Marcel Duchamp

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Marcel Duchamp

Marcel Duchamp est un artiste français né le 28 juillet 1887 à Blainville-Crevon et mort le 2 octobre 1968 à Neuilly-sur-Seine.

Liens avec Marc-Édouard Nabe

Marcel Duchamp entre dans la littérature de Marc-Édouard Nabe dès son second livre, Zigzags, publié par Bernard Barrault en 1986 (Chapitre XXXVII « Noises douces à Marcel Duchamp »), où il exprime déjà sa désapprobation envers les disciples et suiveurs du grand Marcel. Dans L’Homme qui arrêta d’écrire, anti-édité en 2010, Marc-Édouard Nabe imagine une première scène au Palais de Tokyo, autour de l’art contemporain, où un hommage à Marcel Duchamp est rendu par Nicolas Bourriaut, qui consterne le narrateur :

« Ça me fout pourtant la rage d’entendre de telles conneries. Quelle incompréhension. Duchamp a voulu sortir de la peinture mais pas créer un anti-art, il récusait cette appellation. Pour lui, l’anti-art était autant de l’art que l’art. Il parlait plutôt de l’“an-art”, c’est-à-dire l’absence d’art. Surtout ne pas créer un groupe autour de ça. Même de Dada, il s’est éloigné, pas de corporation. Putain. Quel sacrilège, ce sont les artistes contemporains aujourd’hui qui blasphèment le plus Marcel Duchamp. L’art contemporain est devenu le seul art possible, académiquement permis, obligatoirement encouragé par l’institution. C’est du faux anti-art et encore plus de l’anti-an-art, car il ne se révolte pas contre la société artistique de son époque, comme l’a fait Duchamp avec ses premiers ready-made, au contraire, il ne veut que prolonger et renforcer les horreurs de la société conformiste, matérialiste, conventionnelle, dirigiste, rigidifiée, spéculative, triste et toc.[1] » 

Dans une seconde scène du même livre, le narrateur rencontre le chanteur Julien Doré, autre grand admirateur de Duchamp, et ils ont ensemble dans le club Le Baron une discussion au sujet de l’artiste des ready-made :

« — Vous aussi, vous êtes très branché Duchamp à ce que je vois, enchaîne Julien. Moi, si je pouvais me réincarner en quelque chose, ce serait en ready-made.
— Lequel ?
— Pas “La Chose” en tout cas, c’est comme ça qu’il appelait l’Urinoir... Je ne sais pas... À bruit secret, peut-être. Même si c’est un “aidé”, celui-là.
— Oui, je sais, j’aime beaucoup d’ailleurs les ready-made aidés.
— Ce que je voudrais faire en chanson, c’est du ready-made aidé d’ados.
— Les ready-made les moins connus sont souvent les plus intéressants. Vous connaissez Torture morte ?
— Ah non, pas celui-là.
— C’est une plante de pieds avec des mouches dessus.
— Ce que j’aime, c’est quand il décale les matières attendues. Dans Fresh Window, les carreaux de la fenêtre sont en cuir noir comme les morceaux de sucre étaient en marbre blanc dans Why Not. Et la déchirure sur sa dernière toile ! La dernière chose que Duchamp ait peinte avec de la peinture sur une toile, c’est une déchirure en trompe-l’œil.
— Tu m’étonnes, dis-je.
Tu m’ ! rectifie Dorré.[2] »

Le 7 novembre 2013, Marc-Édouard Nabe donne une conférence à Aix-en-Provence, avec Pierre Pinoncelli, organisée par Sébastien Cacioppo, au musée Granet.

En avril 2017, dans un « Éclat » filmé en juillet 2016, Nabe évoque Marcel Duchamp, sa place dans l’histoire de l’art, et les vocations qu’il a suscitées[3] :

 

