choses à lire et puis c’est tout ! »

Academics, he said at one point, are “people who want to brand this great work with their mark. I don’t accept that.” (« Les universitaires », nous dit-il à un moment, sont « des gens qui veulent promouvoir une grande œuvre d’art sous leur propre nom. Je refuse cet état de fait. »)

Le traducteur est parfois d’une certaine manière encore pire car il croit trop souvent se substituer à l’auteur et même le remplacer avantageusement (on pense aux entretiens de Nabe's News sur Dostoïevski et Markowicz, textes fondamentaux pour tout amateur de traductions).

Acknowledging his pugnacity, he said, “It is better to be pissed off than pissed on.” [...] Academics, he declared, were like “rats and lice—they should be exterminated!” (Reconnaissant sa pugnacité, il ajouta : « Il vaut mieux être emmerdant qu’emmerdé. » [...] Les universitaires, d’après lui, sont comme « des rats et des poux — ils doivent être exterminés ! »)

Les traducteurs appartiennent à la même charrette ! Et tant qu’à faire, tous les « vulgarisateurs » des sciences sont aussi bons pour le bûcher !

In 2003, Eloise Knowlton, a Joycean and a novelist, asked permission to publish a fictional version of “Sweets of Sin,” the risqué novel that Bloom picks up for his wife, Molly. (“Ulysses” offers only a glimpse of its contents.) Stephen wrote back, “Neither I nor the others who manage this Estate will touch your hare-brained scheme with a barge pole in any manner, shape or form.” [...] “You should consider a new career as a garbage collector in New York City, because you’ll never quote a Joyce text again,” Stephen told Groden. [...] He didn’t want to discuss Shloss’s book. The first time we spoke, he had called it “the biggest pile of horse and cow manure. You’d want to mix it up and put it in a great big bucket.” This time, he said simply, “It’s so full of nonsense it’s not even funny. There is, of course, the freedom of scholars.” (En 2003, Eloise Knowlton, une joycienne et romancière, demanda la permission de publier une version fictionnelle de Les Douceurs du péché, le roman léger que Bloom avait choisi pour sa femme Molly. (Ulysse ne nous donne qu’un aperçu de son contenu.) Stephen lui répondit ainsi : « Ni moi ni personne qui s’occupe du Fond ne serait susceptible de toucher à votre projet stupide de quelque manière que ce fût. » [...] « Vous devriez songer à une carrière d’éboueur à New York, car vous ne citerez jamais plus un texte de Joyce », dit-il à Groden. [...] Il ne voulait pas parler du livre de Shloss. La première fois que nous en avons discuté, il l’appela « le plus gros tas de crottin de cheval et de bouse de vache qu’on puisse imaginer. Il faudrait le mélanger dans un immense seau d’eau pour en tirer quelque chose. » Cette fois-ci, il dit simplement : « C’est si rempli d’absurdités que ça ne me fait même pas rire. Mais il s’agit, bien sûr, de la liberté des universitaires. »)

Mais commençons enfin l’analyse de la première lettre ouverte.

Tu ne te plains pas ; tu attaques. Voilà ce que tu réponds à l’un des commentaires sous la vidéo où tu nous traites de « connards », moi et deux autres de tes lecteurs, pour n’avoir pas fait la promotion de tes deux derniers textes. Je me défendrai donc, et selon l’exemple que tu nous as toujours montré : sans gants. Remarque, ce n’est pas vraiment moi qui suis offensé : c’est plutôt la justesse, la justice, la vérité, ces principes que tu prétends sans cesse prendre pour guides mais que tu ne crains pas, parfois, de fouler pour des motifs qu’il sera bon de préciser.

Dire cela après tout ce que Nabe a fait pour la vérité (qu’on pense seulement au travail monumental accompli dans Les Porcs), c’est inconcevable pour un soi-disant « nabien ». Après une telle ouverture qui devrait faire se hausser plus d’un sourcil, on s’attend à lire une démonstration implacable sur les manquements de Nabe à « la justesse, la justice, la vérité », mais malheureusement pour Gouet, ses 46 pages de texte (17 et 29 pages respectivement en imprimant les pages web en fichier PDF) sont vides de substance et ne sont que l’écho pénible d’un ego blessé. Gouet, expert en pinaillage, ne vaut pas mieux que Marc Laudelout, étrillé justement dans Le Nulletin Célinien (Nabe's News n°31) et d’autres textes fondamentaux sur lesquels Matthieu Gouet n’a probablement rien à dire : « Finalement, sur Céline comme sur tout le reste, celui que j’avais surnommé “Lourdomou”, n’est qu’un ramasse-miettes. Il passe à côté du pain énorme et croustillant qu’est un grand livre pour s’attacher uniquement à ce qui en tombe quand on ne sait pas le rompre. » N’attendez pas de moi de tomber dans le blasphème en écrivant un pastiche de Matthieu 7:3-5 qui remplacerait la poutre par le pain de campagne et la paille par les miettes, mais le souvenir de ces versets aurait dû arrêter la main de Matthieu Gouet.

Tu as suffisamment distribué les iniquités pour que chacun réponde à sa manière. Je parlerai surtout de mon cas parce que je le connais le mieux. Je ne sais pas si tu réalises vraiment que les cas diffèrent ? Quand je dis « les cas », j’entends « les fans », bien sûr, puisque c’est ça le sujet pour toi. Et quel sujet ! Il est vrai que c’est novateur, qu’aucun des écrivains qu’on aime ne s’est attaqué franchement à cette argile-là, probablement parce que ni la nature de leurs œuvres, ni les circonstances de leur diffusion n’ont donné beaucoup d’occasions de le faire. Tu es le mieux placé pour cela, et c’est donc d’autant plus dommage de te voir mal manipuler cette matière...

Nabe, distributeur d’iniquités ? Cela rappelle la formule de D. T. Max dans l’article cité précédemment dont le titre n’est autre que The Injustice Collector (Le collectionneur d’injustices ; expression due à Leon Edel, biographe de Henry James) ! Eh oui, Nabe ne distribue pas les injustices, il les récolte avant d’en faire les semailles de ses textes (voilà une phrase que Grothendieck ne renierait probablement pas !). Cette formule théâtrale mériterait d’être développée, mais il s’agit de rien de moins qu’une affirmation gratuite de Gouet. Que dire devant tant de mauvaise foi ? Il s’agit bien évidemment d’une argile que Nabe sculpte comme personne, il suffit de lire son Journal intime dont on trouvera de nombreux extraits à ce sujet dans Le Dépossédé de David Vesper, une référence incontournable pour toute l’analyse de ces lettres ouvertes et de manière générale, sur les fans.

Au lieu de me lancer dans une longue réfutation, il me suffit de citer quelques pages de Nabe à ce sujet, et il me semble que la citation intégrale du passage idoine dans Le Vingt-septième Livre s’impose (on donnera quelques passages de Les Porcs 1 et Les Porcs 2 plus loin). Signalons aussi l’étude réalisée par Antoine Rosselet (Le nabien anti-Nabe) qu’on relira avec fruit sur Wikinabia (entreprise colossale réalisée par le Dr Marty auprès de laquelle les prétentions de Matthieu Gouet sur ses apports à Nabe semblent ridicules). Citons donc le texte de Marc-Édouard Nabe qui devrait fêter ses 20 ans pour la sortie de Les Porcs 3. Je me permets de souligner en gras les parties qui s’appliquent le plus à Matthieu Gouet :

« Je te rassure. J’ai les miens aussi, de fans, et ils sont aussi infects. Du bras-cassé à l’envieux sournois, j’en ai vu défiler de toutes sortes ! Ils parlent, ils bavent, ils crânent, mais quand leur idole est vraiment dans la difficulté, ils disparaissent, plus fuyants que des couleuvres... Et toujours ils m’ont déçu par leur médiocrité intrinsèque. Aucun fan, aussi pointu soit-il, ne t’apporte quoi que ce soit ; il vit par procuration à travers l’idée qu’il se fait de toi, et comme il en crève, il t’en veut à mort !
Le plus grand de mes fans oublie la joie que je lui ai procurée et, à la moindre déception, me toise. Si j’ai le malheur de regarder par-dessus l’épaule d’un lecteur en train de me lire avec ravissement, il m’envoie des pierres comme à un clochard importunant. Mes lecteurs m’excluent de mes livres. Je les gêne ! Mon corps n’a pas à être contemporain de la publication de mes textes. Je dérange ces messieurs pendant qu’ils me lisent. Je n’aurais même pas dû être vivant au moment où ils m’ont découvert. J’aurais dû être posthume, comme tout le monde !
Qu’est-ce qu’on en a à foutre que quelqu’un nous admire ? Ce qu’on veut, c’est qu’il nous aide ! Quel fan en est capable ? Les fans sont toujours à côté de la plaque. C’est normal, puisque la plaque, c’est moi ! Quand je suis revenu à sec de Patmos, et qu’un appel a été lancé sur Internet pour que mes lecteurs si « admiratifs-inconditionnels-passionnés » me donnent chacun un petit chèque pour survivre et continuer à écrire, je n’ai reçu qu’une seule réponse ! Oui ! Un seul a mis la main à son portefeuille et m’a sorti un chèque de 350 francs. Ça vaut bien que je le cite : Rémi Soulié.
On dirait que le boulot de mes fans, c’est de trouver une bonne raison pour ne plus l’être ! Tous les prétextes sont bons pour me renier. Les uns me croient devenu militant politique ; les autres déplorent que je n’écrive plus sur le jazz ; d’autres encore ne me voient pas assez à la télé ; et d’autres trop ! Il y a toujours quelque chose qui ne va pas, et il faudrait passer son temps à chouchouter ses fans, à ménager leur susceptibilité, à entretenir leur flamme !
Pas étonnant que j’aie arrêté et brûlé mon Journal Intime ! Quand on voit pour qui on écrit, on a encore plus envie de se taire. J’ai été trop gentil, j’ai été trop sympathique ! J’ai surtout commis la grande erreur de laisser mes fans devenir des amis ; et même des écrivains ! Braves petits ! Ils sont nombreux à s’être servis à pleines mains, en 1985 ! Soudain, un jeune homme redonnait de l’espoir à tous ceux qui avaient renoncé à écrire quelque chose vraiment... J’ai régalé tout le monde avec mon Régal. Je ne compte plus ceux qui sortent de mon premier livre comme d’une corne d’abondance. Quand je lis mes imitateurs, j’ai l’impression d’être face à des barmen (en veste blanche) qui secouent chacun à leur rythme des shakers dans lesquels ils ont glissé quelques ingrédients tirés de mes livres. Bien mixés, ça peut faire des cocktails appétissants. Trop ivres pour être lucides, leurs lecteurs perchés sur des tabourets dégustent sans le savoir d’étranges mixtures. »
Le Vingt-septième Livre

Strange mix.

Tiens, tiens, tiens. « L’envieux sournois », cela ne vous rappelle personne ? Nabe le disait bien dans un TikTok (nouvelle forme de littérature audacieuse qui laisse également de glace Matthieu Gouet) sur la mauvaise jalousie : il est indigne d’envier le destin d’un grand artiste. Le problème, c’est que Matthieu Gouet est devenu complètement mégalomaniaque depuis la sortie de son roman, et il n’a aucun problème à se comparer à Nabe pour le prendre de haut. Pour celui qui se moque d’Alexis Lucchesi, c’est un comble ! « On dirait que le boulet de mes fans, c’est de trouver une bonne raison pour ne plus l’être ! » En effet, devant ces lettres ouvertes si pleines de fiel, on voit bien que Matthieu Gouet attendait le casus belli pour s’en donner à cœur joie.

Le problème des fans, c’est qu’ils ne tirent aucune leçon de ce que Nabe a écrit sur eux en général, ils se croient toujours l’exception à la règle (et ici, Matthieu Gouet ne fait pas non plus exception à cette règle de se croire toujours l’exception !).

« À cette époque, j’avais un nouveau fan qui cherchait toujours de nouveaux prétextes pour me voir... Il y en a, comme ça, qui ne doutent de rien, si je puis dire... Surtout quand ils sont arabes et qu’ils s’appellent Samy (souvent les Arabes s’appellent Samy). En plus, je l’aimais bien, Samy, jeune entrepreneur dans le pétrole saharien, très sympathique, petit avec de grosses lunettes, et toujours flanqué d’un Français intello torturé : Gaëtan, étudiant en droit... »
Les Porcs 2, Chapitre LXII, « Loose Change »

Eh bien moi, je doute de tout ! Par exemple, je ne serais jamais venu à l’enterrement de Marcel Zannini, et pas seulement pour des raisons bourgeoises de ce qui se fait et ne se fait pas, mais pour un simple problème de distance ; pour moi, ce genre d’« événement » était réservé à la famille et aux fans du premier cercle. Un autre extrait a dicté l’ensemble de ma conduite, dont les lecteurs de Les Porcs se souviendront sans problème.

Quand j’ai la chance de rencontrer Nabe, j’essaie toujours de lui apporter de nouvelles choses, et je ne m’attends pas à ce que les documents que je lui envoie occasionnellement reçoivent une réponse immédiate. Je ne le fais pas pour m’en vanter (Matthieu 6:1-2) et je n’en donnerai pas la liste — c’est comme la correspondance qui appartient à celui qui la reçoit. Cette attitude est facile à expliquer, et je ne me comporte pas différemment avec mon (ancien) directeur de thèse. Quand celui-ci m’a dit un jour qu’à présent, c’était moi qui allais lui apprendre de nouvelles choses, j’ai rapidement compris qu’il n’y avait pas d’orgueil à en tirer mais que c’était un privilège. Il me trouvera toujours présent s’il a besoin de mon aide, et si je ne peux pas décemment dire comme David Vesper que Nabe est un père pour moi, on comprendra aisément que mon directeur de thèse, je n’aurais aucun mal à l’appeler Doktorvater en allemand, alors que Nabe, ce serait plutôt un Mentor (le mot allemand qui a malheureusement remplacé chez les jeunes générations l’expression si joliment patriarcale). Mentor ou maître, comme Céline est un maître en littérature, et le mot japonais de sensei (先生) vaut mieux encore (celui qui a un vécu, et j’ajouterai qu’il s’agit forcément de quelqu’un qui a bien vécu, i.e. qui a fait un sage usage de son temps). J’espère être en mesure de payer ma dette (au moins partiellement), et si ce que je fais ne suffit pas, ce sera bien de ma faute ! Mais continuons notre analyse, autrement dit, notre chemin de croix.

