Herbert von Karajan

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Herbert von Karajan (et son épouse Éliette) à Saint-Tropez

Herbert von Karajan est un chef d’orchestre né le 5 avril 1908 à Salzbourg et mort le 16 juillet 1989 à Anif.

Liens avec Marc-Édouard Nabe

Marc-Édouard Nabe a découvert Herbert von Karajan dans son adolescence, lors du Grand Échiquier, la célèbre émission en direct de Jacques Chancel qui recevait en 1978 le chef et son orchestre, en toute liberté de parole et de mouvements. Très impressionné par la personnalité du musicien, mais aussi par la cohésion de masse orchestrale que celui-ci arrivait à maintenir en dirigeant tous les éléments de son orchestre de son pupitre sans partition, Nabe ne cessera de s’intéresser au « mystère Karajan » qui fait qu’on reconnaît sa « patte » immédiatement à l’écoute de n’importe quelle œuvre qu’il dirige : Beethoven, Mozart, Wagner, mais aussi Stravinsky, Debussy ou Ravel (pour Nabe, la meilleure interprétation du Bolero est de Karajan).

C’est plus tard que l’écrivain découvrira une accointance, sinon ethnique, en tout cas originelle : en effet, Karajan et Nabe sont d’origines greco-turques tous deux, et ça se voit à leur nom : celui du chef d’orchestre (Karajan, le von rajouté étant germanique) et celui de la grand-mère de Nabe (Karavassili)... En effet, « kara » veut dire « noir » en turc, et ce préfixe est suivi d’un prénom (Jean, c’est-à-dire Yannis, pour Karajan ; et Basile, c’est-à-dire Vassili, pour Karavassili). Ainsi, les ascendances à la fois grecques et turques se retrouvent lisibles dans leurs patronymes mêmes : Karajanis (« Jean noir ») devenu Karajan et Karavassili (« Basile noir »).

Nabe retrouvera Karajan dans les films que Henri-Georges Clouzot, après celui qu’il a fait de Picasso, lui a consacré : on y voit, filmé par un grand cinéaste, un chef d’orchestre en pleine action : Mozart : Concerto pour violon No. 5 (1966) ; Beethoven : Symphonie n°5 (1966) ; Dvorak : Symphonie No. 9 “Du Nouveau Monde” (1967) ; Giuseppe Verdi : Requiem (1967)...

Friand de toute anecdote concernant le musicien, Nabe sera attentif à ce que l’avocat Thierry Lévy a raconté un soir dans l’émission de Marc-Olivier Fogiel, On ne peut pas plaire à tout le monde (2004), au sujet de Dieudonné qui s’était vu refusé l’Olympia pour y jouer son one-man-show :

« Sur le plateau, l’avocat Thierry Lévy, lui aussi, était contre l’annulation du fameux spectacle. Très intelligent, Lévy disait que les adversaires de Dieudonné auraient dû faire comme ceux d’Herbert von Karajan lorsqu’il s’était produit à New York après la guerre : acheter la totalité des billets et ne pas venir. Devant une salle entièrement vide, Karajan avait quand même conduit son orchestre... La classe des deux côtés ![1] »

Enfin, Douglas Sirk, un des cinéastes préférés de Nabe, dans un de ses mélos, Les Amants de Salzbourg (1957), a cherché à se moquer de Karajan en mettant en scène une sorte de clone du chef d’orchestre, odieux, vantard, manipulateur de deux femmes, ce qui n’a pas plus nui à la filmographie majestueuse du cinéaste qu’à la réputation déjà controversée de Karajan à qui personne n’a pardonné son engagement dans le parti nazi en 1936 dans le but de continuer sa carrière musicale. Malgré sa fâcherie avec le Führer, Karajan sera toujours suspecté d’accointances nationales-socialistes, bien que sa renommée mondiale ne fit que croître, aussi bien par les concerts donnés un peu partout à la tête de l’orchestre philharmonique de Berlin (dont il devint chef à vie en 1954) que par les multiples enregistrements historiques dont il a enrichi la marque de disques Deutsche Grammophon.

Citations

Nabe sur Karajan

  • « Jeudi 20 juillet 1989. — [...] Karajan vient de casser sa baguette. Le Kaiser du Philharmonique de Berlin avait 80 ans... Dernièrement, il dirigeait assis : c’est tout. Un lion assis ou couché est toujours un lion. Si nous n’étions pas partis pour Istanbul l’an dernier, à un jour près nous aurions pu le voir à Paris diriger La Nuit transfigurée de Schoenberg. Je le regrette. C’est un monstre que j’aurais bien aimé voir en vrai avec sa coiffure de fou. Son célèbre épi comme en acier qui lui partait de la tête ! Toute sa musique était dans ses cheveux en pétard, avec l’âge ses mèches étaient devenues grises, puis blanches, puis bleues, presque métallisées. Certains croyaient Karajan inclassable : c’est incoiffable qu’il était comme musicien ! Et quel charme ! Il existe beaucoup de films heureusement. Plusieurs par Clouzot que je n’ai pas vus (comment faire ?) : après Picasso, Henri-Georges a dû se régaler à mettre en scène le génial conducteur inflexible. Choc de tyrans !...
Karajan était haï : petit, autoritaire, arrogant, froid, nazi dès 1933, fou de belles femmes, de belles voitures, de beaux bateaux, de beaux avions, tout beau, trop beau... Alors que, bien sûr, c’était avant tout un perfectionniste de la mise en place des blocs de son qu’il sculptait, et sans frimer : sa gestique (on dit “gestique” pour un chef d’orchestre) était d’une effrayante subtilité : Karajan était un lyrique de la sobriété. Les musiciens étaient suspendus au bout de sa petite baguette pas virevoltante du tout. J’apprends aujourd’hui qu’il leur disait : “Imaginez qu’il y a une goutte d’eau qui sort en permanence de ma baguette et ne jouez que lorsque vous la "voyez" tomber.” Après ça, “Herbert” pouvait se payer trois femmes splendides, des Porche et des Ferrari à foison, répondre à des invitations en France occupée pour diriger l’orchestre de Radio Paris, ça n’a pas beaucoup d’importance... L’art de l’interprétation est si inframince que celui qui parvient à y installer, dans les interstices de la composition d’un autre (et quel autre : Mozart, Beethoven, Bach, Strauss, etc. !), son propre style reconnaissable immédiatement est un maître pour toujours. Si Karajan traitait les musiciens comme des instruments, c’est que dans un orchestre, les musiciens doivent n’être que des instruments : l’être fait d’âme et de chair, c’est le chef ! D’ailleurs, il ne faisait jamais filmer les visages (trop laids) des musiciens mais avec plaisir le pavillon d’un trombone ou l’intérieur d’une cymbale ! Détesté bien sûr par eux, Karajan leur disait pour attaquer la Cinquième Symphonie de Beethoven (“pom, pom, pom, pom”...) : “Mettez dans ces quatre premières notes toute votre agressivité accumulée contre moi depuis des années !” Ça doit être drôlement bon d’aller au paradis en ayant toujours eu raison toute sa vie... » (Kamikaze, 2000, pp. 3351-3352)

Intégration littéraire

Notes et références

  1. Marc-Édouard Nabe, Les Porcs tome 1, anti-édité, 2017, p. 159.