Steve Lacy

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Steve Lacy

Steven Norman Lackritz, dit Steve Lacy, est un saxophoniste et un compositeur de jazz né le 23 juillet 1934 à New York et mort le 4 juin 2004 à Boston.

Liens avec Marc-Édouard Nabe

Dans les années 1970, Nabe et Zanini ont été parmi les premiers à être assidus aux concerts de free-jazz de Steve Lacy, maître du saxo soprano, résidant à Paris pour plusieurs décennies et se produisant avec son groupe. Avec Anthony Braxton et l’Art Ensemble of Chicago, Steve Lacy sera une des idoles de jeunesse du futur auteur de Zigzags. Le musicien américain, monkien et ellingtonien, ayant trouvé sa propre voie de compositeur raffiné et complexe, sera d’une inspiration déterminante pour le futur écrivain. Remarquable revisiteur des plus difficiles compositions de Monk (Skippy, Reflections, Who knows ?, Eronel ou Shuffle boil...), Lacy en laissera de nombreuses, très personnelles et originales : Stamps, Esteem, Lapis, The Gap, La Motte-Piquet, The Rent...

Une complicité entre les trois hommes (Zanini-Nabe-Lacy) naîtra et s’enrichira au fil des années jusqu’au moment où Lacy décidera de retourner en Amérique après 42 ans d’exil. Il organisera d’ailleurs un « pot de départ » dans un loft du 12e arrondissement le 18 juin 2002 en conviant les Zannini. À cette occasion, Marcel jouera en solo à la clarinette un thème d’Ellington que très peu de gens (à part Steve Lacy et Nabe) connaissent : Looking Glass. Ni Nabe ni Zanini ne reverront le saxophoniste mort deux ans après son retour fatal aux USA.

À noter : grand admirateur de Duke Ellington, donc, Steve Lacy aura été le dernier « employeur » de Sam Woodyard, l’engageant pour son disque The Door (1989), où il donnera son interprétation d’un morceau de Billy Strayhorn et Duke Ellington intitulé Virgin jungle. Il est autant surprenant que touchant de constater que le dernier enregistrement, en juillet 1988, de Sam Woodyard fut accompli, après quarante ans de jeu dans un contexte disons « middle-jazz », à l’intérieur d’une formation « free-jazz », et avec un musicien proche de son guitariste « Green » (Nabe), ce qu’il ignorait sans doute.

Citations

Nabe sur Lacy

  • « L’histoire du soprano commence et finit avec Steve Lacy : c’est à lui qu’on la doit, lui seul, sans personne, blanc comme un linge, en bavant, en cristal... Quinze ans que j’écoute Steve Lacy. C’est le premier jazzman que j’ai vu en concert à Paris. J’en ai suivi ensuite des prestations lacyennes, par dizaines : dans les théâtres, les cafés-théâtres, les maisons de jeunes, les maisons de vieux, les festivals, les petits musées... Partout tout seul, avec son groupe, en duo, cent visions !... Quoi qu’il fasse, je tombe à la renverse par sa sonorité. Unique entre mille ! Il ne faut jamais mourir dans la vie avant d’avoir entendu une note soufflée dans ce canal d’or ingrat par le plus fantastique timbre de grésil suave du monde ! C’est à ranger de toute urgence près du son de Miles et la voix de Billie. Voilà trois bruits dont l’existence ne peut plus se passer. J’adore la sonorité de Ben Webster, celle de Lee Konitz me ravit, et celle d’Hank Mobley vient vous chercher les larmes mais pas un n’arrive à la cheville des sauts à la perche de Billie Holiday, du flou des nageoires de Miles Davis ou de la bave de friture de Steve Lacy. » (« Le soprano suprême », Zigzags, 1986, p. 78)
  • « Lundi 24 février 1986. — [...] Au Sunset, le soir, nous allons, Hélène, Papa et moi voir Steve Lacy joue Thelonious Monk; J’ai été un amateur assidu de Steve Lacy, comme je le révèle dans les Zigzags ; je ne le suis maintenant que dans ses extras (avec Lee Konitz par exemple), et toujours pour ses compositions et sa sonorité : ce que je ne supporte plus c’est son altiste finalement : l’imposteur Steve Potts... Hélas ce soir c’est l’escroquerie que j’aurais dû prévoir : Lacy ne joue pas que Monk avec une simple rythmique comme c’était annoncé, mais tous ses morceaux habituels plus quelques monkeries et avec Steve Potts ! “Fuck Monk !” dira élégamment ce dernier avant de commencer... Un set passe, assez dur : des thèmes lancinants (lacynants) et envoûtants très personnels dont même Hélène parvient à saisir le charme agressif. La rythmique (Johnson-Avenel) tourne correctement et ce serait très bon sans Potts qui casse tout avec ses solos “free” sans swing. Cela culminera en un insoutenable solo débile sur l’Evidence monkienne qui enfin clôt cette première partie. Dommage, parce que Lacy passe toujours bien les accords, lui swingue et son son est splendide, mais la tournure que prennent ses thèmes au moment où son pote sévit sur son pottsien alto finit de détruire cette musique déjà bien branlante. Quand ils reprendront en jouant Well You Need’nt et Epistophy avec, de surcroît, un baryton bœuffeur horriblement sautillant, grognant pompièrement de gros canards déplumés, ce sera trop ! Il faut fuir ces massacreurs de Monk ! Déjà que le soprano est un instrument crispant, quand il est en plus couvert par un baryton (il n’y a pas plus gras et désagréable) et un alto (je ne suis pas très dingue de l’alto en général et encore moins de la très laide sonorité de Potts en particulier), on ne remarque alors que trop l’absence d’un ténor !
Toutes ces réflexions n’ont pas l’air de travailler un auditeur qui visiblement est venu au Sunset pour vérifier ce que je disais de Steve Lacy puisque nous remarquons sous son bras mes Zigzags ! Un lecteur enfin ! Et consciencieux !
Je vais offrir un autre exemplaire du livre à Steve Lacy qui aime beaucoup le titre. Il me dit avec son fort accent : “Moi aussi j’ai écrit une composition qui s’appelle Zigzag. Jamais aller droit, toujours par zigzags.” Il me demande de lui dédicacer le bouquin et de lui laisser mon adresse. J’écris : Pour Steve Lacy, ces zigzags dans l’aigu de mon soprano à l’encre. Que la roue tourne ! Si on m’avait dit ça en 71-72-73, au temps où le petit garçon Alain Zannini allait s’abîmer d’extase aux pépiements planants de Mister Lackritz ! Rien n’a changé pour lui. J’avoue que moi ce retour à ma petite adolescence par free-jazz interposé m’a un peu déprimé. Mes oreilles et mon cœur ont tant évolué ! » (Tohu-Bohu, 1993, pp. 1479-1480)
  • « Mardi 28 avril 1987. — [...] J’ai quand même eu le temps de discuter avec Steve Lacy, invité lui aussi en souvenir de Brion Gysin le permutateur pote du cut-upiste Burroughs (encore des super-génies dachyques d’avant-garde !). Steve est charmant : nous parlons de Monk et surtout de Sam sur lequel il ne tarit pas d’éloges, s’inquiétant de tout ce qui concerne ce “génie musical”. Il me remercie également pour le Zigzag que je lui ai consacré, bien que son français ne lui ait pas permis de saisir tout le mien, mais comme je lui dis que je ne suis pas sûr de comprendre moi-même le français que j’écris, Steve Lacy rit. » (Inch’Allah, 1996, p. 2105)

Intégration littéraire

Notes et références