Beaucoup t’ont déçu, désavoué, pillé. L’impulsion mimétique est intense chez les jeunes, et pas toujours jeunes, lecteurs de Nabe. Certains se sont tant servis chez toi que tu les gênes et qu’ils te rejettent ; d’autres te haïssent de les avoir envahis à ce point par ta prose, ou de ne pas avoir incarné l’image qu’ils se faisaient de toi lors d’une rencontre ; des renégats, tu en as vus à toutes les échelles, sur les plateaux télés comme chez les petits éditeurs, sur des blogs comme sur les réseaux. Que certains types aient mérité les blâmes infligés sur tes différents supports ne fait aucun doute. Ce qui ne veut pas dire, hélas, que tes tacles sont toujours justifiés... Je serais surpris si la plupart de tes lecteurs n’ont pas pensé au moins une fois que tes accusations de copiage étaient déraisonnables. Et pas seulement contre les fans. Par exemple, quand tu reprochais dernièrement à Virginie Despentes d’avoir copié ton Patience 2 dans son fameux texte sur les frères Kouachi qu’elle a pourtant écrit... en janvier 2015, sept mois avant la sortie du tien ! On se demande si c’est de la parano ou de l’ironie de ta part. Puisque tu n’aimes pas cette dernière, il n’y a que la première qui puisse servir d’explication – et peut-être l’accepterais-tu fièrement, en citant comme béquille la « folie » de Céline ou de Pound...

La méthode Gouet, c’est de nier toutes les critiques en les anticipant. Cette grosse ficelle n’a évidemment pas manqué d’être remarquée par Marc-Édouard Nabe qui a répondu précisément à ce paragraphe. N’y revenons donc pas, et attardons-nous plutôt sur l’expression de renégat. Comme il est apparu dans nos échanges sur X, Matthieu Gouet n’a jamais vraiment aimé Nabe, il avait toujours ses petites réserves, son petit avis, et finalement, était plus un demi-espion dans la galerie qu’un fan (on l’établira facilement plus tard). Ces lettres sont bien le propre du renégat car comme le souligne Nabe dans La Feuille Nabienne n°75, en mettant le doute sur ses productions littéraires les plus récentes, il rejoint la « bande des ambitieux de... » De quoi ? Mais des arrivistes du « nabisme 2.0 », bien sûr ! La référence finale à Céline (par lequel Nabe est attaqué sans cesse) montre bien que Gouet ne dépossède Nabe que pour utiliser ses références contre lui. Et vous n’avez qu’à lire le second mémoire de David Vesper si vous voulez comprendre cette soi-disant paranoïa (note à l’intention des fainéants : il s’agit des pages finales).

Que tu assumes ou non d’aller trop loin et d’être injuste, il n’empêche que ceux qui en font les frais ont le droit de résister. En ce qui me concerne, ce n’est pas la première fois que tu m’attaques, puisqu’il y avait déjà eu ce tweet en novembre dernier où tu me traitais de « vilain petit copieur ». La raison ? Un court teaser réalisé avec l’IA pour mon livre... Je n’avais pas réagi à ce moment-là, parce que le tweet fut vite noyé (un seul repost : ce pauvre Anthoine Carton) et aussi parce que je me doutais bien que tu recommencerais un jour. Parlons-en un instant, de ce teaser. On y voit, sur un navire allant faire naufrage en pleine tempête, un homme se lamenter de n’avoir pas pu lire Mirage de la rade (le roman que je venais de sortir). Les mots « Lerici, 1822 » laissent comprendre aux rares connaisseurs (ou à ceux qui m’ont déjà lu) qu’il s’agit de P. B. Shelley, évoqué dans mon roman. Je l’ai ressuscité par IA – n’ayant pas, tu m’en excuseras, de bande vidéo de Shelley en mouvement – pour le faire parler, un peu bêtement d’ailleurs, de mon livre. Tout de suite tu bondis. Tu as commencé deux mois plus tôt à faire des teasers par IA pour Nabe’s News et La Feuille Nabienne. C’est sûr : Gouet t’imite ! Peu importe que tu aies toi-même passé quelque temps à t’enthousiasmer sur les vidéos par IA que des créateurs mettaient en ligne, au point de songer à te servir de cette forme à ton tour. Dès lors, le procédé t’appartenait... Peu importe aussi que j’aie réfléchi à mes teasers bien avant que mon livre ne sorte, durant l’été où des circonstances personnelles particulières suivies de problèmes avec mon imprimeur ont décalé mon calendrier ; et que l’idée d’essayer l’IA me soit venue naturally une fois que j’avais épuisé toute la matière vidéo (films de villes et paysages décrits dans le roman) dont je m’étais servi dans mes premières bandes-annonces. La temporalité des autres, tu t’en fous.

Ce paragraphe a été également traité de fond en comble dans La Feuille Nabienne, inutile d’y revenir.

Quelles erreurs psychologiques tu peux faire parfois ! Comme si un lecteur sérieux comme moi, qui te lis depuis mes dix-huit ans (j’en ai trente-deux), pouvait prendre le risque de te copier, alors que je sais très bien que tu allumes systématiquement ceux qui le font... J’aurais été un copieur si j’avais fait quelque chose d’impossible ou de très improbable sans ton exemple. Mais c’est bête de croire que quelqu’un de mon âge, à l’aise avec les technologies (et qui s’en sert quotidiennement pour son travail) ne pourrait avoir l’idée d’essayer l’IA pour réaliser ses trailers si Nabe n’avait pas commencé à le faire. En plus, j’ai tenté d’autres choses que toi ; par exemple, un teaser fait par IA que j’ai mis sur X montrait mon personnage Longinus, généré selon mes descriptions et prononçant une de ses répliques en anglais, illustrant ainsi un passage du roman... Navré, mais cette idée n’est pas du Nabe ! Et mes autres bandes-annonces, dont la principale où je lis en voix off des phrases de mon roman qui se mêlent à la musique et aux images de bord de mer anglais, ne ressemblent à aucun de tes trailers passés. Bizarre, non ?

Nabe, faire des erreurs psychologiques ? On aimerait en voir une liste... Quel meilleur juge de caractère et meilleur médium, toujours capable de révéler la noirceur de ceux qu’il croise, même brièvement ? Il est assez honteux pour un traducteur d’avoir recours à l’IA. Les dictionnaires ne vous suffisent-ils pas ? Tout cela est bel et bon mais Matthieu Gouet n’en est pas à son coup d’essai dans la catégorie du plagiat éhonté de Nabe. En voilà quelques exemples. Le style du texte Nietzsche conspi ? (passons sur le néologisme nabien du titre) publié dans Nabe's News n°28 est complètement calqué sur celui de Nabe : « Et mon cul, c’est du bacon ? », « baconiaiseries », etc. ; dans l’article pour Adieu où l’on ne sent aucune sincérité sur l’Islam, on lira également « “tontons flingueurs de la littérature” (sic ou plutôt sick) » et un malheureux « Copains comme cochons confits ! ». Un auteur qui s’oppose au complotisme anti-Shakespeare ne peut décemment attaquer Nabe. Qui pour défendre Shakespeare alors que le de Verisme devient presque universel et que même The Guardian partage des thèses similaires sur Marlowe ? Un dernier extrait pour parfaire l’argument :

Pierre Jourde est le thermomètre de la platitude ; le lire c’est prendre la température de ce que pensent tous les faux-gentils cultivés (enfin quand je dis « lire » je veux dire jeter un œil à ce qu’il raconte, car qui lit Pierre Jourde l’écrivain, à part ceux qui commentent sur son blog, c’est-à-dire personne ?).

Pour Matthieu Gouet, Marc-Édouard Nabe ne vaut pas mieux que Pierre Jourde :

Outre que je ne fume ni ne bois, Marc-Édouard, j’aurais eu du mal à « jouir à ton texte » sur Pierre Koné entre sa publication du lundi matin et ta vidéo du mercredi, puisque je n’y avais jeté qu’un bref coup d’œil [...]

Quelle erreur ! Utiliser deux fois la même métaphore pour un type insignifiant comme Jourde (jamais entendu parler) et pour Nabe, cela en dit assez long sur la psychologie de l’auteur...

Tu as sans doute cru avec ce tweet que tu allais me refroidir, ainsi que de potentiels acheteurs de mon livre. Et peut-être que deux ou trois nabiens, qui « likaient » tout ce que je faisais jusque-là puis ont soudain cessé de le faire, se sont effectivement mis à me dédaigner grâce à toi. Ça devait te plaire de médire, pour une raison absurde, d’un mec qui a zéro portée et fait son truc dans son coin pour une minuscule audience... Et ne va pas me dire que l’échelle n’a aucune importance, que petits comme grands peuvent être des cibles, et que j’ai moi-même participé jadis à dégommer des Lucchesi ou des Basquin qui étaient des types insignifiants aussi ; car la grosse différence, c’est qu’eux ils t’attaquaient réellement et dégueulassement !

Ces lettres sont bien des attaques insidieuses car en méprisant l’œuvre la plus récente d’un écrivain, c’est tout son travail qu’on remet en cause :

« Mon meilleur livre, c’est celui que je suis en train d’écrire ; tout de suite après vient le dernier publié mais je me prépare, en douce, à bientôt m’en dégoûter. »
Jean-Paul Sartre, Les Mots

D’ailleurs, moi, je l’ai toujours trouvé assez sympathique, Alexis Lucchesi. Nabe doit bien se douter pourquoi, et ce n’est pas seulement parce qu’on a le même âge. Une certaine naïveté dans toute son attitude et ses ratages à mourir de rire (Anton Ljuvjine — impossible à écrire et à prononcer, le trollage sur Twitter, les mauvais articles de Nabe’s News, etc.) sont presque touchants — ou du moins le seraient s’il avait dix ans de moins. Il a bon dos le Lucchesi ! David Vesper, Juan Asensio, et même Matthieu Gouet y vont chacun de leurs bons mots ! Mais on remarquera qu’après son éviction de Nabe’s News, Lucchesi n’a jamais eu la bêtise d’écrire des lettres ouvertes fielleuses et de jeter aux orties toute l’œuvre de Nabe. Il s’est muré dans le silence, réaction naturelle qui est plutôt à son honneur. D’ailleurs, on remarquera qu’il était cité favorablement dans La Feuille Nabienne n°76 comme membre du troisième cercle (celui des acheteurs de tableaux). Cela le met d’emblée à des années-lumière de Matthieu Gouet qui, en tant que traître, a sa place réservée parmi tous les Judas de l’humanité. Lucchesi, dans le texte de Gouet traître à lui-même, fait bon office d’ami alcoolique : l’homme saoul à dix heures du soir peut toujours compter sur son ami saoul à onze heures du matin pour se croire à l’abri de la déchéance...

Revenons aux lettres ouvertes de Matthieu Gouet.

Il y avait un petit côté corsé en plus dans ton accusation, car je me voyais traité (à tort) de copieur par quelqu’un qui m’avait littéralement copié quelques mois plus tôt... Tu sais à quoi je pense, j’espère. Tu te rappelles ce déjeuner avec Valentin à la pizzeria Marzo, rue Duvivier, le 14 mars 2024 où, parmi d’autres sujets de conversation, j’avais parlé de D.H. Lawrence. Je n’ai pas été très impressionné de retrouver mes anecdotes, un an plus tard, dans ta Feuille n°10 du 10 mars 2025.

Comme je le disais sur Twitter (X), toute cette partie est indigne. Ne lisez-vous pas certains livres afin d’aider Nabe dans son travail ? Non, vous gardez tout pour vous dans le fol espoir d’en tirer de plus grandes choses, mais quand vous avez un matériel nabien à travailler, vous n’en faites rien !

Tu avais dû les noter tout de suite... Non seulement tu reprenais exactement ce que j’avais raconté, mais tu répétais en plus une remarque de mon cru sur l’écart paradoxal entre la vie sexuelle de Lawrence et sa réputation de pornographe. Pas gêné ! Tes lecteurs pouvaient ainsi apprécier ton regard sur Lawrence, ton savoir, ta sélection... Et qu’on ne me rétorque pas que tu as toujours repris des propos qui t’étaient rapportés sur plein de sujets, et que les capter et les retranscrire est une partie légitime de ton travail littéraire – car lorsque tu l’as fait dans ton journal et dans Les Porcs, tu stipulais clairement les contextes et les conversations ; on savait qui disait quoi. Et à l’inverse, si moi j’avais cité quelque part la phrase de Verlaine dont tu nous avais parlé avec admiration, à Valentin et à moi, durant ce même déjeuner, tu n’aurais pas manqué de me le reprocher... Non, cette Feuille n°10, c’est du vol. Le « dépossédé » dépossède ! Manque de bol, tu as aussi recopié mes erreurs, car en réalité, j’ai vérifié, c’est l’amant de Frieda lui-même, Ravagli, qui l’a dissuadée dans une lettre de ne pas le rejoindre car Lawrence semblait trop souffrant ; et ce n’était pas la veille de la mort de Lawrence mais un peu avant (cette histoire s’était confondue dans mon souvenir avec le fait que l’attitude décontractée de Frieda durant les jours d’agonie de Lawrence avait choqué les Huxley).

En plus d’avoir donné à Nabe l’occasion d’écrire un texte mémorable sur ses fans, cette partie m’a (je ne vais pas faire l’économie des remarques prétentieuses) donné l’occasion de lire (enfin !) le mémoire de David Vesper, et je suis certain que Matthieu Gouet ne l’a même pas parcouru. Autrement, il aurait évité d’attaquer une idée qui est en fait issue d’une métaphore nabienne (eh oui !) dont on trouvera l’explication dans la conclusion de Le Dépossédé (disponible sur Nabe’s News). Cela la rend encore plus inattaquable que je ne le pensais initialement. Il est donc temps de dresser le chef d’accusation de Matthieu Gouet, accusé des crimes suivants : détournement de fonds nabiens ! Thésaurisateur d’anecdotes littéraires (fausses !) ! Recel de confidences ! Filouterie des références nabiennes (sans le dire) ! Jalousie de destin ! Ingratitude de Judas-quoi-qu’il-en-dise ! Trivialiseur du Journal Intime !