Citations

Nabe sur Duchamp

  • « Pour en revenir à Marcel Duchamp dont il est indispensable d’insister l’ombre, je dirai que, enveloppé d’une telle paresse créatrice qu’aucun travail ne pourra jamais rattraper, cet assassin est à l’origine d’une entreprise colossale qu’il est serait honteux de vouloir imiter. Les suiveurs de Marcel Duchamp sont aussi “perdus d’avance” que ceux d’Ornette Coleman. Ornette n’est pas Monk ou Parker : ce n’est pas un type qui ouvre une voie large où peuvent se précipiter d’autres grands créateurs. Comme Ornette, Duchamp est un fait historique et comme tel, il laisser béer derrière lui une impasse uniquement accessible aux téméraires de la facilité. Duchamp ne s’est pas voulu autre chose. Il n’a jamais rien voulu pondre et serait sérieusement fâché, vous pouvez me croire, de voir les magnifiques vilains canards que sa lyre a fait éclore. C’est un danger public qui remet en cause en deux mots ce qui s’est élaboré depuis 2 000 ans. Il suffit de savoir si on veut se placer sous un éboulement de pierres ou si on veut devenir une pierre soi-même. » (« Noises douces à Marcel Duchamp », Zigzags, Éditions Barrault, 1986, pp. 128-129)
  • « Je regarde l’Urinoir... Le geste de Duchamp était une révolte contre l’incapacité de l’art à s’opposer à la société, et surtout à la guerre. L’esprit de l’avant-garde n’était valable que pour une époque précise qui était celle de la guerre de 14. Le reproduire à l’infini, le décliner dans toutes ses variations les plus moches et vidées de sens, c’est une manière de trahison. S’il revenait, Duchamp serait horrifié de voir les lourdauds et les gaffeurs qui se croient modernes à sa place. Sa pelle suspensue, qu’il appelait En avance du bras cassé, semble prémonitoire de l’appellation idéale des futurs artistes contemporains d’aujourd’hui. Ce sont des bras cassés du ready-made, qui n’ont rien compris aux objets tout faits transformés en œuvre d’art, non par le choix de l’artiste mais par son indifférence rigoureuse. Les ready—made devaient être choisis selon le critère suivant : ni beau, ni laid. L’objet devait être indifférent à l’artiste : “S’il est choisi selon sa beauté, disait Duchamp, alors c’est comme si on ramassait des racines sur la plage parce qu’on les trouve jolies.” Et si l’objet est choisi à cause de sa laideur, on tombe encore plus dans l’esthétisme. Mort à l’esthétisme, mort au goût, mauvais ou bon. Finalement, Duchamp n’était pas contre l’art, il était contre le goût, il ne voulait pas que l’art soit tributaire du goût de son époque. Duchamp poussait la rigueur jusqu’à se méfier de faire trop de ready-made, car on finirait par les trouver beaux ou laids. Et finalement ils deviendraient beaux. “Tout objet quel qu’il soit, disait-il, devient au bout de quarante ans une œuvre d’art, naturellement, si on peut dire.” Il refusait de faire des ready-made pour des ready-made comme on fait de l’art pour l’art. Les artistes contemporains se croient des artistes parce qu’ils cultivent le non-artistique dans leurs installations balourdes de bric et de broc. Et tout ça pour faire du fric, pour commercialiser, multiplier les produits dérivés, les décliner en misérables trouvailles. Pour gagner sa vie, Duchamp vendait sa collection de Brancusi, il ne débitait pas comme d’une usine des ready-made à tire-larigot. La gratuité du geste de Duchamp a été pervertie elle aussi. Ils n’ont rien compris. Rien. Ils relisent toute la journée les écrits de Duchamp mais dans le seul but de juger, et en mal, l’art qui l’avait précédé, alors qu’il faut les lire au regard de ce qui se passe aujourd’hui, et là on s’aperçoit que sa pensée est un carnage de l’escroquerie de notre temps. Elle déconstruit, elle démolit ce qui se passe. Les peintres ne sont plus rétiniens, mais quoi de plus rétinien aujourd’hui que ces files indiennes entières d’amateurs qui viennent admirer, contempler des œuvres d’art contemporain avec plus de religiosité que mettaient les hommes raffinés des siècles précédents à regarder en détail les tableaux de la Renaissance. Duchamp voulait sortir de l’art et sortir l’artiste de l’art. Il n’a fait qu’ouvrir la porte, porte ouverte et fermée à la fois, à une foule de non-artistes, les bien nommés. Duchamp ne serait pas venu à ce vernissage, crois-moi. Il n’allait pas aux siens. Un jour, alors que son galeriste l’attendait, il a envoyé un télégramme : “Fais sous moi.” » (L’Homme qui arrêta d’écrire, 2010, pp. 178-180)

Duchamp sur Nabe

  • « Marcel vous aurait bien aimé... me répond Dina Vierny, conquise. » (Kamikaze, 2000, p. 2914)

Intégration littéraire

Notes et références

  1. Marc-Édouard Nabe, L’Homme qui arrêta d’écrire, anti-édité, 2010, p. 178.
  2. Marc-Édouard Nabe, L’Homme qui arrêta d’écrire, anti-édité, 2010, pp. 198-199.
  3. « Duchamp, il a fermé la porte ! », Éclats de Nabe, 25 avril 2017.