Matthieu Gouet ? Le m’as-tu-lu du nabisme qui ne lit plus Nabe !

En reprenant une métaphore de David Vesper, on pourrait dire que Matthieu Gouet, c’est le pastiche raté d’un Nabe qui n’a jamais existé.

J’avais déjà vu durant ce déjeuner que les soupçons de copiage pouvaient vite poindre, lorsque je t’ai offert un exemplaire de ma traduction de Llewelyn Powys, Les Pommes sont mûres, et qu’en examinant le livre, tu as dit aussitôt que « ça faisait très L’homme qui arrêta d’écrire »... Reliure cousue, texte en Garamond : il n’en fallait pas plus ! Peu importe que ces aspects-là soient courants dans l’édition (un peu moins de nos jours, mais quand même), ou que mon Llewelyn ait une couverture illustrée, en papier vergé sans pelliculage, et soit d’un format anglais (rien à voir avec tes livres, donc)... J’étais prévenu : tu m’attendrais au tournant. De toute façon, en annonçant et publiant mon roman j’étais sûr de m’attirer un peu d’hostilité de ta part. Tout le monde sait que tu as un problème avec ça : que dans ta tête, un « fan », et surtout un fan qui a écrit des choses pour toi par le passé (articles, commentaires, tweets, n’importe), n’a pas à se piquer d’écrire pour lui-même, de se dire « écrivain » ; que s’il le fait, c’est forcément par orgueil de se croire capable de faire de la littérature parce qu’il aime la tienne – et que son orgueil, en plus d’être déjà une forme méprisable d’imitation, devient préjudiciable à ton œuvre car il finit par la négliger et ne plus la défendre, parce qu’il ne se sent soudain plus pisser en tant qu’« auteur »...

La dernière phrase décrit parfaitement son auteur. Matthieu Gouet pense faire mieux que Nabe sur son propre terrain car ce Monsieur parle l’anglais. Mais ça ne suffit pas ! Il s’agirait d’être écrivain avant que de traduire. L’écriture en anglais, je ne vous apprends rien, est avant tout affaire de mots rares mis en musique (c’est ce qui la rend d’ailleurs si facile par rapport au français), mais pour bien traduire de l’anglais, ce ne sont pas les compétences grammaticales mais l’oreille qui prime. La traduction de la première phrase de Finnegans Wake par Nabe (dans Le Bonheur) est exemplaire à ce niveau. Et, anticipant sur la deuxième lettre ouverte (ce qui n’est pas trop gênant car le livre vient d’être cité), je commencerais par dire que je connais bien ces problèmes de subjonctif (pour ceux qui ne suivent pas, je parle de la traduction du livre Apples be Ripe de Llewellyn Powys) en amateur éclairé de lest et en lecteur régulier de la Bible en anglais (la King James Version, bien évidemment), mais même en admettant que Gouet eût raison sur ce point de grammaire, il n’en resterait pas moins que Les pommes sont mûres est un titre aussi tarte que Les carottes sont cuites ! C’est donc Nabe qui a raison contre la grammaire (par exemple, De Vie à trépas pour traduire Unclay de T. F. Powys, c’est un choix hardi mais qui marche ! Je ne connaissais pas le titre français et c’est Nabe qui me l’a appris au hasard d’une conversation — il s’agit d’une traduction de Marie Canavaggia ; dans un autre registre, No Exit pour traduire Huis clos, c’est aussi excellent). Ce point seul suffit à montrer que Gouet n’est pas un écrivain et qu’il est ridicule dans ses prétentions de se comparer à Nabe. J’ajouterais aussi que Mirage de la rade, c’est un titre à mi-chemin du sens (car c’est bien la terre ferme qui apparaît dans les hallucinations des marins) pour ne pas être trop joycien (et donc nabien) et que Le Mirage du rivage, il fallait l’oser ! D’ailleurs, ce serait parfait en japonais : Kishi no Maboroshi (岸の幻).

On se demande d’ailleurs pourquoi Matthieu Gouet n’a pas écrit son livre directement en anglais (Que n’écrit-il en anglois ?) — ça aussi, il fallait le faire ! Dans les nombreux extraits du roman que j’ai pu lire sur X, je n’ai en effet trouvé aucune trace de style (je le dis sans méchanceté aucune), mais celui-ci aurait peut-être eu la chance d’apparaître en anglais (quitte à le traduire vous-même en français par la suite). On aurait ainsi pu lire Le Mirage du rivage (pardon, pour moi l’article s’impose en français...) par Matthieu Gouet, traduit de l’anglais par Matthieu Gouet ! Pour le titre anglais, Rivage’s Mirage n’est pas très satisfaisant et je propose The Illusion of Horizon pour garder l’esprit initial. Qu’en dites-vous ?

On remarquera enfin que Nabe n’a jamais eu aucun problème avec la publication de la revue Adieu des frères Vesper à laquelle il contribua lui-même, et si on veut d’autres exemples, qu’on se rappelle cet article de Nabe’s News à propos du livre d’un nabien sur Bud Powell :

« Nous ne connaissons pas Jean-Baptiste Fichet, et nous n’avons pas encore lu son livre sur Bud Powell (chez l’excellent éditeur Bartillat), peut-être est-il mauvais, bon... Il n’en demeure pas moins qu’il se range naturellement dans le camp des gens inspirés par Nabe mais qui ne prendront aucun coup car il n’a pas la malsaine volonté — et c’est manifeste à lire son interview ci-dessous — de cacher son influence, et encore moins de la nier. Ce n’est pas plus difficile que ça.
C’est Fichet qui est dans la normalité (dire ce qu’il doit à qui vous savez et faire son truc de son côté). Bravo ! Prenez-en de la graine, Ljuvjine, Basquin, Thiellement et autres Rouchet !... Vous auriez fait comme Fichet, vous seriez encore de ce monde ! »
Marc-Édouard Nabe, Trois conseils aux ex-nabiens qui s’insurgent contre leur châtiment mais jamais contre leur crime :
1. ARRÊTEZ DE COPIER NABE TOUT EN LE NIANT.
2. ARRÊTEZ D’ATTAQUER NABE TOUT EN N’AYANT PAS LES ÉPAULES D’ENCAISSER LA RIPOSTE.
3. ARRÊTEZ DE LIRE NABE SI VOUS NE L’AIMEZ PAS NI LE COMPRENEZ (C’EST PAREIL).
Nabe's News n°5, 26 juillet 2017

Le titre de cet article constituerait d’ailleurs une réponse suffisante à toutes les lettres ouvertes de Matthieu Gouet. Mais il s’agit de lui répondre dans le détail pour lui montrer son erreur.

Il est possible que ce portrait-robot s’applique à certains, mais pas à tous. Le truc, c’est que tu analyses tous tes lecteurs selon le même schéma. Il n’y a que les gros traits qui t’intéressent. On l’a bien vu dans ce que tu as fait à Bastien Montès après la parution de ton Nabe’s News numéro 34. Parce que ce comédien talentueux qui enregistre ses lectures de tes contes avait fait un tweet sur sa dernière contribution à ta gazette sans parler immédiatement du reste du numéro, tu as tout de suite cru qu’il faisait le même genre d’auto-promo excitée que Lucchesi à l’époque de son texte sur Picasso : hop, dans le même panier ! Que Bastien soit un soutien sympathique, sans folie des grandeurs comme l’autre et sans la bizarre attitude de vouloir faire du sur-Nabe texte après texte comme s’il cherchait toujours à tuer le père, et qu’en outre il n’essayait nullement de t’occulter puisqu’il faisait la pub d’un de TES contes, tout cela n’a eu aucune pertinence à tes yeux : il a fallu le punir pareil. Tu as mijoté ta riposte un ou deux jours, puis as choisi comme petit coup bas de supprimer l’intro élogieuse qui précédait la vidéo sur le site. Déchapôté, le Bastien !

Voilà enfin la partie déculpabilisante à coups de trique sur cette cible facile d’Alexis Lucchesi (alias Vie Sublime). Le trait n’est pas gros mais l’adjectif s’applique à tous pour des raisons déjà explicitées par Nabe. Je préfère limiter au maximum mes citations de La Feuille Nabienne n°75 (que tout le monde devrait savoir par cœur) mais celle-ci s’impose :

« Qui se comporte comme un con, un oublieux, un fainéant, un hypocrite, un pharisien, un scribe pour tout dire, mérite l’application de cette sanction christique : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi, et celui qui n’assemble pas avec moi disperse. » (Matthieu 12:30). »
Marc-Édouard Nabe, La Feuille Nabienne n°75, 8 juin 2026

On verra plus loin que Matthieu Gouet n’a rien fait des notes qu’il avait prises sur l’exposition Gaza ! (2024) (signe du fainéant), qu’il n’a aucune reconnaissance pour les moments de don total dans la galerie rue Frédéric Sauton (signe de l’oublieux), et pire, qu’il n’aime ni ne comprend la littérature nabienne et prétend s’en faire un marchepied en niant toute influence (hypocrite). Le Pharisien du nabisme aurait pu être un bon titre pour ce texte, ce serait trop facile à établir, mais je voulais trouver quelque chose de plus personnel. C’est en lisant le long tweet ambigu de Bastien Montès que Matthieu Gouet a trouvé le courage d’écrire sa lettre ouverte, et on notera en passant que Montès a gardé une attitude encore plus ambiguë tout au long de cette affaire. D’un côté, il prétend être toujours du côté du « mendiant ingrat » (l’image bloyenne a fait son temps et Nabe est revenu depuis longtemps sur les limitations nombreuses de Bloy — encore un lecteur bloqué à l’époque du Régal), mais il ne se contente pas de retweeter les lettres ouvertes de Matthieu Gouet, il affirme que celui-ci « [rétablit] la vérité déformée » ! D’un autre côté, il se force à répondre aux haters et à parler des contes et des Éphémérides, mais on voit bien que tout cela sonne faux. Il serait temps de choisir son camp ! Moi, je trouve cela incroyable de se ranger aux côtés d’un Matthieu Gouet si plein de mauvaise foi et de ressentiment (et qui se permet toutes les familiarités avec Nabe). Croit-il être devenu Saint-John Perse (Alexis Léger) parlant de Claudel comme d’un égal ? Pas même, c’est Claudel jetant au panier L’Europe galante de Paul Morand d’un geste dégoûté !

Il fait d’ailleurs partie, avec Anthony Robert et moi-même, des trois noms que tu cites dans ton « Exhortation aux fans », cette vidéo qui me pousse à réagir enfin. Car là, je dois dire que tu as fait fort. Et comme il est clair qu’aucun de nous trois apostrophés n’a été choisi par hasard (je vais y revenir), c’est en prenant personnellement, et au pied de la lettre, ce que tu dis durant ces deux minutes que je vais y répondre. Si j’ai tort, tant pis ! Tu n’avais qu’à pas me citer.

Quelle susceptibilité ! Aucune remise en question, Gouet utilise la vidéo TikTok comme prétexte pour toutes les bassesses qui vont suivre.

Je serais, selon toi, « incapable » de me « bouger le cul pour faire la promotion » de tes deux dernières Feuilles afin que « les réseaux sociaux soient au courant », ce qui relèverait de ma « responsabilité » en tant que lecteur. Au lieu de ça, je jubilerais, jouirais à ton texte en consommateur « super passif, coolos », « pauvre con avec une vie de merde » fumant et picolant sans rien foutre ou me contentant de « mettre des pouces bleus » ou de retweeter...

On verra bientôt que toute cette action se résume à un demi-coup d’éclat il y a dix ans et à deux tweets.

Outre que je ne fume ni ne bois, Marc-Édouard, j’aurais eu du mal à « jouir à ton texte » sur Pierre Koné entre sa publication du lundi matin et ta vidéo du mercredi, puisque je n’y avais jeté qu’un bref coup d’œil – comme je l’avais fait aussi avec la Feuille d’avant sur Renaud. Toi qui brocardais, il fut un temps, « l’instantanéité » d’Internet, tu ne peux pas laisser plus de deux jours aux gens pour lire ce que tu qualifies d’énormes textes ? De toute façon, ce point est secondaire ; ma lenteur ne vient pas d’un manque de temps. Si je ne me suis pas précipité pour lire entièrement ces derniers numéros (et je ne doute pas que cette vraie raison soit pire encore à tes yeux), c’est plutôt parce qu’en général, La Feuille Nabienne, ben, ça ne m’excite pas plus que ça...

Notre génération a bien compris qu’il fallait limiter les plaisirs ; entre boire, fumer, et baiser, il faut choisir ! (Le bon choix étant bien sûr de rejeter toutes ces futilités.) Si Matthieu Gouet ne fume ni ne bois, cela ne veut pas dire qu’il ne vit pas ! Marié, père de famille et en couple depuis plus de dix ans, c’est bien ce qui s’appelle vivre. On notera en passant que sur ce sujet, Monsieur Gouet pense être si novateur qu’il n’a même pas jugé nécessaire de citer l’Auteur de Mesdames, Messieurs et de Patience 4 dans son interview avec L’Incorrect... Matthieu Gouet, si prompt à utiliser mesquinement le Journal Intime pour prendre en défaut Nabe (on verra qu’il n’en est rien dans l’analyse de la deuxième — qu’on espère la seconde ! — lettre ouverte), on aimerait bien connaître son emploi du temps exact. Qu’il nous envoie quelques pages de son journal intime, qu’on voie s’il est vraiment surchargé de travail et incapable de vivre convenablement (ça m’étonnerait !). Ce qui m’intéresse surtout, c’est de savoir à quels raouts et autres soirées en terrasse il consacre son temps libre. Voilà l’hypocrisie du personnage qui se permet de donner des leçons à un vrai ascète dans mon genre. Ne revenons pas sur le bref coup d’œil et concentrons-nous plutôt sur la dernière phrase. Déjà, au niveau du style, c’est zéro (« ben », ça fait collégien blasé). Et au niveau du fond, on peut déjà conclure que Matthieu Gouet n’a jamais goûté la littérature de Nabe, ce qui le disqualifie d’emblée en tant que critique littéraire.

Je ne dis pas qu’en un an et demi de publication de deux pages hebdomadaires il n’y a jamais eu d’envolées, de passages drôles, de trouvailles langagières. Bien sûr que si – et personne n’en ferait autant à ce rythme. Mais j’ai le droit (même si tu me le refuses) de me lasser des facilités, des autocélébrations, des clichés nabiens, des contradictions, des sujets traités trop vite et sans recul, des relais de fake news jamais corrigés, des aphorismes bofs ou de ta poursuite permanente d’une anti-doxa menant à certaines positions consternantes, applaudies uniquement parce qu’elles sont dites dans ta langue virulente qui désosse et écrase tout. Tu peux répondre que c’est mon problème ; que je suis arrogant de trier ce que tu écris ; que je ne me hisse pas à la hauteur de tes efforts ; que j’écoute mon mauvais goût de fan prétentieux qui se permet de juger ton travail, etc. Je ne pense pas que ces choses soient vraies, mais je comprendrais que tu les dises. Quoi qu’il en soit, le fait est que ma « jubilation » se fait rare et que, ceci étant posé, le discours de ta vidéo est déjà fautif me concernant.

De la critique au niveau d’un Juan Asensio qui fait le mec outré par deux remarques physiques dans Au rats des pâquerettes mais se permet toutes les vulgarités sur son propre compte X (devenu récemment le porte-voix d’un demi-fou plein de hargne quasi-meurtrière). Qu’on compare l’incipit du texte d’Asensio :

« Bien sûr, ce nouveau brûlot de Marc-Édouard Nabe, le trente-et-unième de ses ouvrages, n’est absolument pas débarrassé des facilités qui rendent franchement pénible, pour ne pas dire rédhibitoire la lecture de la presque totalité de ses derniers textes : attaques physiques (nous ne comptons plus les gros culs ou même les « gros seins juteux juste avant qu’ils ne soient plus tétables » d’Aude Lancelin, p. 63), les petites ou grandes insinuations de coucheries, les insultes pures et simples, pourtant très drôles lorsqu’elles concernent Alain Finkielkraut, devenu le saint héraut de tous les crétins droituriers (des fins de race terminés à l’eau bénite du Figaro et de Valeurs actuelles jusqu’aux dandys en sucre candi de L’Incorrect en passant par Causeur), notre plus grand penseur journalistique, donc, qualifié de « pleurnichosophe » (p. 66) et de christique « FinkINRI », p. 65 ou de « Finkie-Christ » (p. 30), facilités qui suffiront je le crains à dissuader la plupart des lecteurs, hormis le petit cercle de ses thuriféraires et adorateurs transis, comme tel (ex)-ravi de la crèche nabienne, dans laquelle il n’y a hélas pas qu’un seul âne et beaucoup de moutons. »

Pour une critique plus sérieuse, qu’on lise plutôt ce qu’en dit David Vesper sur un passage « rimbaldien » du livre dans Le Dépossédé. Dire qu’un livre est plein de « facilités », c’est devenu une facilité de la critique (« — Ah, si j’avais votre facilité ! — Mais je n’ai pas de facilités !... » (Louis-Ferdinand Céline)). Le reste mériterait d’être développé, mais Gouet se dégonflera au paragraphe suivant en prétextant que sa lettre était déjà trop longue. C’est drôle, mais cette attitude est parfaitement calquée sur celle des haters des réseaux sociaux qui se réfugient toujours dans le silence (j’en ai fait maintes fois l’expérience) quand on essaie de leur faire dégorger leur haine de façon précise. Le pire, dans ce passage, c’est bien sûr d’accuser Nabe d’être un propagateur de fake news ! Sur les positions consternantes (expression qu’un lecteur de Les Porcs ne devrait jamais utiliser ! Comprenne qui pourra), Nabe a déjà répondu à l’aide d’un aphorisme qu’on pourrait difficilement qualifier de « bof », n’y revenons pas.

Je ne vais pas étayer mon propos d’un tas de citations de tes Feuilles : j’ai encore beaucoup à dire dans cette lettre sans l’allonger davantage, et je n’ai aucune envie d’écrire un texte uniquement à charge contre certaines facettes de ton œuvre que je n’aime pas (et n’ai jamais aimées), sans que ce soit équilibré par tout ce que j’y admire, et n’ai jamais cessé d’admirer – et qui est d’ailleurs bien plus important. Seulement, ce qui me rebute me semble davantage présent dans tes textes et interventions en ligne récentes, ou en tout cas, j’en suis plus conscient qu’avant. Voilà pourquoi je ne suis pas au premier rang pour « faire ta promo » chaque lundi. Mais de toute manière, qu’on se le dise, Marc-Édouard, ou plutôt qu’on te le dise si tu y crois vraiment, mais ces histoires de promo, c’est de la foutaise... Les tweets de Matthieu Gouet, 113 abonnés, dont la moitié te suivent déjà, ne feront RIEN pour t’attirer des acheteurs. Personne n’en a quelque chose à foutre de voir passer ça dans son fil, même si tu retweetes, même si ça te plaît et que tu trouves que ça fait bien. Il n’y a pas de manque à gagner. Aucun journaliste, aucune célébrité, aucun influenceur ne va se pencher sur ta Feuille ou sur le dernier Nabe’s News puis en parler parce que je les interpelle. C’est malheureux, mais ça ne marche pas. En plus, ça peut même avoir un effet boomerang, parce qu’honnêtement, les comptes, anonymes ou non, dont les trois quarts de l’activité ne sont consacrés qu’à te promouvoir ou te défendre en répétant ce que tu dis toi-même, ça fait, aux yeux de presque tout le monde, un peu pitié... Comment reprocher à tes détracteurs, même les plus cons et ignares, de soupçonner que tu te caches derrière certains pseudos, quand on te voit tous intervenir avec une signature ridicule (Claudine Duvivier, community manager) ou piloter certains membres de ton « équipe » pour dire telle chose à telle personne ? Qui n’a pas encore compris que presque tout ce qu’écrit Anthoine Carton sur les réseaux, c’est toi qui le lui dictes par messages ? C’est peut-être faire la fine bouche de ma part, être égoïste, me croire supérieur, tout ce que tu veux, mais c’est ainsi : je n’ai pas très envie de participer à ça... Et je le dis alors même que j’ai récemment tweeté en réponse à deux sots qui parlaient de tes livres et m’ont agacé par leur manque de justesse.

Voilà pourtant qui aurait été intéressant et un peu plus courageux que toutes ces accusations aussi générales que perfides (car elles annulent le début de la première phrase). Au niveau factuel, Gouet se goure car les fameux (grâce à Nabe, je n’avais jamais entendu parler d’eux) Dany et Raz étaient revenus longuement dans leur podcast sur le court paragraphe où ils étaient cités par Nabe.

Il est tout simplement idiot de penser que Nabe pourrait se cacher derrière des comptes anonymes car cela est en contradiction directe avec tout ce qu’il a toujours écrit sur le sujet. Pire, cela suggère que Nabe ne saurait avoir des fans comme appelés du néant (c’est-à-dire, qui ne soient pas des amis proches — pour reprendre l’expression d’Allyn Jackson dans son article sur Grothendieck publié dans les Notices of the AMS pour ceux que ça intéresse), et donc, que sa littérature ne vaut rien. C’est bien sûr faux et j’en suis le contre-exemple parfait. On ne voit pas en quoi ce serait contre-productif de parler des textes de Nabe ; ses lecteurs convaincus ne vont pas arrêter de le lire pour autant, mais on comprend que ce serait contre-productif pour l’image de ce digne Monsieur Gouet qui plane si haut dans le ciel qu’il ne saurait se confronter à la boue d’internet. Pour lui, parler de Nabe est presque infamant et il montre parfaitement son mépris (qui vient d’on ne sait où) avec l’expression « je n’ai pas envie de participer à ça... »

Non, en termes d’impact de diffusion, tu es mille fois plus efficace avec tes TikTok et tes reels (formats dont tu as eu raison de t’emparer), et pas forcément avec les vidéos où tu fais directement ta pub, que tout ce qu’Anthony, Bastien ou moi pourrions accomplir. Et puis, si tu nous prends pour cibles en particulier, ce n’est pas parce que nos tweets feraient vraiment ta promo, mais parce qu’on t’énervait déjà et que le prétexte était bon pour nous décocher une flèche. Moi, parce que j’ai eu l’outrecuidance de faire un livre, et Anthony et Bastien parce qu’ils en ont parlé ou se sont adonnés à d’autres activités que tu réprouves ; parce qu’on a fait des publications (à peine utiles, elles aussi) à propos de ces choses-là sur les réseaux, gâchant ainsi de précieuses minutes qu’on aurait pu consacrer à un partage de la dernière Feuille Nabienne. Que des nabiens s’épaulent, produisent des trucs ensemble, ça te gêne. Et si ces raisons n’étaient pas vraies, tu aurais choisi d’autres noms à citer en premier, et non pas trois lecteurs qui en ont pourtant fait pour toi, chacun à sa manière, que ce soit par des contributions à Nabe’s News ou d’autres actes de soutien. Quand on pense au boulot qu’a abattu Bastien... Mais je n’ai pas besoin d’en dire plus, car pendant que je rédigeais cette lettre il a déjà tout balancé de son côté, à juste titre.

Avant de « s’épauler » (c’est quoi cette secte de semi-invertis ?), les nabiens feraient mieux d’aider Nabe. Ça me semble la priorité, non ?

« Vous voulez que je vous en cite d’autres ? » demandes-tu dans ta vidéo. Un peu, qu’on veut... Et allonge bien la liste, qu’on soit certain d’y retrouver ceux qui ont fait un ou deux trucs pour t’aider il y a quinze ans et qui en ont foutu encore moins que nous depuis. Ah non, j’oubliais : ils n’ont ni cru pouvoir écrire, ni loué l’écriture d’un de tes fans, ce qui leur aurait valu de grimper à coup sûr dans le top 10 des enculés ! Je m’éternise, pardon, mais je n’ai pas encore fait le tour de cette vidéo. Il y a un autre point dont je veux parler, un point particulièrement dégueulasse : c’est quand tu dis qu’on « aurait fait pareil avec les autres écrivains du passé qu’on admire », qu’on les aurait « laissés crever sans réagir »... Rien qu’en parlant de tes lecteurs en général, c’est déjà un sophisme. Ce ne sont pas les lecteurs lambda de Poe ou de Melville qui les ont mal traités — mais ceux qui avaient un véritable pouvoir de faire une différence. Un type qui a acheté Moby Dick en 1851 était-il une ordure orgueilleuse et coupable s’il n’a pas été crier aux oreilles des passants dans la rue que ce livre existait ? Évidemment, ça aurait été beau qu’il le fasse, mais ce n’est pas pour ça qu’il a « laissé crever » Melville.

La bonne comparaison est donnée dans la Feuille n°78 : c’est celle de Joyce et de Miss Weaver. Pour quelqu’un qui donne des leçons de sophisme, Matthieu Gouet ne voit-il pas l’énorme distance qu’il y a entre un lecteur lambda de Melville il y a deux siècles et un proche de Nabe qui a tout appris de la littérature à ses côtés et a le devoir de le soutenir ?

Moi j’ai réellement crié dans la rue pour toi, tu te souviens ? Place Gaillon, remise du Prix Goncourt 2015 devant les caméras de télé... Valentin, Julien le Belge et moi, brandissant ta revue Patience 2 consacrée aux attentats du 7 janvier, avec sur la couverture un montage d’Hitler tenant un panneau « Je suis Charlie ». David nous filmait. Ta compagne de l’époque, Leïla, avait même pris une photo de sa télé où l’on me voyait en direct sur BFM, tout sourire derrière une journaliste, brandir le magazine et la tronche du Führer face à la caméra ! Et on avait remis ça un soir, quelques jours plus tard, en plein boulevard Saint-Germain. Vente à la criée devant les terrasses, de la place Maubert au Flore, face à des sionistes furax qui hurlaient « Israël vaincra » en nous voyant agiter la couverture qu’ils ne comprenaient pas... J’aurais facilement pu prendre un poing dans la gueule, à vingt-deux ans, parce que je faisais de bon cœur ta « promo » dans la réalité ! Et quand au fil des années tu m’as demandé des textes ou des traductions, je n’ai jamais refusé, et je t’en ai proposés spontanément. Vois-tu l’absurdité de dire que j’aurais « laissé crever » les artistes du passé que j’admire, alors que mon historique avec toi prouve au contraire que je les aurais aidés à mon échelle ?

Et depuis dix ans, qu’a fait Gouet pour Nabe en dehors de quelques traductions pour Nabe’s News ? Les traductions de Wolfe et de Powys ne sont en quelque sorte que du travail dissimulé car c’est non seulement une occasion de profit financier pour le traducteur, mais également de profit littéraire. On peut difficilement compter une traduction publiée comme un acte réalisé pour soutenir Nabe directement.

Du reste, ça n’est pas qu’absurde, c’est indécent. Toi qui la dénonces si souvent chez les autres, l’indécence... Regarde dans l’écran de ton téléphone, Marc-Édouard, et tu y verras un écrivain-peintre qui a publié pendant vingt-cinq ans dans le système éditorial germanopratin et fait des dizaines de télés avant de prendre son indépendance et de vivre de ses œuvres, écoulant sur Internet des 1 500 exemplaires à 50 € auprès d’un public qu’il s’est largement constitué grâce aux vieux médias, et vendant des tableaux à des mécènes pour des sommes à cinq chiffres, accuser un inconnu autoédité sans moyen de se diffuser ni même de rentrer dans ses frais d’impression, qui n’aura vraisemblablement jamais plus de trente lecteurs et devra toujours faire pour survivre des petits jobs qui bouffent son temps de traduction et d’écriture, de le laisser crever, lui, sans réagir ! Je n’ai pas l’habitude de faire du misérabilisme impudique me concernant, mais il faut présenter les choses telles qu’elles sont, exactement.

Quel toupet ! Nabe a publié très difficilement (seul Zigzags a été publié par Barrault après Au Régal des vermines, livre qui aurait d’ailleurs dû être publié bien avant 1985), et sans la rencontre providentielle avec Jean-Paul Bertrand en 1990, il n’aurait jamais pu publier son Journal Intime. On comptera donc vingt ans de publication dans le « système » si l’on veut, mais tout en étant occulté et en passant de longues traversées du désert (entre 1985 et 1989, notamment) avec beaucoup moins d’invitations que la plupart de ses confrères. Qu’un tel chemin de croix littéraire qui aboutit à la résurrection par l’anti-édition soit qualifié de germanopratin (j’ai toujours cru qu’on disait germanoprantin...), c’est se ranger auprès des critiques les plus butées pour lesquelles Nabe est un écrivain bourgeois, dandy, dilettante, que sais-je... Encore une fois, pour quelqu’un qui parle d’indécence, ces commentaires sur l’argent sont affligeants de mesquinerie. Nabe n’en a pas vendu beaucoup, des tableaux « à cinq chiffres » (en dehors du portrait de Ben Laden à 10 000 € puis à 20 000 € et la fresque de Gaza pour 10 000 €, je ne vois pas) ; il s’agit surtout de tableaux vendus de 800 à 2 000 € en moyenne, allant parfois à 3 000 € (et plus) pour quelques pièces exceptionnelles comme le bombardement au phosphore de l’exposition « Gaza ! » et autres tableaux grand format. On s’en fout du misérabilisme, Gouet ! Vous n’avez jamais sacrifié votre vie entière à la littérature, et toute comparaison avec Nabe (qui s’est toujours élevé contre les gens qui ont un travail « à côté ») serait ridicule.

J’aurais préféré que tu me reproches, par exemple, de n’avoir rien fait des notes que tu m’avais vu prendre avec enthousiasme lors de ma visite de ton exposition Gaza ! en mars 2024, et que je n’ai jamais fondues en un texte. Là, ç’aurait été justifié, même si je ne t’aurais pas fait vendre un tableau de plus ; le seul intérêt aurait été dans l’hommage, la reconnaissance. Sur ce plan-là, je ne suis pas le plus mauvais, témoin les actes de soutien public cités plus haut, témoin aussi certains de nos échanges privés au fil des ans, qui ne semblaient pas te déplaire. Et ce n’est pas parce que tu m’invectives de façon inadmissible dans une vidéo que je changerai quoi que ce soit : si ton roman à venir Marcel s’avère très bon, ce que je pense probable, je le dirai sans problème. De la même façon, je défendrai toujours ton œuvre en général, sur laquelle j’accumule depuis longtemps des notes en vue d’un long essai, et aucune histoire de vexation ne fera de moi un renégat.

Vœux pieux ! En deux ans, il y avait largement de quoi écrire un texte, non ? Ça devrait être plus facile à écrire que les lettres ouvertes (au rythme de 46 pages en 17 jours) ! Ce texte ne verra jamais le jour car Matthieu Gouet est passé à côté des Éphémérides, à côté des derniers Nabe’s News et à côté de La Feuille Nabienne. Il a même reconnu que sa passion était affaiblie, mais pour moi, elle est simplement morte, ou plus précisément, elle n’a jamais existé. Voilà qui fait de Matthieu Gouet le type même du renégat. Il a tout pris à Nabe pour devenir traducteur puis romancier, mais ne pense pas lui devoir au moins une étude sur son œuvre (qui devrait avoir été écrite avant son roman).

Tu parles de la responsabilité du lecteur. J’y crois aussi. Elle consiste d’abord à ne pas confondre une lecture sérieuse avec une admiration de principe (ou une détestation de principe, pour tes ennemis). Tu sembles ignorer que beaucoup de ceux qui louent ton travail y trouvent aussi des défauts, et qu’en général ils taisent ces derniers, soit parce que l’admiration de ce qu’il y a de positif l’emporte, soit parce que, voyant les tombereaux de conneries injustes et mal informées qui sont déjà déversés sur toi à longueur de temps, ils ont la délicatesse de ne rien dire qui puisse donner du grain à moudre à tes détracteurs ; et puis, même s’ils ne craignaient pas de te faire du tort ainsi, ils craindraient dans tous les cas que tu leur tombes dessus... Et beaucoup, se voyant vite coincés entre la flatterie et le silence, finissent par choisir la deuxième option.

Que croyez-vous apprendre à Nabe ? Il est inutile de répéter les remarques négatives de Nabe sur Au Régal des vermines dans sa discussion avec l’héroïne de Inch'Allah ou les jugements pernicieux d’un Jean-Edern Hallier sur Le Bonheur ; ce qui compte, c’est de montrer les perfections qu’ont ces livres et d’en faire l’analyse à la lumière des nouveaux écrits ! Dans le Régal, qui a remarqué l’accent chardonnesque de la phrase suivante, mis à jour grâce à un extrait d’interview reposté par Nabe sur son compte X récemment (il faut être précis ou rester silencieux !) ?

« On écrit pour sauver un monde, un morceau de monde qui nous a touchés parce qu’il était plus enclin que les autres à sombrer dans l’oubli. »
Marc-Édouard Nabe, Au régal des vermines

C’est beau comme du Chateaubriand ! Avec une tristesse à la Villon qui vient du cœur d’un vrai artiste. Faut-il rappeler qu’il n’existe aucune étude littéraire exhaustive des livres de Nabe ? Au travail, Messieurs les critiques !

Et j’aimerais bien savoir quels défauts ont des livres comme Je suis mort, L’Âge du Christ ou L’Enculé... Je noterai en passant que contrairement à ce que pense Matthieu Gouet, la peur n’est pas le ressort de mes actions, c’est l’obligation morale. En voyant le travail monumental réalisé par Nabe dans ses Éphémérides il y a trois ans, il ne m’a pas semblé acceptable de rester silencieux, et c’est la raison pour laquelle j’avais créé un compte Twitter. La peur est plutôt du côté de ceux qui restent silencieux dans l’espoir de ne jamais être critiqués par Nabe dans un texte futur. Bref, ce n’est pas un Matthieu Gouet qui peut me donner des leçons de courage, car moi, j’ai vraiment tout sacrifié à mon idéal.

Tu veux que les taiseux s’expriment davantage, qu’il y ait plus d’articles, d’études, de tweets, de vidéos sur Marc-Édouard Nabe ? Commence par retirer cette menaçante chape de plomb, accepte qu’on te lise avec discernment et liberté, cesse de voir d’un mauvais œil nos projets, de faire des publications à charge contre des fans maladroits pour une fausse note en révisant hypocritement les jugements que tu avais déjà portés sur eux (ça se voit) ; concède à ceux qui connaissent bien ton œuvre (quel que soit leur nombre) le droit de discriminer, de relever tes bourdes, de préférer une période à une autre, de ne pas trouver génial tout ce que tu fais sans que ça déclenche aussitôt une guerre pitoyablement personnelle. Ils auront bien plus envie de parler de toi s’ils savent qu’ils peuvent le faire sincèrement – et ça ne donnera que plus de valeur à leurs louanges. Laisse la quête de Vérité, celle qui te concerne, avec ce que cela implique d’objections, de discrétions, de tâtonnements, se poursuivre sans entrave, et tout le monde y gagnera. Il ne doit pas y avoir beaucoup d’auteurs vivants qui aient un cercle d’admirateurs aussi forts, connaisseurs, loyaux et capables. Que tu brusques un peu tes fans, que tu dises : « les mecs, j’en attends plus de vous », pourquoi pas. Mais choisis quand même bien tes mots, et à qui tu les lances... ou le seul vrai « connard », ce sera toi !

Tout ce texte au fond ne tend qu’à justifier cette dernière phrase, un tu quoque de la plus mauvaise faction et que rien, mais rien, ne justifie de la part d’un faux fan qui n’a presque rien fait pour Nabe.

Passons à présent (enfin !) à la deuxième lettre ouverte.

Plof... floc... chloc... Marc-Édouard Nabe enfonce des clous mous. Il y en a un gros qui est pour ma tête — ou croit-il viser mon cœur ? On lit dessus MATTHIEU GOUET, et il occupe plus d’une moitié de La Feuille Nabienne numéro 75. Nabe tape, mais ça ne perce pas. Normal : rien n’est juste, ni honnête. Il n’y a qu’un Grégory Briens (@von_janos) pour y voir un bel assassinat... C’est plutôt un assistanat : j’avais, dans ma lettre ouverte à Nabe du 3 juin, évoqué l’inconstance avec laquelle il sert la Vérité, et il a choisi comme réponse de m’en donner plus de preuves.

Faire de l’ironie sur le titre d’un des ouvrages de Nabe (J'enfonce le clou pour les incultes), c’est bien mesquin. Les pires haters soralisés (et non solarisés ! Ça se saurait !) et anciens fans d’Au Régal des vermines ne se permettraient jamais de telles familiarités. Je vois d’ici la prochaine lettre ouverte : Nabe croit m’avoir tué mais je ne suis pas (encore) mort (rires). On va voir ce qu’on va voir ! Maintenant, Gouet écrit la Vérité comme Nabe avec une lettre capitale ! Spoiler alert : on ne va rien voir du tout.

Nabe travaille (ou plutôt exploite) depuis longtemps le thème de la vexation. La mécanique est simple : si une personne objecte à une fausseté ou une parole injuste que Nabe a prononcée à son sujet, elle le fait forcément par « vexation », car son « ego » est blessé. En parallèle, Nabe affirme souvent qu’il n’a, pour sa part, aucun ego. Ce double principe lui permet de se positionner auprès de ses lecteurs les plus jobards comme un perpétuel révélateur d’orgueil et de susceptibilité de vexés-qui-méritaient-de-l’être, et d’étouffer ainsi toutes réponses ou remarques qui n’iraient pas dans son sens.

Nabe a tué tout ego dans Alain Zannini, il s’agirait de rester à la page (vieille d’un quart de siècle tout de même). Et comme il le disait dans son interview avec Éric Morillot, ce n’est pas forcément parce que des gens ont fait des choses contre lui qu’il les critique (Frédéric Taddeï en est l’exemple parfait). Le jobard contre l’homme de mauvaise foi ! Pour un homme si endetté envers Nabe pour l’ensemble de sa carrière littéraire, il est tout à fait honteux de se répandre en complaintes et en critiques comme vous le faites avec autant de petitesse self-aggrandising (on va la voir à l’œuvre dans quelques pages). On va éviter les anglicismes autant que possible mais celui-ci s’imposait parfaitement !

La vidéo contenait d’autres termes et incriminations, dont celle de « laisser crever » Nabe, longuement évoquée dans ma lettre ouverte. C’était ce qui m’a le plus poussé à répondre, et il en sera bizarrement peu question ici.

Plus précisément, on pourrait dire que Gouet fait comme si Nabe était déjà mort, alors que l’Auteur de Nabe’s News est déjà entré dans la postérité — différence fondamentale. Après s’être attribué une partie du butin nabien pour en faire son miel, Gouet n’a pas l’impression de devoir être particulièrement redevable à Nabe. N’est-ce pas cela, le laisser crever ?

« Et comme de toutes les défaites, les naissances des victoires futures se préparent déjà : Nabe, qui a pris mille ans en une soirée chez Bernard Pivot, a modifié son rapport à lui-même, à son corps, à sa langue, à sa littérature et à la télévision, il a trouvé des failles, il a compris, enfin, comment y faire entrer la littérature, quitte à passer par une sorte de suicide triomphal, et comment, finalement, par cette entrée pouvoir ensuite en extraire d’autres doses à mettre dans des livres. Double coups d’épées en plein dans le mille ! »
David Vesper, Le Dépossédé

J’aime beaucoup cette idée d’un Nabe qui aurait pris mille ans en une soirée, cela indique assez bien en quoi son destin littéraire est si unique. Exemple unique d’un écrivain qui vit dans la post-postérité. On s’en fout d’être « d’accord » avec Nabe, personne ne vous demande de mettre Haydn, Mozart et Rossini au-dessus de tout pour apprécier la littérature de Stendhal. Toujours le petit avis personnel qui reste ; comme celui de Monsieur Montès qui n’en pense pas moins ! Rappelons qu’il joue un double jeu assez malsain en faisant mine d’être d’accord avec Nabe tout en repostant les gouetteries censées rétablir la vérité (on aura tout lu !).

Je n’attends pas de Nabe de l’affection (pour quoi faire ?), mais de la justesse et de la justice. Et mon admiration pour ce qu’il y a d’admirable chez lui n’a pas changé à cause de sa vidéo. D’ailleurs, rien n’a changé chez moi à cause de sa vidéo. C’est lui qui va inverser des jugements qu’il a jadis portés sur moi parce qu’il ne digère pas qu’on lui réponde.

Mauvaise foi typique de Gouet. Il est évident que pour les Millennials comme Vesper, Gouet et moi-même, Nabe est une figure paternelle (à divers niveaux, je l’ai déjà souligné ; c’est aussi une question d’âge ; d’ailleurs, je dis toujours « vous » à mon directeur de thèse — qui me dit « tu » — tandis que le « vous » est de rigueur dans les deux sens avec Nabe, et je trouve cette distance qui rehausse le discours tout à fait normale et même confortable). « — M. de L..., connu pour misanthrope, me disait un jour à propos de son goût pour la solitude : “Il faut diablement aimer quelqu’un pour le voir.” » (Chamfort) Si vraiment, Matthieu Gouet a passé tant de temps dans la galerie de Nabe sans éprouver la moindre affection pour lui (lire Le Dépossédé à ce sujet), il est non seulement normal que Nabe révise son jugement à son sujet, mais on peut même en déduire que Gouet n’était qu’un demi-espion, ce qui n’est qu’une variété de fan mais la plus méprisable.

« Les premiers amis, amateurs, fans, curieux, espions, jaloux, intimes, privilégiés, inconscients, je ne savais plus comment les appeler, étaient là... »
Marc-Édouard Nabe, Les Porcs 2, Chapitre XCI, « Chez Pepperoni »

On aimerait aussi savoir ce que Matthieu Gouet admire au juste parce que jusqu’à présent, il n’a montré que des réserves sans s’avancer d’un iota sur le chemin de la vérité, ou plus simplement, de l’honnêteté avec lui-même.

Anthony s’excuse, mais il est quand même présenté comme un « vexé ». Qui peut gober ce tour de passe-passe ?

Ne connaissant pas la teneur du texto en question, il m’est difficile d’en parler mais les réserves qu’on y sent (« qui va un peu dans le sens d’une rédemption ») montrent bien que les excuses n’étaient pas très franches, ce qui veut bien dire qu’Anthony cherchait à préserver une partie de son ego. S’il a le temps d’écrire des textes sur votre roman et le Playboy de David Vesper, il devrait aussi avoir le temps de parler de Nabe, non ?

Bastien avait dit à Nabe qu’il placerait son travail ailleurs si Nabe n’en voulait plus pour Nabe’s News. Normal : il eût été dommage que ce travail reste à jamais dans l’ombre en n’étant publié nulle part. Vous le voyez, le travestissement de la vérité, là ?

L’impatient Montès a bien menacé Nabe, oui ou non ? Pour les nabiens, être publié dans Nabe’s News, c’est être publié nulle part ! Voilà ce que cette phrase veut dire au juste, et la manière avec laquelle Montès s’est pressé de publier son travail le montre. Il serait temps de lire cette Feuille Nabienne n°75 pour en tirer des enseignements ! Finalement, les nabiens sont tout aussi bourgeois et plan-plan que la plupart des gens : il leur faut une publication en Collection Blanche chez Gallimard ou sur YouTube (c’est pareil).

Nabe, en voulant encore insinuer que je l’imite, oublie sa propre définition de « l’anti-édition » : une auto-édition volontaire par un auteur déjà publié dans le système. N’ayant jamais été édité en tant qu’auteur, je fais simplement, comme tant d’autres, de l’auto-édition. (Il va sans dire que si j’avais été publié chez un éditeur, ça aurait aussi fait l’objet d’un sarcasme.)

Sophisme éhonté. Vous avez bien publié en tant que traducteur dans une maison d’édition traditionnelle, et cela suffit pour faire de vous un anti-éditeur. Arrêtez de jouer sur les mots, on n’est pas sur Reddit !

Je n’ai pas été « très flatté », n’ayant aucune estime pour la ligne de L’Incorrect, mais simplement content d’obtenir un (minuscule) brin de visibilité pour mon livre, — ce que Nabe devrait comprendre mieux que personne, lui qui sait que la moindre recension d’un livre est une victoire, même dans un titre qu’on méprise. Ce n’était pas parce qu’il se sentait « flatté » qu’il notait dans son journal toutes les mentions de ses livres par les médias, ou qu’il relaie en ligne, depuis le début de l’anti-édition, chaque article évoquant son travail, voire chaque phrase d’internaute ; c’est même cette obsession de la visibilité, mal dirigée, qui le conduit à taper sur trois « connards ». Il est irrationnel de suggérer qu’Obregon, qui ne savait rien de moi avant d’ouvrir par curiosité, puis d’apprécier mon livre expédié en service de presse à la rédaction, ait pu me proposer deux pages d’entretien simplement pour irriter Marc-Édouard Nabe.

Ça commence à se gâter, Gouet perd complètement les pédales et commence à se comparer à Nabe après avoir publié deux traductions et un maigre roman... Je l’ai lue, cette interview remplie de platitudes sans style. Ne pensez-vous pas qu’il aurait été plus honnête de citer le nom de Nabe comme l’avait fait Jean-Baptiste Fichet en son temps ? Nabe étant lui-même, comme chacun sait, un spécialiste de cette pratique. Et surtout, il sait très bien que ma « tartine » ne parle pas uniquement de la vidéo.

Pas gêné, le Gouet ! Bientôt, il va traiter Nabe de graphomane ! Quand on écrit si péniblement des lettres ouvertes interminables, il est de mauvais ton de faire de l’ironie sur un Auteur capable d’écrire mille pages de vérité sur un sujet difficile et de rendre le résultat d’une fluidité parfaite. Oui, on sait, la tartine est surtout une longue plainte d’un faux-jeton pleine de ressentiments en tous genres. Passons.

Ce n’était pas me « faire mousser » qu’énoncer des faits pour appuyer mon propos. Nabe sous-entend que c’est une habitude. Il faudrait dire où et quand.

Deux tweets et une action véritable il y a onze ans. On pourrait ajouter une traduction pour Nabe’s News. C’est tout ? Je préfère faire confiance à Nabe à ce sujet plutôt que d’écouter les récriminations d’un faux-fan incapable de formuler des accusations et des jugements précis.

J’ai mentionné la présence de Valentin à la pizzeria ainsi qu’à la Place Gaillon parce qu’il y était. Ça ne constitue pas un « mouillage ».

Mais c’était surtout pour se déclarer son supérieur, ce qui fait rire pour toute personne qui a une vague idée de ce qu’a fait Valentin Ribolla (rien que pour les TikTok publiés). Simple confirmation de cette phrase de ma lettre : « ils n’ont ni cru pouvoir écrire, ni loué l’écriture d’un de tes fans, ce qui leur aurait valu de grimper à coup sûr dans le top 10 des enculés ! ».

C’est surtout que Ribolla est humainement bien supérieur à Gouet, ce qui est encore plus évident pour qui a eu l’heur de rencontrer Valentin (c’est mon cas ; si ça vous intéresse, j’ai aussi rencontré David Vesper, Antoine Rosselet, Alexandra, et même Hélène !). Et comme je l’ai montré plus haut, Nabe n’est pas forcément opposé au fait que ses fans écrivent eux-mêmes.

J’ai dit dans mon texte que je répondais précisément aux reproches de la vidéo — ce qui est normal puisque Nabe m’y a cité exprès, après avoir nourri pendant plusieurs mois un certain ressentiment. J’ai même donné un exemple de reproche qu’il aurait été plus justifié de me faire. Je me suis expliqué sur mon « inaction de fond » qui ne semble telle que parce que je suis en désaccord avec Nabe sur ce qui constitue une action efficace ou souhaitable. Questions secondaires de toute façon, puisque ce n’est pas mon « inaction de fond » qui m’a mis dans le collimateur de Nabe, mais le fait que j’ai écrit un bouquin.

Il s’agit là de paranoïa. David Vesper a bien plus écrit que vous (Journal d’un confiné léger, ça vous dit quelque chose ?) et il ne s’est jamais retrouvé dans le collimateur de Nabe. Et l’« inaction de fond » a bien été établie car Gouet est obligé de revenir onze ans en arrière pour essayer d’établir son action de fond.

Bon courage pour démontrer que Mirage de la rade (que Nabe n’a pas lu) est copié sur les frères Powys ! Nabe dit ça uniquement parce que le roman se déroule en Angleterre et qu’il est écrit par un powysien. Cheap médisance pour embobiner les gogos...

On s’en fout de ce bouquin ! Il est mal écrit, à jeter dans l’English Channel et qu’on n’en parle plus...

Comme si je ne pouvais pas deviner tout seul dans quoi je m’embarquais... Évidemment que David, qui est un ami, m’a prévenu, ce qui ne change rien : ce n’est pas à lui de m’empêcher ou de me dicter de faire quoi que ce soit.

Et ça donne des leçons d’ego ? « Il faut être osé. » (Louis-Ferdinand Céline)

Justement, cette Feuille n°75 regorge de « détails inexacts »... Quel fond reste-t-il quand aucun point ne tient ? Nabe, dans cette histoire, est le seul à bafouer la vérité. C’est ça le motif — montrer que Nabe n’est pas toujours le défenseur désintéressé de la vérité qu’il prétend être, mais aussi parfois un pratiquant de la mauvaise foi la plus révoltante — qui me pousse à me manifester, et à ne pas flancher devant le redoublement d’attaques à mon encontre, y compris venant de nabiens (dont aucun n’a opened sa gueule en lisant ma lettre, avant de voir dans la Feuille 75 quelle ligne adopter). Il est normal — il est même obligatoire — qu’un lecteur ayant été inspiré par le combat de Nabe pour la vérité lui reproche de la trahir lorsque c’est le cas. Tout disciple qui a vu en Nabe un maître en révélation du vrai et qui ne dénonce pas ses faussetés quand il les perçoit, est du côté du mensonge. Comment un prétendu nietzschéen comme Gabriel (@gavriloaleksa1) peut-il ne pas comprendre ça ?

Arrêtez de jouer à l’homme persécuté alors que vous êtes descendu au niveau d’un Jean-Michel Leroy. Au début, je pensais que la comparaison (de Julien Le Belge, si je ne m’abuse) était un peu forte, et il est vrai que les images de pendaisons dépassaient en ignominie presque tout ce qui avait été fait contre Nabe. On notera cependant que Leroy a quand même reconnu son admiration pour L’Homme qui arrêta d’écrire alors que Gouet n’a fait que descendre l’ensemble de l’œuvre nabienne en dénigrant ses ouvrages les plus récents. Je savais bien que Nabe allait vous répondre, je n’ai pas à me substituer à lui et c’eût été inconvenant de la part de quelqu’un qui ne fait pas partie du premier cercle (chose que je savais déjà).

Pirouette classique à la Nabe : comme ça le fait chier de reconnaître simplement qu’il s’est trompé, il dévie en attaquant. La vidéo de Branco ayant été mise en ligne bien après la parution du texte de Despentes et celle de Patience 2, on ne voit même pas ce qu’elle vient foutre ici. Je n’ai jamais prétendu que Despentes ne connaissait pas les positions pro-arabes de Nabe (je n’en sais rien), mais seulement qu’elle n’avait pas pu copier Patience 2 comme Nabe l’a affirmé dans deux vidéos.

On en arrive à un niveau de ratiocinations à peine croyable... Est-ce là vraiment tout ce que vous avez à dire sur le sujet ? Despentes, qui a gagné le prix Renaudot en 2010 aux dépens de Nabe, sait très bien ce qu’elle lui doit et connaît évidemment sa littérature. Nabe a donc la primauté sur le sujet.

Sympa, l’usage du conditionnel et le sarcasme sur le mot « noté » pour évoquer le fait en question sans vraiment l’admettre... Il faut savoir que Nabe prend continuellement des notes orales au magnétophone. Mais qu’il les ait « notées » sur papier ou au magnéto, ou qu’il s’en soit souvenu, peu importe : il a bien repris, non pas une mais plusieurs infos sur Lawrence, ainsi qu’une remarque à moi. Je n’ai pas écrit dans ma lettre que Nabe a une propension au plagiat, mais seulement qu’il était culotté de me traiter de copieur après avoir lui-même fait ça.

Aucune crédibilité et il s’agissait de toute manière d’une information fausse. Des excuses et des corrections auraient été préférables à cet entêtement mesquin, non ?

Encore Vesper ? Je ne savais pas qu’il était docteur ès IA, ni qu’il servait désormais de caution aux opinions de Marc-Édouard Nabe... Au passage, je n’ai jamais été son « employé » et ne suis apparu dans aucun numéro de Playboy (un jour peut-être). Vesper a relayé une fois sur le site du magazine, amicalement, des traductions de poèmes que j’avais déjà publiées sur mon propre site. Il est peut-être utile de préciser ces choses, puisque ça semble être un leitmotiv de cette Feuille, ce Playboy.

Oubliez-vous votre texte paru dans la revue Adieu ? Auf Wiedersehen, Monsieur l’Oublieux ! Et quoi que vous en disiez, cette manière précise d’utiliser l’IA était bien due à Nabe, ne faites pas semblant de l’ignorer.

Comme si j’avais oublié ces moments incroyables dans la galerie ! C’est absurde et Nabe se plaît à le penser uniquement parce qu’il ne peut admettre que je lui tienne tête sur quelques points sans pour autant renier quoi que ce soit. Quant à ce que je lui dois effectivement ou non, Nabe lui-même ne le sait pas précisément. Par exemple, il écrit :

Ne rien faire de ces fameux moments, c’est pire que les oublier, c’est en faire des moments volés !

Je l’avais dit à Nabe lors de notre première rencontre : j’ai vécu dans le Dorset en Angleterre, où je me suis intéressé aux écrivains du comté, dont les Powys ne sont pas des moindres... C’est en septembre 2013, chez un bouquiniste de Bournemouth qui fermait et bradait tout, que je suis tombé sur Wolf Solent, Autobiography et Owen Glendower. J’ai ouvert Wolf Solent à la première page, lu le nom « Poole » (la ville voisine) et acheté sans hésiter les trois volumes. Comme j’avais lu le Régal un an plus tôt, j’avais forcément déjà vu passer le nom de Powys, mais je n’en avais rien fait alors. Je n’avais pas besoin de Nabe pour découvrir John Cowper Powys.

Trop facile. Comme si la lecture de Au régal des vermines n’avait pas été instrumentale dans ce choix puis dans votre future carrière de traducteur...

Ce doit être la meilleure de cette Feuille ! Nabe distingue tout à coup, quand ça l’arrange, ce que fait l’artiste d’un côté et son caractère de l’autre, comme si c’était séparable. Argument spécieux, qu’il dénoncerait chez d’autres, et contre lequel toute son œuvre-vie témoigne. C’est le sale côté de son caractère qui lui fait faire cette vidéo, et c’est à elle que je réponds, donc à son caractère. À aucun moment je ne me « retourne » contre toute son œuvre ; les quelques réserves que j’ai émises sur la Feuille (quelle importance ?) ne servaient qu’à préciser ma réponse et ne viennent pas d’une vexation comme il le sous-entend.

C’est pourtant bien ce que vous avez fait en dénigrant toute la littérature nabienne. Car qui balaie du revers de la main le dernier livre les met tous au panier.

Justement, ça ne lui met aucune puce à l’oreille ? Nabe devant ses fans se comporte comme les complotistes qu’il a pourtant si bien cernés : il pense la réalité par schéma, alors quand un événement inédit se produit (des lecteurs sérieux répondent à ses conneries avec des points précis), il ne comprend pas ce qui se passe parce qu’il l’analyse comme ce qui s’est passé avant.

Ça, c’est vraiment ignoble comme comparaison, surtout de la part de l’auteur de Nietzsche, conspi ? Justement, vous n’êtes pas un lecteur sérieux, vous passez complètement à côté de ce que fait Nabe et vous aviez des réserves dès le départ (on le verra dans la suite de l’analyse).

C’est bien sûr en toute liberté d’esprit et sans la moindre chiasse d’être les prochains à passer à la moulinette nabienne que des fans, d’habitude discrets pour certains, se sont manifestés juste après la vidéo du 27 mai dirigée contre trois boucs émissaires, et encore plus à la parution de la Feuille 75 le 8 juin. Ils sont contents d’apprendre qu’ils se trouvent dans le « premier » ou le « deuxième cercle », sans même se rendre compte que ça les place en Enfer. Il n’y a qu’à voir Sébastien Lamarre se féliciter publiquement (c’est pas se faire mousser, ça ?) d’avoir été cité à nouveau par le grand écrivain français... Quant à moi, je me retrouve soudain projeté au fond du fond, aux côtés de Moix, Laïbi et Blanrue ! Comment ne pas éclater de rire en me voyant parmi ces monstres ? Rien que ça devrait aider tout le monde à se rendre compte qu’un truc cloche. Au fait, les gars, vous savez à quelle surface mène le couloir rocheux qu’on emprunte au fond du dernier cercle ? C’est plutôt là que je me trouve après avoir traversé le reste. Et cet endroit, gros tocards, je ne risque pas de vous y croiser !

De quelle chiasse parle-t-on ? Ce n’est pas par peur que je réponds aux détracteurs de Nabe sur Twitter et maintenant X. Comme je l’ai écrit plus haut, j’ai commencé à poster pour célébrer la création des Éphémérides que je considérais (et considère toujours) comme un miracle littéraire. Si j’étais resté coi, personne ne m’en aurait fait le reproche, car je suis aussi collectionneur de tableaux de Nabe. Au lieu de ricaner bêtement, il serait temps de se remettre en question ! Mais non, vous n’êtes pas au purgatoire mais bien en enfer (sans majuscule...), ce n’est pas avec ce que vous avez écrit que vous pouvez décemment vous déclarer du côté de la Vérité !

Toujours ce cliché... Nabe sait-il à quel âge j’ai commencé à écrire ? De toute façon, c’est simple : quelqu’un qui lit Nabe n’a plus le droit de faire un livre. Elle est belle, la générosité ! Il suffit de présenter la chose à l’envers pour en démontrer l’absurdité : comment imaginer aujourd’hui un jeune écrivain sérieux qui n’ait pas lu Marc-Édouard Nabe ? Et Nabe ne s’est-il pas lui-même « métamorphosé, un beau matin », en écrivain ? Nabe’s Dream, page 14 : « Il semblait tellement clair qu’après Céline, plus personne ne pouvait écrire que, secrètement, je décidai de relever le gant. » Et page 19 : « Je décide d’écrire un livre. Le livre de mes vingt ans. Ça devait se terminer comme ça. Lectures, écritures. » Mais il vous dira que ce n’est pas pareil, comme toutes les sentinelles qui barrent la route (je ne dis pas kafkaïennement la porte) qu’ils ont eux-mêmes suivie.

Voilà, Matthieu Gouet a complètement perdu les pédales. Il croit être au niveau de Nabe, et n’a pas le quart de la moitié du commencement d’un style. Utiliser un texte d’un Auteur qui a ouvert tant de portes comme lui pour lui dénier son destin, c’est d’une bassesse peu croyable.

Mesquines omissions : je n’ai pas seulement traduit des articles pour Nabe’s News, j’en ai aussi rédigé trois : une riposte contre Alexis Lucchesi (mélangée à un texte de Jean-Baptiste Caron) ; un texte contre Pierre Assouline signé « Piotr Assoulinski » et un texte sur le complotisme anti-Shakespearien de Nietzsche.

Des textes d’un style complètement imité sur celui de Nabe, rappelons-le. Et seules les traductions peuvent être comptées au nombre des choses que vous avez faites pour Nabe.

Jadis, Nabe me trouvait pourtant assez bon pour me demander de traduire, outre des textes pour Nabe’s News, un e-mail quil voulait envoyer en anglais, et me téléphonait ensuite pour me remercier de l’avoir « fait sonner encore mieux » dans cette langue. Et c’est moi qui fais du reniement ? Of course, je ne suis pas devenu traducteur grâce ou à cause de Nabe : j’ai fait entre 16 et 19 ans des études de Littérature et Civilisation anglaise, en me démarquant dans les classes de traduction littéraire au point de songer à intégrer l’ESIT à Paris. (Je ne l’ai fait qu’après deux ans de vie en Angleterre, avant d’avorter rapidement ces études parisiennes). Nabe ne peut pas le savoir puisqu’il ne s’intéresse pas à ses lecteurs, alors qu’il veut écrire sur eux en profondeur : il se contente de grapiller quelques infos (le prénom de leur fils...) et de projeter ses visions déformées. Wyndham Lewis est cité quelques fois dans toute l’œuvre de Nabe, qui n’en a jamais rien dit de spécial. Ce n’est pas du tout un auteur « à lui ».

Gouet croit être le seul à avoir été malmené par Nabe mais il est celui qui a réagi de la façon la plus sotte jusqu’à présent. Quand j’ai découvert il y a deux ans l’auteur d’Hitler (Wyndham Lewis), je me suis bien dit que Nabe devait l’avoir étudié, et il l’a récemment démontré dans La Feuille Nabienne. Matthieu Gouet fait partie de cette longue liste des nabiens qui n’apprennent rien des erreurs de leurs prédécesseurs.

« J’étais furax ! Bande de cons ! Ne pas avoir accès à mes textes dans mon tiroir n’était pas une excuse ! Pas un pour penser que ce n’était pas parce que je ne m’exprimais pas publiquement sur ces questions qu’elles ne me travaillaient pas... Toujours cette infirmité métaphysique des fans qui ne vivent avec leur auteur que dans leur propre temporalité à eux, c’est-à-dire celle de leur lecture du jour : ils ne s’éclairent, et surtout ne m’éclairaient, qu’à la lumière de ce que j’ai déjà publié ! »
Marc-Édouard Nabe, Les Porcs 2, Chapitre CCXLV, « Les noises d’“Ambroise” »

Antoine Rosselet, correcteur des trois volumes de la saga Les Porcs, et traité de « petit enculé » dans le paragraphe précédent, n’a pas eu la bêtise d’en tirer ombrage et de se lancer à corps perdu dans la rédaction de lettres ouvertes aussi ridicules les unes que les autres.

La phrase « Apples be ripe », qui est un vers d’une chanson folklorique, est en dialecte du West Country, dans lequel le verbe to be (être) reste à l’infinitif, même conjugué, comme il peut l’être encore aujourd’hui dans le parler Noir américain. Apples be Ripe signifie bien Les Pommes sont mûres, et ce malgré la traduction au subjonctif erroné qu’a faite Patrick Reumaux du vers suivant de la chanson (« And nuts be brown ») pour intituler un recueil d’essais de Llewelyn composé par lui : Que les noix brunissent (Klincksieck, 2017).Drôle d’idée de venir me chercher sur ce terrain, alors que Nabe (il le reconnaîtra volontiers lui-même) est incapable d’aligner deux phrases en anglais et se débrouille avec quelques mots. Il est loin de pouvoir lire cette langue, et encore plus loin de pouvoir m’en apprendre le subjonctif.

J’ai déjà traité ce paragraphe plus haut. J’ajouterai simplement que Nabe, en tant qu’écrivain véritable, comprend bien mieux l’anglais que vous. Il s’agit de sentir une musique, pas de pontifier bêtement sur la grammaire dont les grands auteurs s’affranchissent d’ailleurs toujours quelques fois.

Ma traduction de Black Bryony n’est pas sortie. Nabe y a eu accès grâce aux envois de PDFs (restés sans réponse) que je lui ai faits il y a un an et demi, car on avait évoqué la possibilité qu’il réalise une préface ou un dessin de couverture. Nabe ne sait pas que depuis ces envois, le titre a été modifié en Le Raisin du diable et les dialogues retraduits. Aussi mauvais botaniste qu’angliciste, il me cherche des poux en distinguant la bryone noire et la bryone blanche, ignorant qu’en français ces deux termes désignent une seule et même plante (Bryonia alba). Il ne sait pas non plus que l’anglais black bryony désigne en réalité le tamier commun (Dioscorea communis) et non la bryone. Un des surnoms du tamier commun est le « raisin du diable », tandis qu’on appelle la bryone, noire ou blanche, « navet du diable ». Pour me rendre compte de tout ça, il m’a fallu procéder à des vérifications scrupuleuses, ce qu’un traducteur « têtu » ne ferait pas. Et en aucun cas il ne faut appeler le roman Bryone noire, comme Nabe le voudrait. Il n’y a qu’un APBMS (@apbmsud) pour voir dans ses bévues une « leçon de traduction ».

Je n’ai rien à dire sur le passage qui m’attaque directement. Si vous insistez, Nabe vous a donné une leçon de traduction littéraire car vous êtes incapable de dépasser une vision étriquée de grammairien pédant, incapable de sentir ce qu’il faut transmettre dans une traduction (la musique avant tout !). On notera en passant que Le Raisin du diable, c’est assez mauvais comme traduction. Par exemple, traduire le livre d’Isaac Singer Satan in Goray (traduction très proche du titre originel yiddish) par La Corne du bélier comme cela a été fait en français, c’est ridicule car le mot le plus fort (Satan) devient bien trop faible. De la même manière, faire apparaître le diable dans le titre français, c’est commettre l’erreur inverse, et il fallait évidemment traduire le titre par Vigne noire (ou La Vigne noire si l’on veut, mais la présence de l’article me semble mauvaise), ce qui garde le côté légèrement inquiétant des livres de T. F. Powys (comme Mr Weston’s Good Wine, que j’ai lu en anglais il y a quatre ou cinq ans ; Vigne noire serait d’ailleurs un bon pendant au titre anglais de son roman le plus connu) sans pousser le lecteur dans un contre-sens involontaire.

« Nabe y a eu accès grâce aux envois de PDFs (restés sans réponse) [...] » Toujours cette impatience à la Montès ! Ces messieurs se croient si importants que tout le calendrier littéraire nabien devrait être chamboulé pour ménager la susceptibilité de ces petits messieurs ! Hé, les mecs, redescendez sur Terre !... D’ailleurs, que penser de l’envoi d’une traduction à l’état de brouillon d’un texte littéraire ? Il n’y a vraiment pas de quoi en faire tout un plat (de champignons difficilement comestibles) !

Quitte à jouer au plus érudit, il m’est facile d’attaquer la dernière traduction que vous avez faite pour Nabe’s News. La première phrase suffira.

Il fallait traduire le « somewhat » (je parle du texte extrait des “Post-modern masculinities”) par « plus ou moins » car c’est un texte profondément méprisant envers Nabe. C’était une erreur de traduire dans un sens plus favorable à Nabe, probablement dans une intention flatteuse mais qui se retourne contre l’auteur de la traduction.

J’ai dit dans ma lettre que je parlais de textes plus récents. Ensuite, à l’époque de la galerie Sauton (fin 2015), je n’avais lu que cinq livres de Nabe (Au Régal des Vermines, Lucette, Patience 1 et 2 et Le Bonheur, fini sur place) et des textes sur alainzannini.com. J’étais donc loin d’avoir creusé en profondeur la question nabienne, tant sur le plan stylistique que sur celui de la personnalité dont j’ai vu se déployer de multiples aspects (comme on peut le faire en visionnant les Éclats) durant ces heures de fougueuse fréquentation. Même si j’avais déjà un regard un peu critique, certes hésitant, sur ce que je connaissais, quel intérêt ça aurait eu, et quelle attitude ça aurait montré, d’entrer à 21 ans dans la galerie en disant : « Vous êtes le seul écrivain vivant qui me passionne, mais tel paragraphe ne veut rien dire... » ? Nous aurions tous, et Nabe le premier, trouvé fat et ridicule qu’un jeune homme fasse ça. J’avais suffisamment conscience d’avoir encore beaucoup à entendre, à voir et à vivre, dans la galerie comme entre les pages des livres, avant de pouvoir justifier (même à mes propres yeux) la moindre réserve. C’est complètement sain et normal comme attitude.

« Même si j’avais déjà un regard un peu critique, certes hésitant [...] » Là, Matthieu Gouet finit de tomber le masque. Il n’a jamais aimé ni compris la littérature de Marc-Édouard Nabe, et il a finalement des réserves sur tout, étant incapable d’avoir la force d’admirer vraiment un seul livre, même les plus parfaits comme L’Enculé ou L’Âge du Christ ou encore Je suis mort (pour ne pas parler des livres plus récents qui doivent faire horreur à Matthieu Gouet, l’homme qui trouve les « positions » de Nabe « consternantes »).

On voit donc que ce sont les textes les plus récents qui « débectent » Matthieu Gouet, il ne nie même pas l’expression ! Au moins, ça a le mérite de l’honnêteté pour une fois. « Fougueuse fréquentation » qu’on pourrait appeler plus précisément « entreprise d’accaparement tous azimuts ». Je vous mets d’ailleurs au défi de trouver un paragraphe « qui ne veut rien dire » dans la prose nabienne...

Que dire de la crédibilité de l’auteur de La Feuille Nabienne qui a révisé ses jugements sur Gouet pour le châtier après que celui-ci s’est manifesté ?

C’est normal, vous avez enfin montré votre vrai visage : celui d’un traître qui n’a jamais aimé Nabe et s’en est toujours servi comme simple marchepied pour sa petite carrière de traducteur et de romancier en culottes courtes.

Ma lettre l’explique déjà, j’ai toujours considéré (comme d’autres) qu’il est plus important, par soutien, de taire mes critiques ; si j’ai fait une entorse dans ma lettre, c’était pour clarifier que je ne me « régalais » pas en silence comme le prétendait Nabe.

Quoi de surprenant ici ? Vous n’aviez que des critiques à formuler !

« Au fond, Gouet (et là je le distingue de Montes) ne m’aime pas et choisit dans ce que je fais ce qui arrange son petit goût de sous-romancier anglais frustré. »
Marc-Édouard Nabe

Curieux, ce champ lexical qui traverse le texte : « affection sincère » ; « les deux frères que j’adore » ; « ne m’aime pas »... C’est donc ça qui ronge Nabe ? Entretenir avec ses fans une relation d’amour mutuel ?

Qu’y a-t-il de curieux ici ? Que Gouet prenne la peine de méditer sur le titre de l’article déjà cité de Nabe’s News : « ARRÊTEZ DE LIRE NABE SI VOUS NE L’AIMEZ PAS NI LE COMPRENEZ (C’EST PAREIL). »

Mon goût n’est pas la question ici ; j’ai dit qu’il s’agit simplement de lire Nabe vraiment, comme Nabe lit lui-même les écrivains qu’il aime, c’est-à-dire sans admiration de principe mais avec discernement. Il pointe du doigt les faiblesses de Borges, de Nietzsche, de Joyce, et il croit qu’il en est dépourvu ? Ne voit-il pas que « discriminer » (comme dirait Powys) dans son œuvre, c’est la plus grande preuve d’« amour » qu’on puisse lui montrer, tandis que lui lécher toujours servilement le cul en faisant comme si tout ce qui en sort était génial n’est au contraire qu’un faux amour, un amour néfaste de fan médiocre à bannir loin de soi ?

Eh bien si, c’est bien votre mauvais goût qui est la cause de votre chute ! Quand on a eu la chance d’apprendre de Nabe directement, le bon goût voudrait qu’on l’en remerciât en monnaie sonnante et trébuchante, c’est-à-dire, en prenant de son temps pour l’aider à réaliser de nouvelles œuvres littéraires. On s’en fout de votre mauvais goût littéraire ! C’est bien gentil les auteurs anglais mais il y a tout de même presque toujours un côté balai dans le cul qui rend pas mal de leurs livres assez artificiels. Il ne s’agit pas de « discriminer » mais de rendre grâce ! Le problème, c’est qu’en rejetant les livres les plus récents, on « discrimine » toute l’œuvre...

À ce propos, il faudrait tâcher d’être coherent : soit je n’ai jamais aimé Nabe, soit je le renie... C’est l’un ou l’autre ! (Ce n’est ni l’un ni l’autre.)

Ne vous lancez pas dans le paradoxe ou l’aphorisme, vous n’êtes pas au niveau. L’affaire est pourtant simple à comprendre : vous n’avez jamais aimé Nabe, vous avez prétendu le soutenir (du bout des lèvres) pendant quelque temps jusqu’à ce que votre petit ego n’en puisse plus et éclate en imprécations, révélant ainsi que vous n’étiez qu’un traître. Ça va, c’est pas trop dur à suivre ?

« Voilà ce qu’est devenu Matthieu Gouet : une vieille petite ordure pincée qui balance les copains (Carton), qui croit lever des lièvres (Claudine Duvivier)... »
Marc-Édouard Nabe

Évoquer ce que tout le monde voyait déjà, ce n’est ni balancer, ni lever des lièvres. Et puis c’est un peu fort : Nabe lui-même balance souvent les noms et photos d’inconnus ou d’anonymes qui le font chier, et une œuvre comme Les Porcs est remplie de dévoilements, ce qui ne me dérange pas d’ailleurs ; alors que moi, je n’ai pas fait le quart de ça, et ça le dérange !

Mon père, athée psycho-rigide et anarchiste en chaise longue (armchair anarchist sonne tout de même mieux ! Ah, l’anglais, quelle langue amusante et facile pour la satire !), ne voulait pas que ma sœur et moi-même soyons déçus d’apprendre un jour que le Père Noël n’existait pas, et je n’y ai ainsi jamais cru. Par contre, je croyais à l’existence de Claudine Duvivier ! Mais arrêtez de vous comparer à Nabe, vous n’avez pas écrit Les Porcs et Nabe n’a jamais attaqué vos travaux littéraires jusqu’à votre trahison. Vous n’avez peut-être pas fait le quart du mal d’autres anti-Nabe, mais question littérature, vous n’en avez pas fait le soixante-cinq mille cinq cent trente-sixième de ce qu’a fait Nabe ! Donc ce quart, c’est déjà seize mille trois cent quatre-vingt-quatre fois trop !...

Ça ne marche pas : je n’ai rien renié de ma jeunesse (c’est mal me connaître), n’ai pratiqué aucune délation dans ma lettre, et ce que j’ai fait et dit ne justifie pas ces autres torts qu’il m’attribue. Tout est faux ! Et j’enseignerai à mon fils à mépriser ceux qui malmènent la vérité, même quand ils sont le meilleur écrivain vivant.

Vu que vous étiez traître depuis le premier jour, on peut en effet dire que vous n’avez pas changé malgré le contact avec Nabe. Nouveau sophisme de votre part, et on attend toujours que vous établissiez clairement quelle vérité a pu être « malmenée » par Nabe...

Faux-cul ! Au moment où je raccrochais mon téléphone (en tremblant effectivement) après avoir dit à ma copine qui était sortie dans le onzième avec des amies d’aller s’abriter, Nabe envoyait « égoïstement » un texto à son fils pour lui demander où il était, lui aussi... Ensuite, c’est plus facile d’être goguenard toute la soirée quand on a 60 piges et qu’on sait qu’aucun proche n’est dans la zone attaquée, que lorsqu’on en a 22 et qu’on est séparé de sa petite amie étrangère larguée dans Paris et pas foutue d’expliquer exactement où elle se trouve... Nabe, lui, pleurait littéralement, à 27 ans, parce qu’il n’aimait pas son gîte en Toscane (Tohu-Bohu, page 965).

Affligeant de bêtise mégalo de chercheur de petite bête qui finira par le bouffer... Envoyer un texto à son fils équivaut-il à trembler comme une fiotte comme vous l’avez fait ? Et si vous vous demandez ce que je faisais ce soir-là, eh bien, je dormais et je n’avais aucune idée de ce qui se passait à Paris, vivant déjà en exil et sans connexion internet chez moi (voilà une chose dont vous seriez bien incapable !). Le lendemain, en apprenant la nouvelle, je me forçais à envoyer un texto à mon ex-copine (une connasse qui m’avait largué quelques mois plus tôt quand j’étais parti au Japon sous prétexte qu’elle avait vu que « [je] l’aimais »... Pouah ! Quelle sale histoire...), pensant que ça se faisait (n’ayant aucune idée de la manière dont les hommes vivent en société, il me faut bien improviser). Elle me répondit assez rapidement, ce qui me fit regretter mon geste inutile. Bref, j’ai une émotion tous les trois ans, et si ma sœur s’était fait tuer (c’est bien son genre d’aller en terrasse dans ces arrondissements pourris de Paris... Le 11ème...), je n’aurais sûrement pas été pris de tremblements incontrôlables.

Toujours un ramasse-miettes, ce pauvre Matthieu Gouet. C’est tout ce que vous trouvez à dire sur le Journal Intime ? Et toujours cette folle manie de la comparaison... Montrez-nous donc votre journal intime, qu’on sache toutes les saloperies que vous faites dans une sainte journée ! Ces pleurs ne sont d’ailleurs pas une preuve de manque de courage physique et l’exemple est très mal choisi en plus d’être infiniment malintentionné.

Quant à la « preuve d’amour », c’est exactement comme ça que deux jours après les attentats, quand nous repassions à la galerie, Nabe présentait la chose en anglais laborieux à ma future femme, qui ne comprenait rien et n’avait rien demandé : « He was very worried for you... You are very loved... » C’était inutile, mais touchant ; beaucoup plus que de voir aujourd’hui Nabe dire l’exact inverse juste parce qu’il me prend pour un « sale mec ».

Même les beaux gestes de Nabe, Matthieu Gouet les voit d’un œil méprisant ! Avec l’air de dire que Monsieur sait s’y prendre avec les femmes et qu’il n’avait pas besoin de l’assistance de Nabe et de son « anglais laborieux »...

Comment croire qu’en 2015, au moment où la question terroriste était la plus « chaude » dans l’air, je pouvais fréquenter le groupe de la galerie de Nabe et aider à promouvoir Patience 2 tout en étant débecté par la vision politique de Nabe sur ce sujet ? Il ne lui vient pas à l’esprit qu’on peut s’intéresser à sa pensée antimorale sur les attentats, car elle éclaircit des aspects de la question occultés dans le discours ambiant (justice, raisons politiques, véracité chronologique des faits) et en même temps stresser lorsqu’un attentat a lieu près d’un proche... Et que justement, être capable de suivre les raisonnements de Nabe dans ce domaine malgré la crainte qu’on peut avoir d’un attentat, ça montre, non pas un égoïsme de fond, mais une capacité de désintéressement. Qu’un Marc-Édouard Nabe ne comprenne pas ça est incompréhensible.

Vous n’en pensiez pas moins ! Ou alors, ayez le courage de faire la liste des « opinions les plus consternantes » que vous désapprouvez ! La lettre se termine par un plagiat (au titre plagié sur les détournements nabiens) de Nabe’s News avec diverses captures d’écran dont le titre est le suivant : « Bonus : Foireux pour une autre Feuille ».

Foireux ? C’est ton style qui est foireux, Gouet ! (J’ai bien tutoyé David Vesper — avec son assentiment, bien sûr ; je déteste toute familiarité — quand je l’ai rencontré à la galerie Gaza en 2024, un vulgaire Matthieu Gouet ne devrait pas se formaliser de cette non-familiarité mais simple facilité d’écriture). Sépulcre grisâtre d’un type pas clair, mi-fan mi-espion qui déteste Nabe et a sa petite conscience pour soi. Un style mi-figue mi-raisin d’un petit mec qui se chie dessus mais dit des dégueulasseries encore plus ignobles dans un style plat à crever d’ennui. Hé, Gouet ! Montre-nous tes vrais mots, qu’on rigole ! Tu crèves de dépit, t’essayes d’être au-dessus du panier mais tu n’es qu’un chien tremblotant au fond d’une niche de mauvais sentiments et de haines recuites. Toute une cuisine pas très recommandable qui se cache derrière ces attitudes hautaines. Faux vampire, t’es « né dette » et la dette, tu la dois bien à Marc-Édouard Nabe ! C’est bien lui qui t’a mis le pied à l’étrier comme traducteur (ces fumées vagues du projet de traduire un long ouvrage seraient restées longtemps à l’état gazeux autrement), non ? — Nabe, catalyseur à la condensation solide ! — Et pour quels livres ? Que des références nabiennes ! On s’en fout que tu aies eu besoin d'aller vivre dans la patrie des Powys pour te décider à les lire, même si tu n’avais pas lu Au Régal des vermines avant, tu serais toujours un dépossédeur non repenti (Le Dépossédeur malgré lui). Il suffit de voir la première version de ton site personnel : Chesterton, John Keats, Llewelyn Powys, William Shakespeare, Robert Louis Stevenson, Thomas Wolfe, Yeats.

1. Ultra-nabiens : Chesterton, Llewelyn Powys (mais bien sûr on choisit le frère le plus méconnu pour se distancer), Shakespeare, Stevenson, Wolfe. 2. Non-nabiens a priori : Keats & Yeats seulement, et encore, Nabe a bien dû étudier un peu Yeats vu sa connexion avec Joyce.

Aucune crédibilité, ces textes sont honteux et ne te grandissent pas, loin de là ! J’y pressens d’ailleurs une influence féminine... Le travail de sape de « Summer » aurait-il terni l’éclat du soleil noir qu’est Marc-Édouard Nabe ? L’exemple de jalousie cité en première page me conforte dans cette conjecture. Quelle erreur ! Il aurait fallu lire Nabe de plus près pour éviter de faire naufrage sur un tel écueil. Pour finir ce texte, quoi de mieux que la retranscription d’une discussion animée (issue d’un Éclat de Nabe qu’on peut encore voir dans la vidéo Porcs in progress) entre Thomas Codaccioni, Antoine Rosselet et Marc-Édouard Nabe ? Si seulement Matthieu Gouet avait le courage de « Thommy » et d’Antoine, il ne se serait pas retrouvé dans une position si grotesque.

Thomas : Qu’est-ce que ça change ?
Nabe : Ne le laisse pas seul. Aide-le, un peu de pitié M. Rosselet... Tu es plus proche du catholicisme.
Thomas : Qu’est-ce que ça change, Antoine Rosselet ?
Antoine : Super [inaudible].
Thomas : Qu’est-ce que ça change ? Et me sors pas l’argument du nabisme machin le mec qui tache les gens comme ça avec sa puissance divine...
Nabe : Mais tu disais ça cet après-midi ! T’as dit que ça ! Tu applaudissais à ça.
Thomas : Parce que c’est littéraire et que c’est drôle.
Nabe : Tu le disais !
Thomas : Parce que c’est littéraire et que c’est drôle.
Nabe : Mais tu le disais encore il y a quelques heures !
Thomas : Parce que oui !
Nabe : Alors tu as changé d’avis ?
Antoine : C’est pas de la gêne de parler. Je suis d’accord non pas avec Marc-Édouard sur les analyses qu’il fait de la situation mais sur l’existence de ces analyses. Ça c’est un fait attesté. À la galerie de toutes façons c’est foutu effectivement que ce sera entaché, mais dis pas que t’en as rien à foutre la preuve c’est l’état dans lequel tu te mets. Bien sûr que ça te travaille.
Thomas : Parce que vous me provoquez.
Antoine : Mais évidemment qu’on te provoque.
Thomas : Vous vous foutez de ma gueule parce que j’ai fait un acte manqué innommable ça oui.
Antoine : Pas du tout... Au contraire c’est très bien.
Thomas : Voilà, après...
Nabe : Non c’est innommable. Dis pas que c’est très bien c’est dégueulasse.
Thomas : C’est dégueulasse. Je crois bien le dire.
Nabe : Et ça veut dire beaucoup de choses de lui.
Thomas : Voilà vous ferez mon analyse catholique mystique symbolique acte manqué...
Nabe : Juste avant que tu ne reçoives le message, tu étais prêt à dire le contraire ! Tu as dit que j’avais raison et tu as dit : « Ce n’est pas ma vie et j’ai fait un acte ignoble. » Et si elle te répond ça, tu te retournes comme ça. Tu es d’une versatilité — mais monstrueuse !
Thomas : Pas parce qu’elle me répond comme ça...
Nabe : C’est uniquement à cause de ça !
Thomas : Non.
Nabe : C’est uniquement à cause de ça ! Tu renies toute la conversation qu’on a eue...
Thomas : Je renie rien !
Antoine : Il renie pas. Il était pas forcément d’accord ce matin non plus.
Thomas : Déjà ! Premièrement ! Et deuxièmement...
Nabe : Mais pas à ce point-là quand même !...
Thomas : Je renie pas...
Antoine : Il illustre son désaccord on va dire.
Thomas : Je renie pas. Je ne peux pas m’opposer au fait que vous prenez plaisir à entacher tout ce qui bouge dans cette galerie.
Nabe : On n’a jamais dit ça.
Thomas : Si !
Nabe : On a dit ça ce matin ?
Thomas : Bien sûr que si. C’est ce que vous disiez ?
Nabe : Maintenant Monsieur se voit pousser des couilles !... Monsieur se révolte !... Monsieur fait le mutin !...